Bilan

Pharmacies: la rentabilité se détériore

Les officines indépendantes doivent lutter contre la concurrence des grandes chaînes et la baisse des prix des médicaments: 100 à 200 d’entre elles pourraient disparaître.
  • Les chaînes (ici Amavita à Pully) grandissent, au détriment des petites officines indépendantes.

    Crédits: Dr

Les deux grandes chaînes de pharmacies qui dominent le marché helvétique envisagent de poursuivre leur expansion. En main du groupe bernois Galenica, Amavita, Sun Store et Coop Vitality comptent élargir leur réseau en acquérant et en ouvrant entre dix et quinze officines en moyenne par an. Propriétaire de l’allemand Phoenix, Benu prévoit d’en reprendre une soixantaine dans les prochaines années. Et un nouvel acteur risque de leur faire de l’ombre.

En collaboration avec Zur Rose, un des leaders européens de la vente de médicaments en ligne, Migros inaugurera prochainement son premier point de vente dénommé Shop-in-Shop au centre de Berne. Et si l’essai s’avère concluant, le géant orange projette d’ouvrir une cinquantaine de pharmacies au sein de ses centres commerciaux.

Cet appétit féroce est à la fois une opportunité et un défi pour les pharmaciens indépendants. Une opportunité parce que ces derniers sont de plus en plus nombreux à chercher à remettre leurs officines, faute de successeurs à l’orée de la retraite.

«Nous recevons entre trente et quarante offres de reprise par an», indique Jean-Claude Clémençon, responsable du domaine d’activité retail chez Galenica (1,3 milliard de chiffre d’affaires). Mais seules les pharmacies bien placées et avec un potentiel de développement suscitent l’intérêt des grands groupes. Un défi car la concurrence des chaînes, présentes non seulement dans la vente de médicaments mais aussi dans les produits de santé et de beauté, peut s’avérer mortelle pour des pharmacies déjà peu rentables.  

Environ un tiers des pharmacies dans un état critique

«Le nombre de pharmacies en difficulté ne cesse de progresser», affirme Christian Rouvinez, vice-président de l’organisation faîtière PharmaSuisse. La principale raison? La baisse continue des prix des médicaments pris en charge par les caisses maladie, laquelle entraîne un recul des marges bénéficiaires. Une étude publiée pour l’exercice comptable 2014 a montré qu’«une pharmacie sur cinq est menacée et réalise un résultat ebitda (bénéfice d’exploitation avant impôts et amortissements, ndlr) inférieur à 50  000 fr.» 

Au cours de ces deux dernières années, la rentabilité s’est encore détériorée. «Entre 30 et 40% des pharmacies sont désormais dans un état critique», constate Christian Rouvinez. Avec la nouvelle diminution des prix des remèdes annoncée au début de février, la situation risque encore d’empirer. «Entre 100 et 200 pharmacies pourraient disparaître au profit des chaînes auprès desquelles les consommateurs devront se rendre», constate Andreas Tschan, fondateur et directeur de PharmaFocus, le grossiste des pharmacies indépendantes. 

A l’avenir, le processus de concentration se poursuivra. «Dans une dizaine d’années, les pharmacies appartenant à une chaîne seront plus nombreuses que les pharmacies indépendantes», estime Jean-Claude Clémençon. «Mais leur nombre total, insiste-t-il, restera plus ou moins au même niveau qu’actuellement.» Un avis que réfute Christian Rouvinez: «Les fermetures, qui affecteront particulièrement les régions périphériques, ne compenseront ni les ouvertures ni les regroupements d’officines.» Cette tendance favorisera la verticalisation du marché de la santé. Plus un acteur devient important, plus il deviendra un partenaire fort des caisses maladie.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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