Bilan

Pékin milite pour la médecine chinoise

Les autorités chinoises font pression pour que les prestations des soignants traditionnels formés dans leur pays soient couvertes en Suisse par l’assurance de base, comme celles des médecins FMH.

Quelque 600 médecins FMH sont formés à la médecine traditionnelle chinoise.

Crédits: Laurent Gilliéron/Keystone

La médecine traditionnelle chinoise (MTC) bientôt remboursée en Suisse par l’assurance de base obligatoire? C’est l’objectif de Pékin, rapporte la NZZ am Sonntag. Le journal dominical zurichois évoque le lobbying mené par les autorités chinoises afin que les soins prodigués par des thérapeutes formés en Chine soient pris en charge dans le cadre de la LAMal (Loi sur l’assurance maladie). Lors d’une rencontre à Berne remontant à l’automne dernier, une délégation chinoise a tenté d’obtenir de la part de la Confédération que les diplômés en MTC jouissent du même statut que les médecins FMH face aux assurances. L’initiative a été très mal perçue par l’organisation faîtière suisse de la MTC (Fachverband TCM Schweiz) qui participait à la rencontre. Au siège, Markus Steuer s’énerve: «Alors qu’un médecin formé en Suisse a environ dix ans de formation derrière lui, le praticien chinois obtient son diplôme en cinq ans. La délégation demandait en outre un statut spécial pour éviter aux soignants chinois l’obligation d’apprendre une langue nationale.»

En Suisse, la MTC connaît un vrai boom. Démontrée scientifiquement, l’efficacité de l’acupuncture pour calmer les douleurs la rend très populaire pour soigner les maladies chroniques (mal de dos, migraines, etc.). Entre 2007 et 2016, le nombre de médecins FMH formés à la MTC a fait un bond de 24% pour s’établir à quelque 600 praticiens, d’après les chiffres de SantéSuisse, fédération des assureurs maladie. A cela s’ajoutent quelque 2400 autres thérapeutes de MTC non-médecins FMH, dont seulement un très petit nombre de Chinois, précise Markus Steuer.

«La MTC n’est remboursée dans le cadre de l’assurance de base obligatoire que si elle est pratiquée par un médecin FMH, disposant d’une formation spécifique», spécifie Christophe Kaempf, porte-parole de SantéSuisse. Les assurances complémentaires prennent quant à elle partiellement en charge les frais des traitements pratiqués par des diplômés MTC à des conditions qui varient en fonction de la caisse et de la formule choisie. Dans la pratique, les soins MTC restent faiblement couverts par la LAMal. 

Fondateur de Sinomedica, groupe de sept centres rassemblant 27 médecins FMH spécialisés en MTC, Massimo Fumagalli témoigne: «Les traitements de MTC remboursés sont plafonnés à 180 minutes tous les six mois. Or, les aiguilles doivent rester posées au minimum une demi-heure, lors de nombreuses séances rapprochées. En conséquence, même si nos soignants répondent aux exigences de la LAMal, nos interventions sont très souvent seulement couvertes par les complémentaires.» 

Politique d’extension

La polémique comprend aussi une dimension politique car l’Empire du Milieu considère la MTC comme l’un de ses atouts culturels. Dans le cadre du projet One Belt, One Road (nouvelle Route de la soie ou la Ceinture et la Route), Pékin a entrepris dès 2013 de renforcer le rôle du pays sur le plan mondial, de même que le rayonnement de la civilisation chinoise. Une démarche menée en parallèle de la construction de liaisons de transport entre la Chine et l’Europe. 

Mais en Suisse, les efforts de promotion des soignants chinois semblent devoir buter sur le pragmatisme local. En effet, Massimo Fumagalli remarque qu’«à mesure que la demande des patients progresse, les caisses maladie se livrent à des contrôles de qualité toujours plus stricts sur les praticiens dont elles remboursent les prestations.»  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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