Bilan

Parrainer une ruche pour sauver des abeilles

Face à la disparition des abeilles et aux difficultés des apiculteurs, le réseau VitaVerDura et l'éleveur d'Aubonne Ernest Tellenbach proposent de parrainer une ruche. En retour: un certificat et des pots de miel local.
Il existe des placements plus rentables: trois kilos de miel pour 100 francs, c'est 25% plus cher qu'un produit équivalent (issu lui aussi des terroirs romands) dans la grande distribution. Mais l'action de parrainage proposée par VitaVerDura et l'apiculteur Ernest Tellenbach va plus loin qu'une relation marchande.

«Nous avons été alertés à la fois par les apiculteurs avec qui nous travaillons, mais aussi par les producteurs de fruits qui ont vu leurs récoltes chuter ces derniers mois: quasiment pas de cerises ou de prunes l'an dernier, très peu de pommes. Or, les deux sont intimement liés», analyse Jean-Marc Imhof, créateur, avec Joël Saurina, de VitaVerDura.

Des consommateurs investisseurs

Face au risque de voir des apiculteurs cesser toute activité faute de moyens pour renouveler leur équipement et soutenir les colonies d'abeilles, l'enjeu était de retrouver des financements. «Dans le fil de notre philosophie qui vise à rapprocher consommateurs et producteurs, nous avons imaginé un système de parrainage», ajoute Jean-Marc Imhof.

En plus des trois kilos de miel annuels, les investisseurs-citoyens bénéficieront d'un certificat et d'une visite guidée par l'apiculteur.

Le relationnel apiculteur-consommateur

Et c'est surtout sur cette relation qu'Ernest Tellenbach insiste. La disparition des abeilles? «Il est compliqué de désigner un seul responsable: moi-même je n'ai pas eu de pertes cet hiver, mais j'avais perdu 50% de ma colonie l'an dernier.»

Ce qui l'intéresse davantage, c'est de faire découvrir son activité, de partager sa passion, de «permettre à des consommateurs de retrouver le goût d'un miel authentique et savoureux».

Géolocaliser les parrainages

Pour VitaVerDura, l'opération est blanche, la totalité de la somme étant reversée à l'apiculteur. Mais l'impact de la préservation des ruches sur les autres productions (fruitière notamment) pourrait servir les intérêts de tous les producteurs associés.

Moins de trois semaines après le lancement de l'opération, 40 parrains se sont déjà inscrits. Plus que les 20 ruches d'Ernest Tellenbach. «Désormais, nous cherchons d'autres apiculteurs intéressés, entre Genève et Lausanne. Nous sommes en contact avec six producteurs. A terme, nous souhaiterions cibler les parrainages pour que les ruches soient au plus près de ceux qui les parrainent», annonce Jean-Marc Imhof.

Ailleurs, d'autres actions sont menées pour renforcer le lien entre consommateurs et apiculteurs: Nous organisons des cours à destination des nouveaux apiculteurs chaque année. Nous permettons ainsi de faire connaître ceux qui produisent du miel et nous les soutenons avec des conseils quand ils débutent, note Gilbert Duruz, président de l'Association romande des apiculteurs éleveurs (ARAE).

Soutiens aux nuclei et contre le varroa

Avec d'autres éleveurs, il se rend également dans les écoles. «Il s'agit de sensibiliser les élèves, de leur expliquer l'apiculture, ses enjeux, ses joies et ses difficultés. Souvent, les enseignants sont plus intéressés encore que les élèves», note, un brin amusé, Gilbert Duruz.

Enfin, la Fédération des apiculteurs valaisans, avec le soutien du canton, subventionne la reconstitution de colonies par des aides aux nuclei, ces noyaux de ruches comportant une reine et quelques abeilles afin de passer l'hiver. Les traitements contre le varroa, un acarien qui fait des ravages dans les colonies, sont également soutenus en Valais.

Lobbying auprès des élus vaudois

L'accueil des classes est également au cœur des actions menées par les apiculteurs vaudois. Leur président, Jakob Troxler, explique également qu'un intense travail de lobbying et d'information des élus est activé, notamment afin de préparer l'avenir, quand le moratoire sur certains pesticides arrivera à son terme.

S'il avoue ne pas avoir connaissance d'autres actions individuelles du type de celle menée par VitaVerDura et Ernest Tellenbach, Jakob Troxler mise sur une présence régulière auprès du grand public, sur les places et dans les villes. Et des opérations menées ponctuellement, comme une exposition organisée par l'office du tourisme de Villars en 2012.

Car c'est quand un maximum de consommateurs seront sensibilisés et auront envie d'acheter du miel suisse que notre filière sera pérennisée, affirme Jakob Troxler. L'initiative de VitaVerDura et Ernest Tellenbach s'intègre donc dans un vaste mouvement, mais s'en distingue par la relation suivie et l'investissement initial.
Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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