Bilan

Naturalisation simplifiée: l'UDC veut déjouer les sondages

L'UDC brandit le spectre de l'immigration musulmane pour s'opposer au projet de simplification de la procédure de naturalisation pour les petits-enfants d'immigrés.

D'après gfs.bern, l'affiche de la campagne du "Non", montrant une femme en niqab, a influencé les intentions de vote.

 

Crédits: Keystone

Les Suisses se prononcent dimanche sur une simplification de la procédure de naturalisation pour les petits-enfants d'immigrés, mais la droite populiste brandit le spectre de l'immigration musulmane, à coups d'affiches provocatrices, pour s'opposer au projet du gouvernement.

Au cours des dix prochaines années, quelque 2.300 jeunes pourraient bénéficier chaque année de cette procédure simplifiée, selon le gouvernement.

Mais des élus de l'Union démocratique du centre (UDC) mettent en garde les Suisses contre "la surpopulation étrangère et l'augmentation massive notamment du nombre de musulmans". Ils ont collé devant les gares et les endroits fréquentés des villes une affiche montrant une femme vêtue du niqab (voile intégral qui ne laisse voir que les yeux) avec ce slogan: "Naturalisations incontrôlées? NON".

La proposition du gouvernement vise à conférer aux autorités fédérales la compétence d'attribuer la nationalité suisse aux étrangers "de la 3e génération" pour raccourcir la procédure et la rendre moins coûteuse.

Le projet du gouvernement, qui est soutenu par tous les partis à l'exception de l'UDC (qui dispose du plus grand nombre de députés à la Chambre basse), exclut toutefois toute acquisition automatique de la nationalité.

Les conditions de naturalisation restent par ailleurs inchangées: le candidat doit maîtriser une des quatre langues nationales (allemand, italien, français et romanche) et respecter les lois et les valeurs fondamentales de la Constitution.

Le candidat doit être né en Suisse et y avoir fréquenté l'école pendant au moins cinq ans, être âgé de 25 ans au maximum. L'un de ses deux parents doit en outre avoir vécu 10 ans en Suisse et y avoir fréquenté l'école pendant au moins cinq ans. Enfin, un de ses grands-parents doit avoir eu un permis de séjour en Suisse ou y être né.

La limite de candidature fixée à 25 ans coïncide avec l'âge au-delà duquel un Suisse échappe au service militaire obligatoire.

D'après les autorités, quelque 25.000 petits-enfants d'immigrés, "principalement originaires d'Italie, de Turquie et de pays d'Europe du Sud-Est", pourraient dans l'immédiat bénéficier de la naturalisation facilitée. 

La 'peur' du niqab

Selon le dernier sondage publié le 1er février par l'institut gfs.bern, le "oui" l'emporterait à 66%, contre 31% de "non", avec 3% d'indécis. Un autre sondage publié le même jour par le groupe de presse Tamedia donne le "oui" vainqueur à 55%, contre 44% de refus.

Toutefois, les surprises de "votation" ne sont jamais exclues. D'autant que, comme l'explique à l'AFP le politologue de l'université de Lausanne Andreas Ladner, la question de "la nationalité est redevenue plus importante" aujourd'hui.

gfs.bern invite ainsi à la prudence, car le "oui" a perdu du terrain (-8 points) par rapport au sondage précédent, alors que le "non" a gagné 10 points.

D'après gfs.bern, l'affiche de la campagne du "Non", montrant une femme en niqab, a influencé les intentions de vote.

L'objectif est de "faire peur", de "confronter les gens à leurs craintes potentielles", analyse Pius Walker, à la tête d'une agence de communication à Zurich.

"Il y a un certain parallèle avec ce qui se passe aux Etats-Unis avec Donald Trump", confie-t-il à l'AFP.

Mais pour l'UDC, le niqab, "symbole du refus d'intégration, n'est pas hors sujet".

"Dans une, dans deux générations, qui seront-ils, ces étrangers de la 3ème génération? Ils ne seront plus guère Italiens, ni Espagnols, ni Portugais", explique le député UDC Jean-Luc Addor, également co-président du comité contre la naturalisation forcée.

Ils "sont issus du printemps arabe ou alors, ils viennent de l'Afrique subsaharienne, de la corne de l'Afrique, de Syrie ou encore d'Afghanistan", poursuit-il.

"Ils sont presque tous musulmans, majoritairement des hommes, qui, de par leur culture et leur religion, ne brillent pas toujours par leur respect de la femme", déplore-t-il.

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