Bilan

Médecins: comment réduire l’offre excessive

La surabondance de médecins spécialisés constitue une question centrale du débat sur les coûts de la santé. La réduction des surcapacités passe par un pilotage du paysage médical par la Confédération.

La densité de l'offre médicale a augmenté au cours des dernières années.

Crédits: Keystone

La polémique sur les salaires jugés exorbitants de certains médecins cache une réalité plus inquiétante. Pour les coûts de la santé, l’enjeu majeur tourne plutôt autour de la densité de généralistes et de spécialistes car plus l’offre est abondante plus les dépenses de soins par assuré s’envolent. 

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Selon l’Office fédéral de la statistique, le nombre total de médecins actifs dans le secteur ambulatoire pour 100'000 habitants a progressé de 196 à 219 (+12%) sur le plan national entre 2008 et 2016. Dans les cantons de Genève et de Vaud, il a grimpé respectivement de 330 à 376 (+14%) et de 228 à 244 (+7%) pendant la même période. A Neuchâtel, l’augmentation est encore plus forte: de 188 à 220 (+17%). A l’inverse, la densité médicale a reculé dans d’autres cantons comme à Fribourg (de 142 à 138) et dans le Jura (de 147 à 144).

«Les médecins se concentrent dans les villes-centres»

D’après une étude de l’Observatoire suisse de la santé (Obsan), «les médecins se concentrent principalement dans les villes-centres d’une agglomération»: pour 100'000 habitants, ces dernières comptaient 137 praticiens de premiers recours et 288 spécialistes à fin 2016, alors que les communes rurales n’en dénombraient respectivement que 66 et 26. La  densité de spécialistes s’est  accentuée dans quasiment tous les cantons au cours des dernières années. Selon l’Obsan, elle est même dix fois supérieure à Bâle-Ville qu’à Uri. 

Dans le même temps, les coûts AOS (assurance obligatoire des soins) par assuré ont augmenté beaucoup plus fortement dans la médecine spécialisée (environ +60%) que dans la médecine de premier recours (environ +25%).

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Pour Santé Suisse, qui défend les intérêts des caisses-maladie, cette situation n’est plus tolérable. D’autant que, selon ses projections pour 2030, «une tendance nette à une offre médicale excessive se dégage pour presque tous les groupes de spécialistes et presque toutes les régions.» 

C’est pour cette raison que l’organisation faîtière a exigé en novembre dernier que la Confédération prenne les choses en main afin de réglementer l’admission des médecins sur le plan national. «La densité médicale devrait être déterminée par la Confédération et non par les cantons, et inclure des valeurs directrices ou des fourchettes par région d’approvisionnement et par groupe de spécialistes.» 

Supprimer l'obligation de contracter

Encore faut-il prendre des mesures pour réguler le marché. D’abord, Santé Suisse estime qu’«en cas de dépassement de la densité médicale nécessaire, par exemple dans les régions affichant une offre médicale nettement surabondante, l’obligation de contracter devrait même être purement et simplement supprimée.» 

Ensuite, «un moyen de mieux faire coïncider l’offre et la demande serait d’appliquer une différenciation régionale pour les valeurs du point tarifaire.» Enfin, «les cantons seraient investis d’une nouvelle mission dans le domaine des soins de santé: celle de créer des zones d’approvisionnement suprarégionales s’alignant sur les flux de pendulaires et sur le développement de la population.» 

Autrement dit, seule une coordination supracantonale de l’offre permettrait à la fois de diminuer les surcapacités, de réduire les coûts de la médecine ambulatoire et de lutter contre la pénurie de praticiens dans les régions rurales.

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Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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