Bilan

Ovules congelés: un créneau porteur

Toujours plus de femmes ont recours au «social freezing» pour retarder le moment de concevoir un enfant. Un marché dont s’emparent les centres médicaux et pharmas suisses.
  • Conservation d’ovocytes dans de l’azote liquide.

    Crédits: Science Photo Library/Getty Images
  • Injection de sperme dans le cytoplasme de l’œuf.

    Crédits: Mark Harmel/Getty Images

«Sur les trois premiers mois de cette année, nous avons accueilli deux fois plus de femmes désireuses de faire congeler leurs ovules afin d’avoir plus tard des enfants en comparaison à la même période de l’année passée. Nous recevons une patiente par semaine avec cette demande», témoigne Daniel Wirthner, directeur médical du CPMA (Centre pour la procréation médicalement assistée) à Lausanne.

Le «social freezing» est en plein boom, confirme Michael de Wolff. Professeur et médecin à l’Hôpital universitaire de l’Ile à Berne, il indique, sur la base des données réunies au sein du réseau essentiellement allemand fertiprotekt.ch: «Entre 2013 et 2014, la demande a fait un bond de 250%.»

En Suisse, les estimations font état d’une centaine de femmes qui y ont eu recours l’année passée. «L’essor de cette pratique remonte à environ trois ans, avec le développement de la technique dite de «vitrification». Plus sûre, celle-ci permet de congeler l’ovule instantanément», reprend Daniel Wirthner.

Soulignons toutefois que si la cryogénisation amène de grands espoirs à de nombreuses femmes, cette technique est loin de garantir une maternité à 100%. Le social freezing implique de recourir à une fécondation in vitro (FIV). D’après les statistiques du CPMA, les chances d’accoucher d’un bébé à la suite d’une FIV sont de 65% pour les femmes de moins de 35  ans. Un taux de succès qui tombe à 20% au-delà de 38   ans.

En octobre 2014, Apple et Facebook ont attiré l’attention sur cette possibilité en encourageant les femmes à y recourir pour favoriser leur réussite. Daniel Wirthner constate cependant que la carrière n’est pas la motivation première. «Dans la grande majorité des cas, les femmes font cette démarche entre 35 et 40  ans parce qu’elles n’ont toujours pas trouvé le bon partenaire.»

En Suisse, 29 centres pratiquent la PMA (procréation médicalement assistée). Le CPMA lausannois est le plus important en Suisse. Les capacités sont suffisantes pour répondre à la demande croissante en social freezing, d’après Michael de Wolff. «Mais seuls quelques centres ont l’expérience nécessaire dans ces techniques.»

Du côté des cliniques, l’équipement pour les prestations de congélation d’ovules représente un investissement de 200  000  francs. «Il faut bien sûr aussi disposer du personnel et des structures adéquats, dont par exemple la salle d’opération. Un environnement dont la valeur se chiffre à plus d’un million de francs», poursuit Daniel Wirthner. Le plus délicat est de recruter des médecins qualifiés car ce domaine connaît un problème de relève.

L’essor du social freezing s’accompagne d’un regain de croissance de la PMA classique, après une stagnation durant deux ans. Responsable du CPMA Unilabs de la Clinique Beaulieu à Genève, Christos Karageorgos observe: «Nos interventions ont recommencé à augmenter en 2013. Confrontés à une vie professionnelle toujours plus exigeante, les couples repoussent le moment de fonder une famille et paniquent lorsque la grossesse tarde à venir.»

Pour la patiente, le prix d’un traitement – soit la stimulation hormonale qui permet d’obtenir entre 8 et 10 ovocytes sur un cycle, leur ponction et le transfert des embryons – est d’environ 10   000  francs, non pris en charge par les caisses maladie.

Avec quelque 6000 traitements annuels pour une FIV répertoriés en 2013, cela représente un marché en Suisse de 60  millions de francs. Une somme répartie entre cliniques, praticiens et pharmas.

10% de croissance annuelle

Fondée par trois scientifiques suisses après la Seconde Guerre mondiale, IBSA Institut Biochimique est active sur dans ce domaine et alimente essentiellement le marché helvétique. A la fin 2014, la société basée au Tessin a lancé un produit – d’après elle – unique sur le marché: le Prolutex. Il est destiné au soutien de la phase lutéale qui couvre la préparation à la nidation d’un embryon dans l’utérus.

Basé à Saint-Prex (VD), le groupe d’origine suédoise Ferring fait quant à lui partie du trio de tête mondial avec l’allemand Merck Serono et MSD, basé aux Etats-Unis. Un créneau porteur: «Ce marché doit continuer à augmenter de 5 à 10% annuels. Une grande partie de cette croissance est alimentée par les marchés émergents», pointe Patrick Gorman, porte-parole chez Ferring.  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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