Bilan

Pas de retraite pour les canons

La demande en matériel d’armement explose dans le monde. Le point avec Matteo Bisceglia, directeur de l’OCCAr, organisation conjointe de coopération en matière d’armement.

Les appareils militaires (ici un hélicoptère Tigre) coûtent de plus en plus cher.

Crédits: Dr

Continuer ou pas de financer nos fabricants de matériel de guerre? Les Suisses vont devoir se prononcer dans les urnes le 29 novembre prochain. Le Conseil fédéral, lui, s’est déjà positionné sur cette initiative populaire, lancée par le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) et les Jeunes Verts. Pas question pour Berne de priver le pays de cette manne financière qui lui a rapporté plus de 500 millions de francs rien qu’au premier semestre 2020. Soit presque le double de l’année passée à la même période. Pour comprendre ce marché florissant et ses ressorts, Bilan a sollicité l’amiral Matteo Bisceglia. Le directeur de l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAr) était l’invité d’une conférence dédiée à… l’humanitaire, organisée par l’Université Webster début octobre à Genève.

Comment le prix des équipements militaires a-t-il évolué?

Au cours de ces trois dernières décennies, le progrès technologique a radicalement augmenté leur coût. Celui d’un avion militaire, par exemple, a été multiplié par 200 depuis les années 1950 tandis que le prix de développement d’un aéronef de combat a presque doublé. Et en règle générale, les nouveaux équipements coûtent plus cher à l’achat et à l’entretien que ceux qu’ils remplacent. Une hausse qui s’explique par leur polyvalence, l’usage massif de l’électronique, mais aussi le salaire des chercheurs. Ainsi, 50% du coût de développement d’un nouveau missile va à la rétribution du chercheur qui l’a conçu. Il faut également noter que, lorsqu’un Etat fait des coupes dans son budget militaire, les mêmes équipements commandés à l’unité et non plus en nombre lui reviennent plus cher. L’achat de notre hélicoptère de combat Tigre et de l’avion très innovant A400M l’illustre bien.

Quel est le matériel de l’OCCAr le plus demandé?

La demande varie dans le temps, et dépend beaucoup de la perception des menaces à la sécurité nationale. Actuellement, les trois types d’appareils plébiscités sont les capteurs, les ordinateurs et les engins à propulsion. Les premiers englobent les radars, les radios, les sonars et les détecteurs magnétiques, qui fournissent de plus en plus d’informations sur le champ de bataille, dont les ordinateurs gèrent la masse de données. Notre système de radiocommunication ESSOR est en ce sens très recherché par les forces de défense européennes. Et finalement, notre futur missile FSAF-PAAMS, capable de vaincre des menaces aussi diverses que les missiles tactiques à grande vitesse et les avions très maniables, est déjà très attendu.

Matteo Bisceglia: «Les nouveaux équipements coûtent plus cher à l’entretien que ceux qu’ils remplacent.» (Crédits: Dr)

La plupart de nos objets usuels – internet, téléphone portable, etc. – ont été conçus, au départ, pour l’armée. Quelles sont les tendances de demain?

Il existe différentes théories et modèles économiques concernant l’impact de la recherche et de l’innovation de défense sur les technologies civiles. L’Union soviétique, contrairement aux Etats-Unis, a échoué en partie à cause de son incapacité à développer des biens civils à partir de produits militaires. Tandis qu’au Japon, en Corée du Sud ou dans les Etats membres de l’Union européenne, ce sont les technologies civiles qui ont joué un rôle moteur dans les avancées des procédés militaires. L’actuelle approche se concentre sur l’exploitation de compétences et de technologies communes pour répondre aux besoins exprimés sur différents marchés, qu’ils soient civils ou militaires. Pour ce qui est de l’usage uniquement militaire, la tendance d’avenir sera l’acquisition, par la plupart des pays développés, de systèmes de neutralisation des missiles balistiques à tête bactériologique qui risquent de semer des pandémies.

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