Bilan

Pendant le «shutdown», l'Obamacare cartonne

Alors que l'administration fédérale américaine est paralysée par le «shutdown», la réforme du système de santé dite Obamacare, à l'origine du blocage budgétaire, remporte un franc succès.
  • Depuis mardi 1er octobre matin, des millions d'Américains se sont connectés sur le portail d'information sur les assurances maladie, et des dizaines de milliers ont été voir des conseillers issus d'ONG ou d'administrations des Etats, pour être conseillés. Crédits: Reuters
  • La mise en ligne de cette plateforme constitue une étape cruciale de la réforme de santé voulue par le président Barack Obama et qui figurait déjà dans son programme lors des élections de 2008. Crédits: Reuters
  • La leader démocrate Nancy Pelosi s'est battue afin que la mise en oeuvre de la réforme puisse se faire dans les meilleurs délais et que les Etats gouvernés par les Démocrates fassent la promotion du système. Crédits: Reuters
  • Dans les Etats dirigés par les Républicains, l'administration a souvent choisi d'en faire le moins possible pour promouvoir la réforme Obamacare. Ce sont alors des ONG qui ont pris le relais auprès du grand public. Crédits: Reuters
  • Tout a donc été mis en oeuvre afin que tous les Américains bénéficient d'une assurance maladie au 1er janvier: après cette date, être sans couverture santé sera illégal. Crédits: Reuters
  • Radicalement opposés à cette réforme, les membres du Tea Party, à l'aile droite du parti Républicain, ont manifesté contre sa mise en oeuvre. Crédits: Reuters
  • Le blocage actuel des dépenses, ou shutdown, résulte de l'opposition des Républicains à cette réforme et de leur volonté d'empêcher l'adoption d'un budget si la mise en oeuvre n'est pas repoussée. Crédits: Reuters
Depuis mardi matin, plus de 800'000 fonctionnaires fédéraux américains sont au chômage forcé, faute d'un accord sur le nouveau budget entre les Républicains et les Démocrates au Congrès. A l'origine de ce «shutdown»: la mise en œuvre du projet de système de santé dit «Obamacare», qui vise à permettre à tous les Américains une couverture maladie.

Or, le volet-phare du programme «Affordable Care Act» est entré en vigueur mardi 1er octobre au matin, au grand dam des élus de l'aile droite du parti Républicain, qui avaient fait le forcing pour en reporter l'application. Et depuis la mise en ligne de cette «bourse aux contrats d'assurance-maladie» le succès ne se dément pas.

Six millions de visiteurs en deux jours

Depuis mardi, tous les Américains non assurés, et ce quelle que soit leur situation professionnelle, peuvent choisir un contrat d'assurance-maladie agréé par l’État, et bénéficier d'une subvention si le coût de cette adhésion dépasse un certain montant de leurs revenus.

Sur les 36 premières heures de mise en ligne, entre mardi matin et mercredi après-midi, le site a été consulté par plus de six millions de visiteurs uniques, d'après le Département de la santé. Un trafic d'une telle ampleur que le portail a plusieurs fois été saturé et que les bugs de lancement ont pris une ampleur inattendue.

Les webmasters, qui ne sont pas tous touchés par le «shutdown», ont dû doubler la capacité de traitement des erreurs pour faire face à cette affluence inespérée.

15% des Américains sans couverture maladie

Du côté des Démocrates, le succès du portail suscite les commentaires les plus satisfaits: les élus affirment que l'importance de la demande constitue la preuve que ce système était attendu par les Américains et donc nécessaire. Les Républicains au contraire pointent les bugs du site et veulent y voir le symbole d'un système qui ne fonctionne pas.



Près de 15% des Américains ne bénéficient pas d'une couverture maladie, soit 48 millions de personnes. Ils disposent de trois mois pour en choisir une qui soit agréée par le Département de la santé. Au 1er janvier, tous les Américains doivent être intégrés dans le système de santé.

Le soutien des célébrités pro-Démocrates

Pour le gouvernement de Barack Obama, la plateforme doit permettre de réunir sept millions de souscriptions sur la première année. En plus des néo-assurés, le portail internet devrait également inciter de nombreux Américains déjà assurés à comparer leur contrat avec d'autres offres, afin de trouver une couverture plus avantageuse.

Face à la controverse politique provoquée par la mise en place de ce système, de nombreuses personnalités publiques proches du parti Démocrate (Mia Farrow, Pearl Jam, Lady Gaga...) se sont mobilisées. Sur les réseaux sociaux (dont le hashtag #GetCovered sur Twitter), acteurs, chanteurs et artistes ont milité en faveur du programme voulu depuis sa première élection par Barack Obama.

Premières fissures dans le camp Républicain

Le bras de fer actuel au Congrès risque pourtant de déterminer l'avenir du système sur le long terme. Si les Démocrates pliaient devant les exigences des élus du Tea Party et repoussaient d'un an (du 1er janvier 2014 au 1er janvier 2015) l'entrée en vigueur de la couverture maladie pour tous, le succès actuel apparaitrait comme une victoire à la Pyrrhus.

Mais les sondages réalisés aux premières heures du «shutdown» ont tout pour rassurer Barack Obama: une majorité d'Américains impute aux Républicains le blocage actuel. Devant le risque d'une mise à l'index électorale, de nombreuses voix s'élèvent déjà parmi les Républicains modérés pour mettre fin au blocage et accepter la mise en place du système «Obamacare».

1/12 Depuis mardi 1er octobre à 0h01, le gouvernement fédéral américain est en procédure de shutdown, faute d'un accord sur le budget entre Démocrates et Républicains au Capitole.
Image: Kevin Lamarque/Reuters

   
Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à la transition vers une économie plus durable et responsable, au luxe et à l'horlogerie, au tourisme et à l'hôtellerie, à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments.

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