Bilan

Opération antiterroriste au nord de Paris

Des policiers d'élite ont mené mercredi un spectaculaire assaut à Saint-Denis contre un appartement, dans le cadre de l'enquête sur les attentats de vendredi.

L'opération terroriste a débuté vers 04H30 (03H30 GMT) en plein coeur de cette ville populaire de la périphérie nord de la capitale, à moins d'un kilomètre du Stade de France.

Crédits: AFP

Des policiers lourdement armés ont mené un assaut mercredi à Saint-Denis, aux portes de Paris, ciblant Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attentats du 13 novembre, et qui s'est soldé par deux morts et sept interpellations.

Des vérifications sont en cours pour savoir si le jihadiste belge se trouvait dans l'appartement ciblé. L'un des deux morts est une femme, qui a déclenché son gilet explosif au début de l'assaut, un acte sans précédent en France. 

Pendant toute la durée de l'opération entamée avant l'aube et achevée en fin de matinée, le centre-ville a été entièrement bouclé et survolé par un hélicoptère, les habitants priés de rester chez eux.

Alexia a entendu "des tirs à partir de 04H25, des +boum+ comme des grenades puis des rafales intermittentes", a-t-elle raconté à l'AFP. 

"On se croirait en guerre", a témoigné Hayat, 26 ans. 

L'intervention avait pour but de dénicher Abaaoud, surnommé Abou Omar Soussi ou Abou Omar al-Baljiki, membre de l'organisation Etat islamique (EI) qui a revendiqué les attentats meurtriers qui ont fait 129 morts vendredi à Paris et Saint-Denis.

Grâce à "la téléphonie", les "surveillances" et les "témoignages", les policiers disposaient d'éléments laissant penser qu'il était "susceptible de se trouver dans un appartement" à Saint-Denis, a expliqué sur place le procureur de la République de Paris, François Molins.

Peu avant l'aube, les policiers d'élite du Raid ont donc investi cet appartement du centre-ville de Saint-Denis, à quelques encablures du Stade de France, où trois kamikazes se sont fait exploser vendredi, tuant un homme.

Trois personnes ont été interpellées et aussitôt placées en garde à vue. 

En plus de la femme kamikaze, un homme a été retrouvé mort "à l'issue de l'opération, atteint par des projectiles et des grenades". Deux autres personnes ont été interpellées "alors qu'elles étaient en train de se cacher dans les gravats", a précisé le procureur.

Deux personnes ont été arrêtées à proximité et placées en garde à vue. Il s'agit d'un homme qui a dit à l'AFP avoir hébergé deux personnes "qui venaient de Belgique", à la demande d'un ami, et d'une de ses connaissances. 

Une perquisition a également eu lieu dans un autre logement du quartier, qui était vide. 

Les personnes tuées et arrêtées dans l'appartement sont en cours d'identification.

 

- Six policiers légèrement blessés -

François Hollande a suivi la situation à l'Elysée où une cellule de crise a réuni le Premier ministre et plusieurs ministres.

Six policiers ont été légèrement blessés dans l'opération, selon la direction générale de la police nationale. 

Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a félicité les forces de l'ordre, "110 en tout", qui ont "essuyé le feu pendant de nombreuses heures dans des conditions qu'ils n'avaient jusqu'à présent jamais rencontrées".

Depuis les attentats, les enquêteurs traquent Salah Abdeslam, 26 ans, soupçonné d'être l'un des tireurs qui ont mitraillé vendredi soir les terrasses de cafés et restaurants parisiens, avec son frère Brahim Abdeslam, qui s'est fait exploser. L'homme est activement recherché, notamment en Belgique, où les attaques ont été organisées selon les autorités.

Une vidéo accrédite par ailleurs l'existence d'un autre assaillant dans leur commando qui circulait à bord d'une Seat noire.

Deux hommes, soupçonnés d'avoir exfiltré Salah Abdeslam en Belgique après les tueries, ont été arrêtés samedi dans le quartier bruxellois de Molenbeek, et inculpés par la justice belge pour "attentat terroriste": Mohammed Amri, 27 ans, et Hamza Attou, 20 ans.

Les trois équipes coordonnées, qui ont fait 129 morts, désormais tous identifiés, et 352 blessés (221 encore hospitalisés dont 57 en réanimation), auraient été composées au total de neuf hommes: trois kamikazes aux abords du Stade de France à Saint-Denis, trois autres au Bataclan et trois assaillants pour les terrasses de bars et restaurants.

Plusieurs ont déjà été identifiés, tous français: Samy Amimour (28 ans), Omar Ismaïl Mostefaï (29 ans), Bilal Hadfi (20 ans) et Brahim Abdeslam (31 ans).

Mostefaï, Amimour et Hadfi se sont rendus en Syrie. C'est probablement le cas aussi des deux frères Abdeslam.

Les policiers ont aussi diffusé la photo d'un des kamikazes du Stade de France, pour obtenir des informations sur cet homme passé par la Grèce cet automne. On a retrouvé près de son cadavre un passeport syrien dont l'identité correspond à celle d'un soldat de Bachar al-Assad tué il y a plusieurs mois.

Autre jihadiste français dans le viseur des enquêteurs: Fabien Clain, vétéran du jihadisme, qui a revendiqué au nom de l'EI dans un enregistrement les attaques parisiennes.

 

- "Trop de temps perdu" -

Sur le plan politique, après la concorde, le climat se durcit. 

Nicolas Sarkozy a sévèrement mis en cause François Hollande et le gouvernement, déplorant "trop de temps perdu" depuis les attentats de janvier et une insuffisante prise en compte des conséquences de l'intervention en Syrie sur la "sécurité intérieure".

La prolongation de l'état d'urgence pour trois mois sera examinée jeudi à l'Assemblée nationale et vendredi au Sénat. 

Du côté de la riposte militaire, Paris a de nouveau bombardé Raqa, fief de l'EI, dans la nuit de mardi à mercredi. Au cours des dernières 72 heures, les frappes aériennes menées par la France et la Russie dans le nord de la Syrie ont tué 33 jihadistes, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Mercredi, le porte-avions français Charles-de-Gaulle a appareillé de Toulon avec 26 chasseurs à bord pour se rendre en Méditerranée orientale.

François Hollande rencontrera Barack Obama mardi prochain et Vladimir Poutine jeudi, dans l'espoir d'une coalition unique visant à "détruire" l'EI. 

En France, l'ambiance restait lourde. Le Conseil français du culte musulman, organe représentatif de l'islam, diffusera auprès des quelque 2.500 mosquées du pays un "texte solennel" condamnant "sans ambiguïté" toute "forme de violence ou de terrorisme", en vue du prêche de vendredi prochain.

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