Bilan

Menaces sur les échanges de la Suisse

La concurrence et les risques de discrimination s’accroîtront pour les entreprises helvétiques actives sur plusieurs marchés étrangers. Une étude pointe les risques commerciaux.

Le ministre suisse Schneider-Ammann et le paraguayen Eladio Loizaga: entente cordiale avec le Mercosur.

Crédits: Jorge Saenz/Keystone

L’économie suisse a besoin de frontières ouvertes pour croître. Or, la tendance au protectionnisme, le blocage de l’Organisation mondiale du commerce, les menaces de conflits commerciaux entre les grands blocs économiques et les sanctions envers la Russie peuvent nuire à ses intérêts. Parmi les autres menaces figure la nouvelle politique commerciale de l’Union européenne en Asie et en Amérique latine.

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Dans une étude intitulée Swiss Exports between Globalization and Protectionism et réalisée pour le compte de Switzerland Global Enterprise, les professeurs d’économie Simon Evenett de l’Université de Saint-Gall et Patrick Ziltener de l’Université de Zurich décrivent les tendances que prennent les politiques commerciales dans sept régions ou pays clés (Union européenne, Etats-Unis, Chine, Asie du Sud-Est, Japon, Australie et Nouvelle-Zélande). Ils montrent en substance que la politique économique extérieure du Conseil fédéral, consistant à faciliter les exportations et les investissements des entreprises helvétiques à l’étranger via des accords de libre-échange (ALE), est sous pression. 

Perte d’avantages compétitifs

Longtemps en retrait par rapport à la Suisse dans ce domaine, l’Union européenne comble progressivement son retard afin de soutenir le développement de ses sociétés. Elle a déjà signé, ou est sur le point de conclure, des accords avec notamment la Corée du Sud, le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) et le Japon. Or, cette politique fait courir de sérieux risques aux entreprises helvétiques. Selon Simon Evenett et Patrick Ziltener, les conditions d’accès au marché changeront: les avantages compétitifs fondés sur les ALE seront réduits et, dans certains cas, les concurrents auront même un meilleur accès à certains marchés.

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Par exemple, les exportations suisses de produits alimentaires vers le Japon seront probablement désavantagées. Si les négociations de l’UE aboutissent avec le Mercosur, la baisse des droits à l’importation qui sont souvent élevés au Brésil profitera aux entreprises du Vieux-Continent au détriment de leurs concurrentes helvétiques. C’est pour cette raison que la Suisse cherche à conclure rapidement un ALE avec cette région, au grand désespoir des agriculteurs helvétiques qui risquent d’en faire les frais.

La stratégie de Trump donne du temps à la Suisse

En Asie du Sud-Est, l’intégration économique des pays membres de l’ASEAN avance à grands pas. Et ces derniers visent un accord encore plus large: l’objectif est de l’étendre vers les Etats-Unis. Ce qui pourrait avoir un impact pour les débouchés helvétiques non seulement en Asie mais également outre-Atlantique. Selon les deux professeurs alémaniques, la stratégie américaine du président Donald Trump, qui s’est manifestée par une sortie de son pays du Partenariat transpacifique, donne à la Suisse un certain temps pour réagir. «Mais la question de l’égalité d’accès au marché américain restera certainement en haut de la liste de ses priorités», affirment Simon Evenett et Patrick Ziltener. 

«Cette étude montre que les exportateurs doivent prendre du recul face aux gros titres des médias. Dans certains cas, de nouveaux accords en Asie-Pacifique ou en Amérique latine pourraient avoir plus d’influence que les politiques douanières des Etats-Unis ou de la Chine», prévient Daniel Küng, CEO de Switzerland Global Enterprise, dans un communiqué de cette organisation qui a pour mission d’accompagner les entreprises sur de nouveaux marchés.

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Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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