Bilan

Moutier/Tornos: des liens qui se sont affaiblis au fil du temps

Le leader mondial des tours automatiques, qui produisait encore entièrement en Suisse en 2011, ne comptait plus l’an dernier que 46% d’employés à Moutier.

Tornos à Moutier

Crédits: Photo: Tornos

Pendant longtemps, lorsque Tornos éternuait, Moutier (BE) et sa vallée s’enrhumaient. Au début des années 1990, environ 700 personnes travaillaient encore dans la cité prévôtoise, à Courrendlin (JU) et Courgenay (JU) pour cette entreprise active dans l’industrie de la machine-outil. Sa spécialité: la construction de tours automatiques, dont la renommée est planétaire. Trente ans plus tard, Tornos n’emploie plus que quelque 280 collaborateurs dans le Jura bernois. Au fil des profondes crises qui l’ont menée au bord de la faillite au début du nouveau millénaire, elle s’est profondément transformée pour résister à la mondialisation et aux cycles économiques.


Comme d’autres acteurs industriels de l’économie helvétique, Tornos a décidé de miser davantage sur les services à ses clients, d’externaliser des activités et de délocaliser une partie de sa production à Taïwan et en Chine où elle a inauguré une deuxième usine l’an dernier. En 2011, Tornos produisait encore entièrement en Suisse. L’an dernier, seuls 46% des emplois étaient présents à Moutier. «Une partie du savoir-faire a ainsi disparu de son site historique», regrette Daniel Heizmann qui a présidé la commission du personnel pendant de nombreuses années. Désormais à la retraite, il se souvient que le combat politique entre autonomistes et séparatistes s’engouffrait aussi au sein de l’entreprise au point que certains employés refusaient de collaborer. Au fil du temps, les tensions se sont apaisées pour finalement disparaître de l’usine.

«Ils font la fierté de notre cité»

Les liens entre la cité prévôtoise et Tornos ne sont plus les mêmes que jadis. «Les tours automatiques ont propulsé Moutier dans le monde entier. Ils font la fierté de notre cité. Avec les restructurations successives de l’entreprise et l’arrivée de nouveaux dirigeants à sa tête, les relations avec la population et avec la commune se sont progressivement délitées. Si ses revenus ne jouent pas de rôle au niveau des recettes fiscales encaissées, Tornos reste un acteur économique important», affirme le maire de Moutier Marcel Winistoerfer. Elle est en effet le plus gros employeur de la commune, devant Swatch Group présent avec une usine ETA. Ses activités, qui se sont concentrées progressivement sur le haut de gamme, rebondissent sur toute une chaîne de sous-traitants actifs dans la région. De même, l’entreprise a transformé l’ancienne usine Junker en un centre de compétences visant à faire émerger des projets dans le domaine de la microtechnique et à favoriser le transfert de technologies entre les institutions de recherche et l’industrie. Son nom: Tornos Precision Park.

Aujourd’hui, les activités de cette entreprise axée sur les exportations sont très diversifiées. Elles s’étendent dans l’automobile, le domaine médical et dentaire, la micromécanique et l’électronique. Très affectée par la crise économique et sanitaire, Tornos a réalisé un chiffre d’affaires net de 103 millions de francs en 2020, contre 205 millions en 2019. Après avoir été en mains de plusieurs propriétaires successifs, Tornos a été introduite en bourse à un prix d’émission de 100 francs. Mais l’action a rapidement chuté. Aujourd’hui, elle s’échange autour de 6,5 francs. 48% du capital de l’entreprise prévôtoise est détenu par l’industriel Walter Fust. De l’avis du maire de Moutier, le rattachement prochain de sa ville au canton du Jura n’aura pas d’incidence sur Tornos. Malgré nos sollicitations, le groupe n’a pas souhaité s’exprimer dans le cadre de cet article.


7366

Nombre d’habitants à Moutier fin 2020

282

Effectif de Tornos à Moutier fin 2020 (en équivalents temps plein, sans les apprentis)

103

Chiffre d’affaires net 2020 de Tornos, en millions de francs (205 millions
en 2019)


Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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