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Mondial : quel impact économique pour la France après la victoire ?

A vingt ans d'intervalle, la victoire de la Coupe du monde de football par la France se produit dans un contexte économique très différent. Si l'impact sur l'économie française devrait être marginal, il pourrait booster la confiance des consommateurs, qui en a bien besoin.

Les buts et la victoire en Coupe du monde de Kylian MBappé vont-ils donner un coup de pouce à Emmanuel Macron dans sa tentative de relancer durablement l'économie française?

Crédits: AFP

La question est souvent posée, mais les réponses sont rarement tranchées. Comment évaluer les effets économiques d’une grande victoire sportive pour l'économie d'un pays, comme celle de la Coupe du monde de football pour l’économie française? Il y a 20 ans, le calcul était presque plus simple: la France était alors pays organisateur. Les recettes de l'événement étaient estimées à 427 millions d'euros, pour un coût d’environ 400 millions. La victoire de la France au Mondial 1998 avait alors coïncidé avec une croissance de 3,6%, grâce à la consommation et investissements, mais évidemment pas uniquement lié à compétition, rappelle LCI. Si les chiffres des retombées économiques pour la Russie ne sont pas encore connus, l'impact maximum sur la croissance serait de moins de 1% pour les pays organisateurs.

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Cette année, l’impact économique de cette deuxième étoile devrait être presque imperceptible pour nos voisins français. Ludovic Subran, économiste chez Euler Hermes, interrogé par Bloomberg, estime que cette victoire pourrait ajouter 0,1 point de pourcentage de croissance du PIB de la France, qui pourrait donc passer de 1,8% à 1,9%. La consommation pourrait quant à elle augmenter de 0,2%.

«Coup de fouet économique»

Pour l'heure, on ne peut faire que des prévisions. Pour ce qui est des victoires passées, le site de BFM TV  rappelle une étude publiée en 2006, où les analystes de banque ABN Amro ont observé que les pays vainqueurs de la Coupe du monde bénéficiaient d’un surplus de croissance économique. En moyenne, sur l'ensemble des compétitions qui se sont tenues depuis 1970, les pays vainqueurs ont bénéficié d'un bonus de croissance de 0,7% par rapport aux années précédant l'événement. A l’inverse, les finalistes malheureux ont eu eux un malus de 0,3%.

Pur hasard ou véritable causalité? Difficile à estimer, même si les observation de la croissance par trimestre tendent à démontrer cet effet: ainsi, la France victorieuse de 1998 avait enregistré une croissance trimestrielle exceptionnelle de 6% durant la période qui avait suivi la victoire.

Evidemment les effets macroéconomiques d’une Coupe du monde ne vont pas transformer une récession en boom, mais ils peuvent donner «un petit coup de fouet», selon l’analyse de BFM TV. En 1998 en France, La consommation des ménages avait alors progressé de 2,6% au troisième trimestre, après 0,7% au trimestre précédent.

Effet confiance prédominant

Evidemment, ce n’est pas le surplus de consommation de bières ou d'achats de téléviseurs qui a un impact déterminant sur l’économie. D'autant qu'il y a aussi un effet d’éviction difficile à prendre en compte: tous ceux qui consomment dans les bars qui retransmettent les matchs ne vont pas au restaurant, au cinéma ou dans les festivals par exemple. En revanche, il semble clair que le facteur bien-être et l’effet sur le moral des ménages serait beaucoup plus important.

Ainsi, avant même d’avoir les résultats, le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire voulait voir dans la victoire des Bleus au Mondial de football une aubaine pour l'économie française. «Il y a une part d'irrationnel dans l'économie qui tient à la confiance en soi, qui tient à l'envie, qui tient à l'enthousiasme et c'est tout ce que nous apporte cette Coupe du monde», avait-il expliqué en milieu de semaine dernière sur France 2, relayé par Les Echos. Et de confiance, la France en a besoin. «Alors que le moral des ménages flanche en ce mois de juin (au plus bas depuis l'été 2016), gagner cette Coupe du monde est devenu un véritable besoin», rappelait encore LCI. 

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Pour Luc Arrondel, économiste du sport et chercheur au CNRS, interrogé par cnews.fr, le boom économique pour le pays vainqueur de la Coupe du monde est un mythe: « Cela n’a pas d’impact direct sur le PIB ou sur la croissance, seulement sur le bonheur national brut. Car une victoire peut renforcer l’optimisme de la population et sa confiance dans l’avenir, et ainsi engendrer davantage de consommation de certains biens – les maillots, les télévisions ou les boissons dans les bars, bien sûr, mais aussi des biens convoités depuis longtemps, comme un appartement ou une voiture».

Une analyse que partage Julien Manceaux, économiste à banque ING, pour qui le seul impact positif qui peut être mesuré est celui sur la confiance des consomateurs. En 1998, il était déjà sur une tendance à la hausse, mais cette année ce n’est pas le cas, malgré une amélioration sur la marché du travail. «On pourrait alors voir une amélioration et un net rebond cet été, ce qui stimulera les dépenses durant la période estivale».

Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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