Bilan

Monnaie pleine est «une mauvaise idée»

Rencontré quelques jours avant la votation sur l’initiative populaire, le financier Marc Faber la dénonce: elle donnerait «encore plus de pouvoir à ceux qui ont créé la crise financière».

Marc Faber:«Il y a beaucoup de malentendus sur la manière de mener des réformes».

Crédits: Dr

Célèbre pour sa lettre financière intitulée «Gloom, Boom & Doom Report», le gourou de la finance Marc Faber critique l’initiative populaire «Monnaie pleine». Selon lui, elle veut attribuer le contrôle de la monnaie au gouvernement. 

L’initiative «Monnaie pleine» vise à garantir le monopole de la création monétaire à la BNS. Les banques commerciales ne pourraient plus créer de la monnaie électronique comme c’est le cas aujourd’hui. Que pensez-vous de cette proposition?

La discussion sur le système monétaire est bienvenue, mais il y a beaucoup de mal-entendus sur la manière de mener des réformes. Une partie du débat a lieu en raison de la crise financière de 2007 et 2008. Mais elle résulte des banquiers centraux qui n’ont pas fait leur travail. Ils auraient dû resserrer leur politique monétaire beaucoup plus tôt. Je ne blâme pas tellement la BNS sur cette question, mais la fonction d’une banque centrale est de superviser le système financier, contrôler la quantité et la qualité de sa monnaie. Les banquiers centraux n’ont pas été vigilants et n’ont pas réalisé les changements qui se produisaient sur les marchés financiers au niveau de la titrisation des prêts. Ils ont laissé les crédits augmenter et ont pensé qu’une bulle immobilière aux Etats-Unis serait favorable à la croissance économique. 

Aujourd’hui, cette initiative veut donner encore plus de pouvoir à ceux qui ont créé la crise financière, ce qui est une mauvaise idée. En fait, elle veut attribuer le contrôle de la monnaie au gouvernement. Je considère que les banques centrales en font partie. Elles ne sont pas totalement indépendantes comme elles le prétendent.
Je suis un économiste des marchés et en faveur du système capitaliste. Je ne peux pas être favorable à cette initiative. Par ailleurs, je partage le point de vue du gouverneur central Thomas Jordan qui ne désire pas avoir plus de pouvoir. 

Les promoteurs de l’initiative estiment qu’en excluant les banques commerciales de la création de monnaie, les crises financières pourraient être évitées. Partagez-vous leur avis?

Non, en fait je pense que si on les excluait, les crises financières seraient encore pires. En fait, le sauvetage du hedge fund LTCM en 1998 a montré que des institutions financières peuvent être sauvées par les banquiers centraux en cas de problème. C’est ce qui s’est passé avec Merrill Lynch, AIG qui était accompagné de Goldman Sachs. Et, en fait, via Goldman Sachs, le marché entier des dérivés a été sauvé. Je comprends les promoteurs de l’initiative populaire qui estiment que les banques centrales n’auraient pas dû sauver les banques.

C’est vrai, elles auraient dû les laisser faire faillite. En fait, je serais plus favorable à un système où les épargnants peuvent par exemple recevoir leur salaire sur un compte bancaire totalement en sécurité. Il serait séparé des activités des banques d’investissement qui impliquent aujourd’hui, dans une certaine mesure, des transactions risquées avec l’argent des épargnants.

Si le oui l’emporte, la BNS décidera du montant global du crédit dont l’économie aura besoin comme le veut l’initiative. Comment évolueront les taux d’intérêt en Suisse?

Si l’initiative était acceptée, cela n’aurait pas beaucoup d’impact sur les taux d’intérêt en Suisse. L’environnement mondial a beaucoup plus d’influence. Mais de toute façon, la probabilité que le oui l’emporte est proche de zéro. 

Daniel Eskenazi

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