Bilan

Paysans: la pression monte aux frontières

Pour permettre à l’industrie d’accéder plus facilement aux marchés étrangers, le secteur agricole devra faire des concessions qui passent par un recul de la protection douanière.

Les intérêts de l’agriculture suisse pourraient être sacrifiés lors de prochains accords de libre-échange.

Crédits: Gian Ehrenzeller/Keystone

Les paysans helvétiques seront-ils sacrifiés sur l’autel du commerce international? Au cours de ces dernières années, les accords de libre-échange conclus par la Suisse avec une vingtaine de pays ont toujours permis de sauvegarder les intérêts de son agriculture.

La protection à la frontière, par le biais de droits de douane et de contingents tarifaires, qui renchérit les prix à l’importation de viande, de céréales, de fruits et légumes, reste forte. Conjointement à l’octroi de paiements directs pour les services rendus à la collectivité et pour protéger l’environnement, elle permet au secteur primaire de résister à la concurrence.

Or la pression pour ouvrir davantage les frontières aux produits étrangers augmentera à l’avenir, mais le Conseil fédéral n’aborde pas cette question dans les priorités qu’il vient de définir pour l’agriculture.

D’abord, la Suisse négocie actuellement  – le plus souvent via l’Association européenne de libre-échange, dont elle est membre  – de nouveaux accords commerciaux avec l’Inde, la Thaïlande, l’Indonésie et le Vietnam. Elle espère aussi pouvoir ouvrir des pourparlers avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay).

L’objectif est de permettre à ses entreprises un accès facilité aux principaux marchés étrangers qui soit au moins identique à celui dont bénéficient leurs concurrents européens, américains et japonais. 

Parmi ces partenaires potentiels figurent de gros exportateurs de produits agricoles qui n’accorderont des avantages à l’industrie helvétique que si la Suisse accepte d’en faire autant pour leurs fruits, leur viande, etc. 

Ensuite, si les négociations en cours entre l’Union européenne et les Etats-Unis aboutissent dans les prochains mois à un partenariat commercial transatlantique, la Suisse ne pourra pas rester sans agir. Là aussi elle devra ouvrir ses frontières dans le secteur primaire pour espérer que ses entreprises industrielles ne soient pas discriminées.

Un tiers de revenus en moins

Délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux, Christian Etter reste pourtant optimiste. «Je vois mal comment l’agriculture pourrait échapper à la mondialisation des échanges. Mais je suis confiant dans la recherche de compromis qui doivent nous permettre de maintenir un certain niveau de protection à la frontière. L’accord conclu avec la Chine montre que c’est possible même si notre marge de manœuvre se rétrécit toujours plus.» 

De leur côté, les agriculteurs reconnaissent que la pression se renforce. «La menace s’accroît. La Suisse n’a toutefois aucune raison de céder. Elle figure au premier rang des importations alimentaires par habitant», observe Francis Egger, membre de la direction de l’Union suisse des paysans (USP).

Selon ses calculs, les agriculteurs perdraient un tiers de leurs revenus, soit environ 700 millions de francs par an, avec une ouverture accrue des frontières.

Face aux dangers qui planent sur leurs activités, les agriculteurs cherchent à se protéger par le biais de deux initiatives populaires. La première, intitulée «Pour la sécurité alimentaire», a été déposée le 8 juillet par l’USP. La seconde dénommée «Pour la souveraineté alimentaire» a été lancée le 30 septembre par le syndicat agricole concurrent Uniterre. Leurs objectifs sont plus ou moins communs. Ils visent à favoriser le maintien de la production agricole en Suisse.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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