Bilan

«Modifier la chaîne de valeur mondiale»

Pour Elliott Aeschlimann, cofondateur d’un site de mode qui soutient les artisans, Le profit ne devrait plus être séparé du bien environnemental et social.

Elliott Aeschlimann (à droite) a cofondé Bombinate avec Massimiliano Gritti.

Crédits: Anthony Perez

Bombinate n’est pas une boutique en ligne comme les autres: lancée en mai 2017, elle soutient quelque 300 artisans et une centaine de marques artisanales de très haute qualité dans la mode vestimentaire. Interview d’Elliott Aeschlimann, cofondateur du site.

Comment l’idée de proposer ce modèle vous est-elle venue?

L’idée nous est venue lors du plus grand voyage de notre vie. Pendant l’été 2015, nous avons pris la route à quatre et nous avons traversé les Balkans, le Bosphore, l’Iran, l’Asie centrale, avant d’arriver en Mongolie. Après avoir visité les marchés de Tabriz, Boukhara et Samarcande, ainsi que les sublimes produits d’artisanat qui y étaient proposés, nous nous sommes demandé pourquoi nos centres-villes européens étaient devenus si stériles, une succession de Zara, Primark et H&M? Malheureusement, les marques artisanales ont été poussées hors les murs, et plus personne ne les trouve. Nous avons donc décidé de leur apporter une visibilité en ligne. Nous avons passé plus d’un an sur les routes à la recherche de marques d’exception qui vendent leurs produits au prix juste, sans le premium d’un Louis Vuitton ou Gucci.

L’entreprise dégage-t-elle un bénéfice?

Nous avons un an et la route pour le bénéfice est encore longue. Cela dit, la «lifetime value» (la somme du revenu généré par client) est déjà supérieure à son coût d’acquisition, ce qui est de très bon augure pour la suite. Nous avons levé près d’un million de francs auprès d’investisseurs afin d’accélérer notre croissance et de pouvoir étoffer notre sélection de marques. 

La récente IPO de Farfetch pour 5 milliards de dollars à New York conforte l’idée que nous avons choisi le bon business model. En effet, nous sommes une market place, c’est-à-dire que les marques envoient les produits directement aux consommateurs. Nous produisons aussi des éditions limitées. 

Les valeurs de slow fashion traduisent-elles une philosophie économique?

Nous n’avons pas calé notre business model sur un dogme économique mais bien sur un problème auquel nous avons été confrontés. La course aux bas prix et à la nouveauté effrénée a rendu les expériences d’achat en ville ou en ligne très désagréables.Cela a créé l’illusion que les vrais produits de qualité nous avaient quittés. 

Comment décririez-vous votre clientèle cible?

Notre clientèle cible a 35 ans, est aventurière ou créative dans l’âme et veut des produits manufacturés dans des ateliers, pas des usines. Nous avons reçu des commandes de plus de 42 pays. 

Estimez-vous que les jeunes générations d’entrepreneurs sont davantage en quête de sens et concernées par l’impact social de leur entreprise que les générations précédentes?

Lors de conversations avec des investisseurs qui, pour la plupart, font partie de générations précédentes, je me suis aperçu qu’ils étaient enthousiasmés par l’impact social de Bombinate. Il était sûrement plus difficile (et moins nécessaire) de mettre une vision positive en œuvre à l’époque, car les outils de storytelling actuels n’étaient pas disponibles. Ceux-ci peuvent créer ou détruire une réputation en un instant, la seule façon d’y remédier est de remplacer le «green ou social washing» par un vrai engagement. 

Peut-on à la fois viser le profit et le bien social ou devrait-on séparer les deux buts?

Le profit ne devrait plus être séparé du bien environnemental et social. Ou, en tout cas, les entreprises devraient chercher un certain équilibre.Chez Bombinate, nous prônons non pas l’arrêt net de la consommation de produits lifestyle, mais bien un réarrangement de la chaîne de valeur mondiale afin de privilégier le bien social et environnemental.  

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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