Bilan

Offensive franco-allemande contre Bruxelles pour créer des champions européens

Après la mise en échec par Bruxelles du mariage Siemens-Alstom, Français et Allemands ont répliqué mardi en proposant une stratégie industrielle et une refonte des règles européennes afin de créer de "nouveaux champions", comme autrefois Airbus.

Les Français et les Allemands ont proposé une stratégie industrielle pour l'Europe.

Crédits: DR

"C'est un jour important car après des mois de travail, nous nous sommes mis d'accord sur la définition d'une stratégie industrielle pour l'Europe que nous proposerons à nos partenaires européens", a déclaré le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire lors d'une conférence de presse à Berlin avec son homologue Peter Altmaier.

Les partenaires ont choisi la production de batteries électriques comme premier projet concret de coopération, qui sera ouvert à d'autres pays européens s'ils le souhaitent. 

L'Allemagne a mis 1 milliard d'euros à disposition, la France 700 millions, a précisé Peter Altmaier.

Berlin et Paris espèrent une réponse de la Commission européenne à ce sujet avant le 1er avril.

"C’est la première fois depuis des années (...) même depuis des décennies que nous lançons une initiative de cette importance et que la France et l'Allemagne se mettent d’accord sur une stratégie commune en matière industrielle pour le XXIe siècle", a assuré M. Le Maire.

Elle intervient après le rejet le 6 février par la Commission européenne de la fusion Siemens-Alstom, qui avait fortement déplu aux deux pays. Ceux ci jugent que l'Europe ne sera pas à même de résister à la concurrence des autres puissances sans mastodontes européens.

Bruno Le Maire était parti dans la foulée en campagne pour une vaste réforme du droit européen des fusions, avec le soutien de Peter Altmaier, un proche de la chancelière Angela Merkel. Une démarche vue avec scepticisme à Bruxelles. 

Règles "dépassées"

"Si l'Europe veut rester un moteur industriel en 2030, nous avons besoin d'une véritable politique européenne", souligne le mémorandum proposé par les deux pays, rappelant que seulement 5 groupes européens font parti des 40 plus grandes compagnies dans le monde.

L'initiative s'appuie sur trois piliers.

D'abord miser sur l'innovation et trouver les financements nécessaires, alors que de nouveaux secteurs industriels émergent, comme ceux liés à l'intelligence artificielle, d'autres évoluent à grande vitesse comme l'automobile ou le ferroviaire, d'autres resteront essentiels comme la sidérurgie et l’aluminium.

Ensuite modifier les règles européennes jugées "dépassées comme on l'a vu avec l'échec de la fusion Siemens-Alstom", a lancé M. Le Maire. 

Le document estime que les critères de l'UE désavantagent les entreprises européennes comparé à leurs concurrents mondiaux. 

Car tant que les règles ne sont pas les mêmes pour tous, et tant que "certains pays subventionnent en masse leurs propres sociétés (...) Nous devons faire en sorte que nos groupes puissent croître et être concurrentiels", soulignent les deux pays, qui visent la Chine sans la nommer.

Ils proposent dans certains cas bien définis de permettre une remise en cause des décisions de la Commission en matière de fusions ou d'acquisitions, un "pouvoir d'évocation" qui existe au niveau national.

"Il est clair que l'Allemagne et la France ne vont pas décider seules si ces règles seront modifiées et comment", a assuré M. Altmaier, soulignant qu'il y aurait des discussions avec les autres pays de l'UE, le Parlement et la Commission européenne.

Enfin, dernier pilier, les partenaires insistent sur une meilleure protection des industries européennes, dont les technologies de pointe doivent rester en Europe.

La France comme l'Allemagne ont mis en place des garde-fous légaux pour protéger leurs secteurs stratégiques notamment des appétits chinois, ont-ils rappelé, encourageant tous les partenaires de l'UE à faire de même.

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