Bilan

Négoce: «Les conditions en Suisse se détériorent»

Le lobby des sociétés de négoce STSA défend le projet de réforme fiscale et pointe la nécessité de mettre en place un cadre réglementaire adapté sur le plan international. Interview.

Stéphane Graber, secrétaire général de la STSA (Swiss Trading and Shipping Association).

Crédits: Dr

Lancée il y a un an, la STSA (Swiss Trading and Shipping Association) est née de la fusion de trois associations régionales: la GTSA romande, la LCTA à Lugano et la ZCA à Zoug. Son secrétaire général, Stéphane Graber, revient sur sa mission et les défis que rencontre le secteur du commerce international.

La  Suisse attire-t-elle toujours autant les entreprises du négoce?

Aujourd’hui, le secteur en Suisse a atteint une certaine maturité. Il représente à ce titre près de 4% du PIB avec plus de 500 entreprises. On observe un certain ralentissement et une détérioration des conditions-cadres en Suisse par rapport à ses principaux concurrents, mais il y a toujours des entreprises de qualité qui cherchent un accès à l’expertise unique de la Suisse dans ce secteur.

Que changera la troisième réforme fiscale des entreprises?

Pour le secteur du commerce international, il s’agit d’une hausse d’impôt (13%) qui est acceptable en échange d’une solution durable et internationalement compatible. Les PME actives sur le marché domestique (taxées aujourd’hui à 24%) seront les principales bénéficiaires de cette réforme qui devrait stimuler l’investissement et l’emploi dans l’économie de proximité.

STSA soutient ce projet ainsi que l’introduction d’une taxe au tonnage, qui est considérée aujourd’hui comme le standard pour le transport maritime, puisqu’elle a été adoptée par plus de 18 pays européens et de nombreux autres pays, dont les Etats-Unis, le Japon ou Singapour. Selon les simulations effectuées par STSA avec les acteurs du secteur maritime, l’adoption d’une telle taxe permettra de générer des revenus fiscaux additionnels qui seront bienvenus dans le cadre de la réforme.

Que pensez-vous de l’idée de créer une autorité de régulation, comme la Finma, pour votre secteur?

Contrairement à la pensée générale, le secteur est déjà densément réglementé. La principale difficulté provient du fait que le commerce de matières premières ne peut pas être traité comme une seule activité. Chaque activité fait l’objet d’une réglementation spécifique, sujette à des autorités différentes. 

La vraie problématique n’est pas dans une autorité unique de réglementation mais plutôt dans la cohérence entre les différentes réglementations. STSA est favorable à des règles qui assurent l’émergence d’un «level playing field» (cadre réglementaire équivalent sur le plan international) adapté à l’activité de ses membres, qui travaillent avec des partenaires internationaux (UE, US et Asie).  

Quelles sont aujourd’hui les principales places concurrentes de la Suisse pour le négoce? Pour quelles raisons? Quels sont leurs points forts?

Les principales places pour le négoce concurrentes de la Suisse sont Londres, Singapour, Hongkong ou Dubaï. La croissance économique des pays asiatiques, emmenée par la Chine, a eu pour conséquence un déplacement des activités vers l’est, soutenu par la forte demande des pays asiatiques en matières premières, qui est à l’origine du «super--cycle des matières premières».

Les coûts élevés opérationnels en Suisse, accentués par le franc fort, nuisent à son attractivité en tant que centre pour le négoce en faveur de ces concurrents. De plus, l’Asie joue un rôle de plus en plus important dans le financement du négoce.

Qu’est-ce que la Suisse doit améliorer pour garder son leadership?

L’expertise suisse dans le négoce de matières premières doit être utilisée afin d’encourager le dialogue entre le secteur privé et public et la coopération sur la réglementation, le développement et l’environnement ainsi que promouvoir la bonne pratique. Il faut répondre aux défis réglementaires et soutenir le développement d’un level playing field à l’échelle internationale. Elle doit aussi encourager l’innovation dans un secteur où l’impact des technologies a révolutionné l’accès à l’information et la nature même de l’activité. 

Quel est l’impact du franc fort?

La décision de la Banque nationale suisse d’abandonner le taux plancher par rapport à l’euro a renforcé le sentiment d’incertitude parmi les sociétés de commerce international et les explorateurs. L’incertitude sur l’évolution des conditions générales de l’économie favorise une fois de plus le renforcement des concurrents.

Le prix des matières premières est au plus bas. A combien estimez--vous le pourcentage d’entreprises dans le secteur du shipping et du négoce qui risquent de disparaître ces prochaines années, en Suisse et au niveau mondial? 

La baisse du prix des matières premières posera un problème pour les sociétés de commerce international s’il y a une réduction des flux du négoce et si les prix bas refléteraient une baisse de la demande. A ce stade, il est trop tôt pour se prononcer et la situation en Chine est encore incertaine. Il faut relever que le secteur du négoce international présente historiquement une forte résilience, même dans des conjonctures difficiles. Ainsi en 2008, il a contribué positivement à limiter les effets négatifs de la crise économique sur l’économie suisse.  

Vittorio Ackermann

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