Bilan

Places en crèche: l’éternelle pénurie

Nombre d’établissements sont au maximum de leur capacité, malgré les efforts déployés pour augmenter l’offre. Les structures privées, plus chères, comblent le manque en partie.

Frédéric Chave, cofondateur des crèches Pop e Poppa.

Crédits: Lionel Flusin

C’est une phrase que les futurs parents lâchent souvent. «Pour avoir une place en crèche, il faut s’y prendre des années à l’avance.» Loin d’être une légende urbaine, les places sont chères. Et la différence se fait largement ressentir entre le public et le privé. «Cela va du simple au double», estime Diana de la Rosa, directrice de l’Association romande de conseil aux entreprises sur la garde d’enfants (ARCE).

L’un des grands acteurs du marché des crèches est Pop e Poppa. Le groupe se trouve dans de nombreux cantons, de Genève à Fribourg, en passant par Vaud et la Suisse alémanique. Son cofondateur, Frédéric Chave, parle d’un prix de l’ordre 400 à 500 francs à Genève, dans le public, pour les bas revenus. «En privé, cela tourne plutôt autour des 2900 francs par mois», explique-t-il. 

Un chiffre similaire à celui qui figure dans un rapport du Conseil fédéral. En 2015, l’Exécutif estimait à 2400 francs par mois la place dans une crèche exemptée de subventions publiques. Le rapport indique que le coût est équivalent à celui des pays voisins, comme la France et l’Allemagne. 

Par contre,en Suisse, les parents helvétiques paient en moyenne davantage que les autres, et ce à travers les différentes cotisations qu’ils effectuent. «Environ 30% des coûts sont à la charge des parents», estime Anne Bührer-Moulin, responsable des structures d’accueil pour le Valais romand.

Soutien des employeurs

La part du financement des uns et des autres varie selon les lieux. «Certaines entreprises participent à des écolages ou offrent un soutien à leurs collaborateurs. Certains cantons sont plus porteurs que d’autres pour les partenariats publics/privés», note Diana de la Rosa.

Alors que le canton du Valais ne demande rien aux employeurs, celui de Neuchâtel a par exemple fixé à 0,18% le taux de la contribution à la charge des employeurs au fonds pour les structures d’accueil. Le canton de Vaud l’a fixé à 0,16%. Un taux qui lui permet d’engendrer presque 36 millions de recettes – et donc 44% des ressources financières de la Fondation pour l’accueil de jour des enfants (FAJE). Cette institution chapeaute les différents réseaux et met en place la stratégie cantonale. Le reste de son argent provient presque pour moitié de la subvention cantonale (49%). Les communes participent à hauteur de 5% et la Loterie Romande finance 2%. 

Pourtant, des parents se voient obligés de jongler avec des solutions alternatives. «Nous ne couvrons pas les besoins et nous le savons», note Valérie Berset. La cheffe de l’Office de l’accueil de jour des enfants du canton de Vaud assure que de nombreux efforts sont réalisés chaque jour pour élever l’offre. «Dans le canton, nous avons environ 1500 nouvelles places chaque année», annonce-t-elle. 

Même développement rapide au sein de nombreuses communes valaisannes. Les 3800 places en structures d’accueil de jour dénombrées en 2009 ont doublé jusqu’à fin 2018. «Il y a vingt ans, nous n’en avions pas la moitié», explique Anne Bührer-Moulin.

Cela reste trop peu face à une demande qui augmente. Un rapport publié l’an dernier par la FAJE prévoit trois scénarios pour les dix prochaines années. Le nombre de places supplémentaires nécessaires peut aller de 7700 – dans le meilleur des cas – à plus de 10 000. 

Pourquoi les crèches privées n’arrivent-elles pas à combler cette pénurie de places? Elles le font en partie. «En général, les enfants sont placés dans le privé jusqu’à trouver une place en public», observe Diana de la Rosa. La faute notamment à des coûts de fonctionnement très élevés. «C’est quasiment impossible de s’en sortir à moins de 130 francs la journée», explique Valérie Berset. Si le salaire des éducateurs évolue entre 4800 et 5200 francs en moyenne, selon diverses estimations, il existe des directives strictes concernant le nombre d’adultes qualifiés par enfant.

Ces normes d’encadrement varient encore une fois selon les cantons, si bien que les fondateurs de Pop e poppa regrettent de devoir renoncer à certaines de leurs pratiques en terres vaudoises. «Le multi-âge y est impossible, car il n’est pas viable économiquement.» Autrement dit, réunir des enfants de cinq mois avec d’autres de deux ans et quatre ans augmente drastiquement le nombre d’éducateurs nécessaire. 

Le canton du Valais a défini des ratios de personnel en collaboration avec les autres cantons latins, par exemple, une personne pour huit enfants accueillis pour les groupes de dix-huit mois à six ans. «Avec un métier centré sur les personnes, il est normal que les 70% de nos coûts soient humains», explique Frédéric Chave.

Solutions alternatives

Outre l’idée de créer des crèches «classiques», de plus en plus d’établissements ouvrent avec l’idée de respecter certaines valeurs. Ainsi, le nombre de crèches «eco-friendly» s’est multiplié en Suisse. Autant Pop e poppa que Little Green House mettent en avant une approche durable. Certains établissements comptent d’autres atouts. Ils proposent, par exemple, des crèches bilingues, présentes autant en Suisse romande qu’en Suisse alémanique. De nombreuses personnes du milieu précisent que dans la grande majorité des cas, les parents cherchent à placer leurs enfants près de leur domicile ou du travail. Ce qui génère, à l’heure actuelle, assez de complications. 


Les plus grands du marché

Pop e Poppa compte quarante espaces de vie enfantine qui accueillent en tout 2400 enfants. Présent dans plusieurs cantons, tant en Suisse romande qu’en Suisse alémanique, le groupe a en tout 740 collaborateurs.

Little Green House emploie 150 personnes sur ses quatre sites. Les crèches de Versoix, Gland, Morges et Zurich abritent en tout 340 places à plein temps, ce qui représente environ 700 familles. Davantage de crèches ouvriront leurs portes dans l’avenir.

Babilou est bien installé en France, où il compte plus de 350 structures de petite enfance. En Suisse, le groupe dispose de sept crèches dans les cantons de Vaud et de Fribourg, avec des places réservées par des entreprises.


En suisse romande

Fribourg: Le canton compte 62 crèches (dont 3 Sàrl, 1 SA, 6 communales et 52 associations ou fondations) pour 1838 places.

Neuchâtel: Sur 80 structures d’accueil extrafamilial préscolaire, 27 sont communales et 53 sont privées. Elles représentent un total de 2211 places, dont 1663 dans le privé.

Berne: Environ 7983 places en crèche existent, dont 3 990 sont subventionnées. La partie francophone du canton compte 1177 places, dont 663 subventionnées (283 Jura bernois, 366 Bienne, 14 Evilard-Leubringen).

Jura: Des institutions de l’enfance communales et associatives, subventionnées par l’Etat et au nombre de 19, proposent 997 places d’accueil. Les jardins d’enfants et autres lieux d’accueil privés, au nombre de 7, exploitent 81 places. 

Vaud: Le canton dénombre 25 854 places de crèche pour 722 institutions (dont 242, soit 34%, ne sont pas subventionnées par la FAJE).

Valais: La capacité d’accueil des structures destinées aux enfants de la naissance à 12 ans se montent à environ 7800 places. Seules 4 crèches sont privées (31 places).

Genève: Aucune information n’est disponible: le Canton n’a pas répondu à nos sollicitations.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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