Bilan

Nick Hughes, l’homme qui a révolutionné l’accès à l’électricité en Afrique

Un système d’énergie solaire à domicile couplé à des micro-paiements assure aujourd’hui l’électricité à plus de trois millions de personnes. Un de ses co-fondateurs était de passage à Genève.

Aujourd’hui, plus de 600'000 foyers sont connectés à M-Kopa, soit plus de 3 millions de personnes.

Crédits: M-Kopa

Rien ou presque ne prédestinait Nick Hughes à devenir un acteur majeur de l’électricité solaire en Afrique. Diplômé de la London Business School, il était le directeur des paiements internationaux pour le groupe Vodafone. En 2004, le groupe noue un partenariat avec l’opérateur kenyan Safaricom pour lancer M-Pesa, un service de paiement mobile qui a connu un succès fulgurant. Et ce n’était qu’un début. 

Nick Hughes était de passage à Genève en décembre dans le cadre de la conférence Geneva Summit on Sustainable Finance (GSSF). " La finance durable recouvre de multiples réalités. Pour nous, il s’agit d’être très concret et d’avoir de l’impact, tout en faisant du profit ». Son nouveau cheval de bataille s’appelle M-Kopa. Explications. 

Après l’infrastructure, les services

Nick Hughes, co-fondateur de M-Kopa.
Nick Hughes, co-fondateur de M-Kopa.

Nick Hughes rappelle que le système M-Pesa a plus de 10 ans maintenant et compte plus de 30 millions d’utilisateurs dans plusieurs pays. «Grâce à l’infrastructure de téléphonie mobile, nous avons pu développer les paiements mobiles, dans un pays où l’accès aux services bancaires est faible. Une fois que cette base était établie, nous avons pu développé d’autres services », raconte Nick Hughes. 

Le britannique a ainsi fait partie des co-fondateurs de M-Kopa en 2012: un service d’électricité solaire décentralisé. «Auparavant, de nombreux foyers faisant brûler du kérosène, faute de mieux. Ce qui est non seulement dangereux et polluant, sans être économique». 

K-Kopa consiste en petit dispositif de production d’énergie solaire à installer à domicile. Après un paiement initial de 30 dollars pour l’appareil, l’électricité est payée chaque jour par micro-paiement, pour l’équivalent de 50 centimes environ. Au bout d’une année, les clients deviennent propriétaire de l’installation. Après le succès kenyan, M-Kopa s’est étendu dans cinq autres pays, comme l’Ouganda et la Tanzanie. Le système s’est également ouvert à d’autres infrastructures de paiements, comme PayPal par exemple. 

Trois millions de personnes

Aujourd’hui, plus de 600 000 foyers sont connectés à M-Kopa, soit plus de 3 millions de personnes. L’entreprise en elle-même emploie plus de 800 employés dans cinq pays. « Nos clients typiques sont des familles avec un revenu mensuel autour de 200 dollars de revenus par mois, précise Nick Hughes. Nous avons fait plusieurs sondages pour évaluer l’impact sur leur qualité de vie et une des mesures qui nous a particulièrement réjouis est que les enfants pouvaient étudier en moyenne deux fois plus longtemps après l’école, grâce à la lumière produite ». 

Le système de micro-paiements permet aussi de créer un « historique de crédit » pour ces familles ainsi qu’une note (credit record), leur permettant éventuellement d’avoir accès à plus d’énergie ou plus de produits et service par la suite, par exemple des crédits pour financer les études de leurs enfants. 

Qualité et sécurité 

Au-delà de sécurité du système, la qualité est également importante pour Nick Hughes.  « Le cheap ne fonctionne pas en Afrique. Tant sur les panneaux solaires, fabriqués localement avec des partenaires, que sur le système de gestion, qui repose sur plateforme cloud de Microsoft, il faut que l’ensemble soit fiable et résistant ». 

Malgré ces succès, il reste beaucoup de challenges à Nick Hughes pour développer le système M-Kopa ailleurs en Afrique. « Même si la demande est là, il faut s’adapter à chaque fois à chaque pays, chaque système politique, chaque marché, chaque devise…etc. Mais nous avons de grandes ambitions ». 


Quatrième édition du GSSF

La quatrième édition du GSSF à Genève a été l’occasion de nombreuses présentations de recherches académiques sur la finance durable, commentées par des professionnels de la finance et du monde académique. Plus de 100 papiers de recherche ont été soumis, en provenance du monde entier. Des prix ont également été remis pour encourager la recherche dans ce domaine.

Le prix remis par l’association Sustainable Finance Geneva récompensait le papier académique le plus innovant du GSSF. Il a été remis à Caroline Flammer de la Boston University, qui s’est penchée sur l’efficacité des obligations vertes. Ses recherches prouvent qu’il s’agit d’un outil puissant et économiquement efficace pour lutter contre le changement climatique. D’après son analyse portant sur plus de 300 « green bonds », les projets financés par ces obligations ont en moyenne réduit de 27,7% les émissions de CO2 par million de dollars investi. 

Un autre prix, remis par l’Université de Genève, récompensait la meilleure recherche académique et portait cette année sur l’influence des températures et du changement climatique sur les résultats des entreprises. En conclusion, Rajna Gibson, directrice adjointe du Geneva Finance Research Institute (GFRI), a vivement encouragé le monde académique et les entreprises à poursuivre leurs recherches, afin de permettre de mesurer encore mieux les effets du développement durable et d’agir sur le changement climatique. 

Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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