Bilan

Nash, la maladie sournoise du soda

Après le diabète de type 2, une nouvelle épidémie se répand, liée au surpoids et à l’obésité. Elle touche le foie, rendu trop gras par une alimentation trop riche en… sucres! Explications.

Les Suisses consomment en moyenne 82 litres de sodas par personne et par an.

Crédits: Spaces Images / Getty

La récente enquête suisse MenuCH (lire Bilan du 29 mars dernier) a confirmé ces chiffres alarmants: plus d’un homme sur deux est en surpoids en Suisse (55% exactement, dont 14% sont obèses). Le surpoids, en constante augmentation dans le monde, a des conséquences lourdes sur la santé publique: développement des maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, et désormais le syndrome du foie gras ou Nash, acronyme anglais de la «stéato-hépatite non alcoolique». 

On parle peu de cette maladie car elle est invisible et évolutive sur dix ou vingt ans. «Il ne faut pas paniquer les gens», prévient Gabriel Perlemuter, chef du service hépato-gastro-entérologie et nutrition à l’Hôpital universitaire Antoine-Béclère à Clamart (Hauts-de-Seine, France) et membre de l’Académie nationale de médecine française. «80% des gens en surpoids ont effectivement une stéatose simple, c’est-à-dire de la graisse dans le foie, mais seuls 20% d’entre eux développeront une inflammation, la stéato-hépatite, la Nash. C’est l’inflammation qui fait la gravité de la maladie car elle mène à la fibrose, puis la cirrhose, et éventuellement au cancer du foie.» 

Comment savoir si on est porteur d’une Nash? En faisant des tests hépatiques par prises de sang, lors des contrôles de routine. «Je vois chaque semaine des patients arriver avec un cancer du foie, qui ne comprennent pas comment ils en sont arrivés là car ils sont asymptomatiques», explique Jean-François Dufour, spécialiste suisse de la Nash et médecin-chef d’hépatologie à l’Hôpital de l’Ile de Berne, qui précise: «On recense 750 à 800 nouveaux cas de cancer du foie chaque année en Suisse.» Ce cancer est associé à une très haute mortalité car il est détecté trop tard, la plupart du temps. En l’absence de médicaments contre la Nash, les médecins recommandent de l’exercice physique régulier, mais surtout un régime alimentaire pauvre en sucres. 

Les Suisses, grands consommateurs de sodas

D’où vient le gras dans le foie humain? Des sucres que nous mangeons. Présents dans les pâtisseries, le chocolat mais aussi (et surtout) dans les boissons sucrées. Ces dernières sont dans le collimateur des autorités outre-Atlantique mais aussi dans le canton de Vaud qui réfléchit à taxer les boissons sucrées, abondamment consommées en Suisse. Nous buvons 82 litres de sodas par an et par personne, ce qui place les Suisses au 12e rang des plus grands consommateurs de sodas du monde. Les scientifiques ont même baptisé la Nash «la maladie du soda». 

Aux Etats-Unis, le Coca-Cola est fabriqué avec du sirop de maïs, c’est-à-dire du fructose (high fructose corn syrup). Or, le fructose industriel est reconnu comme très toxique pour le foie; il entraîne une résistance à l’insuline et peut déboucher sur une stéatose. «Effectivement, les boissons sucrées à base de fructose participent à la genèse des lésions hépatiques», commente encore le professeur Perlemuter qui ajoute: «Quand je veux rendre mes souris malades, j’ai juste à leur donner un régime enrichi en fructose.» 

Pour lutter contre le gras hépatique, il faut non seulement diminuer les bonbons ou le chocolat, mais aussi les féculents et les aliments qui contiennent de l’amidon comme le pain, le riz, les pâtes, les pommes de terre, c’est-à-dire les hydrates de carbone.

Nivez C Photoa
Catherine Nivez

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste en France depuis 1990, d’abord comme reporter et journaliste dans le secteur de la musique, puis dans les nouvelles technologies, internet et l’entrepreneuriat. Après 20 ans en France, j’ai migré en Suisse et à Genève ou je vis et travaille désormais sur ma nouvelle passion: l’alimentation et la santé.

J’ai fait l’essentiel de mon parcours dans l’audiovisuel français (France Inter, France Info, Europe1, ou encore Canal+). Désormais journaliste freelance en Suisse, j’ai signé une série d’articles pour le quotidien suisse-romand Le Temps et travaille désormais pour BILAN où je tiens la rubrique mensuelle « Santé & Nutrition ».

Vous pouvez aussi me retrouver sur mes blogs : www.suisse-entrepreneurs.com, galerie de portraits des entrepreneurs que je côtoie en Suisse, et sur LE BONJUS mon nouveau blog consacré aux jus et à l’alimentation.

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Xavier Casile, le pubard de la Suisse

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