Bilan

Multinationales responsables: oui pour le peuple, non pour les cantons

Au terme d'une campagne tendue, les électrices et électeurs suisses se sont prononcés sur l'initiative pour des entreprises responsables, ce dimanche 29 novembre. Cependant, le texte n'a pas réussi à réunir la double majorité (suffrages et cantons) et échoue en raison du rejet d'un grand nombre important de cantons alémaniques, alors que le peuple s'est prononcé à 50,7% en faveur de la proposition. L'initiative pour mettre fin au financement des producteurs de matériels de guerre a, elle aussi, été rejetée dans les urnes et par les cantons.

L'initiative sur les multinationales responsables semble avoir été validée par le corps électoral et les cantons.

Crédits: Keystone

Lancée en 2016 par une coordination regroupant plusieurs dizaines d'ONG (organisations non gouvernementales), d'associations de défense des droits humains et de l'environnement et de syndicats, l'initiative intitulée «Entreprises responsables - pour protéger l'être humain et l'environnement» avait réuni au fil des mois de nombreux alliés et soutiens: de nombreuses Eglises, des personnalités politiques comme les anciennes conseillères fédérales Ruth Dreifuss et Micheline Calmy-Rey ou encore l'ex-conseiller aux Etats Dick Marty (PLR/TI), mais aussi des partis (le PS et Les Verts en tête, mais aussi le PBD, le PEV et les Jeunes démocrates-chrétiens). Et le texte avait pu bénéficier d'un large soutien au centre et à droite, avec un comité bourgeois recensant plus de 350 élus et figures de la politique, issus aussi bien du PDC, que du PBD, du PEV, du PLR, du PVL et de l'UDC. Certaines sections de l'UDC, comme celle du Valais Romand, avaient voté en faveur du texte.

En face, les opposants se recrutaient principalement dans les rangs du PLR, du PDC et de l'UDC. Ces partis avaient été parmi les principaux acteurs du rejet de l'initiative au Parlement et au sein du Conseil Fédéral. Ce dernier avait initié un premier texte en contre-projet, qui rencontrait l'assentiment des initiants, mais les élus des chambres fédérales l'ont ensuite rejeté au profit d'un texte moins contraignant, poussant les initiants à maintenir leur texte d'origine. Pour soutenir ce camp du non, les partis bourgeois bénéficiaient principalement du soutien des faîtières de l'économie et de l'engagement de grandes entreprises basées en Suisse et actives à l'étranger.

Une avance qui s'est réduite ces derniers temps

Au fil des derniers mois, l'initiative avait vu son soutien se tasser dans l'opinion publique, tout en conservant une certaine avance au niveau des intentions de vote. Au sortir de l'été, plus de six électeurs sur dix affirmaient vouloir soutenir l'initiative, quand à peine plus de 30% s'y opposaient. A la mi-octobre, l'écart s'était resserré avec un oui qui restait majoritaire (57% de soutien) mais voyait le non remonter de huit points à 41% d'intentions de vote, selon des sondages de la SSR. La fin de campagne s'était focalisée sur une série de cantons pivots, l'initiative devant remporter la double majorité (suffrages et cantons) pour être adoptée.

Au final, le oui semble l'emporter d'une courte tête sur le non (50,7% d'approbation au niveau suisse), avec une approbation forte en Suisse romande (sauf en Valais) et à Bâle, tandis que la Suisse centrale et orientale se montreraient plus réticente. Cependant, l'initiative est rejetée, en raison d'un grand nombre de cantons (surtout alémaniques) qui l'ont refusée, ce qui empêche le texte de recevoir la double majorité (suffrages et cantons) nécessaire à son adoption.

Au niveau cantonal, les Genevois-es ont largement accepté l'initiative pour des entreprises responsables (63,7%), de même que les Neuchâtelois-es (62,75%), les Jurassien-ne-s (67,5%), les Fribourgeois-es (56,35%) et les Vaudois-es (59,8%). Même approbation populaire au Tessin (54,2%).

Pas de Röstigraben strict sur cet objet, avec quelques cantons alémaniques ayant approuvé le texte soumis au vote, notamment ceux majoritairement urbains, comme Zürich (52,8%), Berne (54,6%), et Bâle-Ville (61,4%).

A contrario, les Valaisan-ne-s ont voté contre (58,10%), rejoignant plusieurs cantons de Suisse centrale et orientale comme Glaris (52,9%), Nidwald (67,8%) et Obwald (63,8%), l'Argovie (56,9%), Schaffhouse (52,8%), Schwytz (68,4%), Zoug (54,2%), Appenzell Rhodes Extérieures (56,5%) et Appenzell Rhodes Intérieures (65%), la Thurgovie (57,6%), Soleure (56,2%), Lucerne (55,9%) et les Grisons (54,2%).

Rejet de l'initiative sur le financement des producteurs de matériel de guerre

L'autre objet fédéral de ce dimanche 29 novembre résidait dans le vote sur l'initiative «Pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre». Lancée par le Groupe pour une Suisse sans armée (GSSA) et les Jeunes Verts en 2018, ce texte visait à renforcer la réglementation concernant le soutien économique aux entreprises impliquées dans la filière de l'armement, en coupant les vivres de fabricants de fusils d'assauts, de véhicules blindés ou de toute pièce nécessaire à leur fabrication.

L'initiative visait également à interdire les crédits aux producteurs, ou à la détention d'actions de ces producteurs, voire de produits d’investissement tels que des fonds de placements intégrant ce type d'actions. Le texte visait notamment la Banque nationale suisse, les fondations, l’AVS/AI et les caisses de pension.

Parti avec une avance moins nette que l'initiative multinationales responsables dans les intentions de votes, cet objet n'atteignait plus que les 50% de soutien à la mi-octobre, avec une érosion notable de ses appuis. Ce dimanche 29 octobre, l'initiative a été rejetée, aussi bien en termes de suffrages qu'au niveau de la majorité des cantons.

Au niveau romand, les Genevois-es ont voté en faveur de l'initiative (52,7%), de même que les Neuchâtelois-es (50,3%), les Jurassien-ne-s (54,7%). Par contre, les Valaisan-ne-s ont dit non (66,86%), à l'instar des Fribourgeois-es (55,09%) et des Vaudois-es (50,8%).

Côté alémanique, seuls les électeurs et électrices de Bâle-Ville (57,4%) ont approuvé ce texte. A contrario, les Zurichois-es l'ont rejeté (54,3%), de même que les Bernois-es (54,8%), Glaris (66%), Nidwald (75,2%) et Obwald (72,6%), Schaffhouse (58,4%), Schwytz (74,2%), Zoug (61,3%), Appenzell Rhodes Extérieures (63,6%) et Appenzell Rhodes Intérieures (71,2%), la Thurgovie (66,2%), Soleure (63,1%), Lucerne (63,1%) et les Grisons (61,3%).

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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