Bilan

Oskar Freysinger veut un Conseil fédéral offensif

Un Conseil fédéral à la politique novatrice, qui ne se contente pas de «suivre le courant», dont les membres ont des aptitudes élevées à la négociation avec l’UE, mais qui recherchent aussi des accords commerciaux avec la Russie, et des relations privilégiées avec l’Afrique: Oscar Freysinger, vice-président de l’UDC, dévoile ce qu’il ferait s’il était élu dans le cercle des Sept Sages à Berne, et fait le bilan de sa gestion au Conseil d’Etat valaisan.

«On n’est plus à l’époque où on peut avoir à Berne sept fumeurs de pipe qui se rencontrent tranquillement pour deviser.»

Crédits: Sedrik Nemeth

Il l’a déclaré le 20 octobre à la radio, au lendemain de la victoire de l’UDC au National: Oskar Freysinger, vice-président de l’UDC, serait prêt à occuper le second siège revendiqué par l’UDC au Conseil fédéral, si l’on jugeait son profil adéquat. Ce 22 octobre, nous rencontrons le conseiller d’Etat valaisan dans ses bureaux de Sion. Nous voulons savoir ce qui le motive à vouloir intégrer le cercle des sept Sages, mais aussi faire le bilan de sa gestion du Département formation et sécurité de l’Etat du Valais depuis 2013.

De prime abord, on penserait qu’il s’est porté candidat au Conseil fédéral sous le coup de l’euphorie. Mais ses visées sur un second siège sous la Coupole expriment avant tout un autre idéal de leadership pour la Suisse. Dans l’immédiat, l’homme politique valaisan garde les pieds sur terre: «En nombre de candidats éligibles, 240 personnes peuvent espérer être conseiller fédéral, et l’issue est des plus imprévisibles; il faut être la bonne personne, au bon moment, au bon endroit, résume-t-il. Cela ne se planifie pas.» 

«Collégialité sans faille»

Les candidatures au Conseil fédéral sont tributaires de tant de paramètres – élections au Parlement, démissions, alliances du moment, situation internationale – qu’elles relèvent davantage de la loterie que du plan de carrière, explique-t-il: «S’il s’avère que je suis la pièce adéquate dans le jeu, alors cela se fera.»

L’UDC Valais avait envoyé une lettre cet été pour faire part de la disponibilité de son fondateur. Les sections cantonales ont jusqu’au 13 novembre pour proposer un candidat au groupe parlementaire UDC, qui fera son choix le 20 novembre. «L’UDC Suisse proposera peut-être deux candidats, possiblement trois, escompte Oskar Freysinger. On peut imaginer qu’il y aura un Latin et un Alémanique.»

Quid des doutes exprimés par les autres partis quant au respect de la collégialité par les candidats UDC? Le Valaisan met en avant sa collégialité «sans faille» au Conseil d’Etat valaisan, soulignant qu’il n’a pas remis publiquement en question une seule décision depuis qu’il y siège.

Certes, son CV lui est favorable: multilingue, il jouit d’une expérience de conseiller communal, de parlementaire cantonal, de conseiller national et de conseiller d’Etat. Mais – il le sait – c’est plutôt la remise en cause des bilatérales et de la Convention européenne des droits de l’homme qui serait éliminatoire aux yeux des autres partis, même ceux qui, comme le PLR, soutiennent un second siège UDC.

Oskar Freysinger ne se démonte pas. Pour lui, la réalité est que le Conseil fédéral a besoin de leaders aux profils radicalement nouveaux: «Les défis qui nous attendent sont énormes. La situation financière mondiale va se détériorer. La planche à billets ne pourra pas faire office de création de richesses. L’Europe va connaître des chamboulements monumentaux. Les déséquilibres sociaux vont s’accentuer. Si les gouvernements n’ont plus d’argent pour payer l’assistance sociale, les banlieues vont se soulever.

On n’est plus à l’époque où on peut avoir à Berne sept fumeurs de pipe qui se rencontrent tranquillement pour deviser. Ces temps-là sont révolus.» Plutôt que de se montrer porté au compromis, Oskar Freysinger parle de la nécessité d’avoir, sous la Coupole, des «caractères plus tranchés qui peuvent négocier les intérêts d’un pays souverain face à un conglomérat européen qui, de toute façon, va éclater».

Peu effarouché par les intimations des autres partis, il poursuit: «Tout ce que nous avons obtenu à travers les bilatérales, nous pouvons l’obtenir par des accords de libre-échange avec les pays de l’UE. Je refuse le dogme qu’on nous vend. En 1992, on a parlé d’un «dimanche noir» suite au refus de l’EEE; rien n’était moins vrai.» 

Est-ce à dire qu’il remet en question les bilatérales, après avoir annoncé sa candidature au Conseil fédéral? Et pense-t-il que des accords de libre-échange favorables aux intérêts commerciaux de la Suisse ne deviendraient pas alors très, très difficiles à obtenir? Cette fois, le vice-président de l’UDC clarifie ses intentions: «Non, la rupture n’aura pas lieu. Il s’agira de respecter la volonté populaire tout en préservant nos relations avec l’UE, mais sans être prisonniers de celle-ci. Nous n’aurons pas une suspension des bilatérales. Il faudrait pour cela l’unanimité des 28 pays de l’UE, ce qui est extrêmement improbable.» [...]

 

Retrouvez l'intégralité de l'article dans le numéro de la quinzaine, en kiosque du 28 octobre au 10 novembre 

 

 

 

 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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