Bilan

Paris distancé par Francfort dans le coeur des banquiers

La place financière de Francfort semble avoir une nette avance sur sa rivale parisienne pour attirer les banquiers contraints à l'exil par le Brexit.

A l'international, en revanche, Paris n'a guère fait de prise nouvelle depuis l'annonce par HSBC d'une relocalisation de mille emplois vers la capitale.

Crédits: AFP

En pleine compétition pour attirer les banquiers londoniens contraints à l'exil par le Brexit, la place financière de Francfort semble avoir une nette avance sur sa rivale parisienne, même si la messe est loin d'être dite, assurent les experts.

Siège de la Banque centrale et du superviseur bancaire européens, "Francfort a clairement un tour d'avance dans la première manche de relocalisation face à Paris, pour qui le butin n'est pas très considérable jusqu'à présent", a déclaré à l'AFP Nicolas Véron, chercheur au sein des instituts Peterson et Bruegel.

Plusieurs grandes banques internationales ont en effet déjà fait part de leur intérêt pour "Mainhattan", surnom donné au quartier financier francfortois en clin d'oeil au fleuve Main qui traverse la ville, avec plusieurs centaines d'emplois potentiels à la clé.

Parmi elles, les poids lourds américains Morgan Stanley, Citigroup ou Goldman Sachs, les établissements japonais Sumitomo Mitsui Financial Group, Daiwa Securities et Nomurat, ou encore le britannique Standard Chartered.

"A l'inverse, ajoute M. Véron, Paris n'était pas vraiment sur l'écran jusqu'à la fin du cycle électoral de cette année. Il y a des changements structurels à l'oeuvre avec le nouveau gouvernement mais c'est très récent et va prendre du temps pour devenir crédible".

Inquiétudes politiques

"Nombre de banques internationales disposent déjà d'une filiale ou d'une succursale à Francfort. Il est plus facile d'utiliser ces entités comme socle que de construire une entité ex-nihilo dans une juridiction moins connue", assure aussi à l'AFP une source bancaire française sous couvert d'anonymat.

De son côté, la place parisienne peut compter sur les grands groupes français qui ont promis de rapatrier leurs effectifs vers l'Hexagone dans le cadre du divorce entre l'Union européenne et le Royaume-Uni. Au total, "près d'un millier de postes pourraient être concernés" avec en prime la création de 3.000 emplois indirects, assure la Fédération bancaire française.

A l'international, en revanche, Paris n'a guère fait de prise nouvelle depuis l'annonce l'an dernier par HSBC d'une relocalisation de mille emplois vers la capitale française.

Dans la compétition face aux autres places que sont Francfort, Dublin, Luxembourg ou encore Amsterdam, "Paris souffre encore d'un à priori négatif concernant les questions extrabancaires, comme par exemple le droit du travail", souligne Nicolas Fleuret, associé chez Deloitte.

"Les banques sont par ailleurs soucieuses d'une certaine stabilité politique. Le début d'année, avec l'élection présidentielle française, a nourri des inquiétudes. De façon plus générale, la comparaison sur ce terrain n'a pas été très favorable à la France ces dernières années", ajoute-t-il à l'AFP.

"Un gros inconvénient pour Paris était aussi d'avoir un président de la République (François Hollande, ndlr) qui avait dit durant sa campagne que la finance était l'ennemi. Le président a changé mais pour plusieurs banques, c'était trop tard, elles avaient déjà pris leur décision", confie une source financière allemande.

Compétition encore vive

Le match est toutefois loin d'être terminé, soulignent les experts interrogés par l'AFP, notant que nombre de banques n'ont toujours pas dévoilé leurs intentions quand d'autres n'ont décidé qu'un déplacement a minima de leurs activités faute de visibilité sur la nature des relations futures entre Union européenne et Royaume-Uni.

"On sait qu'environ cent banques cherchent un nouveau domicile pour leurs activités européennes et seule une vingtaine ont fait leur choix", rappelle Hubertus Väth, directeur de Frankfurt Main Finance, association de promotion de la place financière de Francfort, qui concède que rien n'est encore joué.

"En nombre d'annonces, Francfort a certes de l'avance, mais il va falloir regarder dans le détail combien de postes sont effectivement déplacés, et surtout l'importance des postes déplacés", relève par ailleurs M. Fleuret.

Paris Europlace, le lobby de la place financière parisienne, se dit d'ailleurs peu inquiet des récentes décisions en faveur de sa concurrente allemande.

"Les quelques dizaines d'emplois annoncés pour Francfort ne représentent pas encore le vrai choix de relocalisation", assure à l'AFP Arnaud de Bresson, délégué général de l'association.

"Quand il s'agira de déplacer des activités de marché, c'est Paris qui sera la mieux placée. Paris est la capitale des marchés en Europe continentale, tandis que Francfort est encore une ville de financement traditionnel", poursuit-il, rappelant que la place parisienne compte 150.000 emplois financiers contre 70.000 pour sa rivale allemande.

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