Bilan

Mauro Poggia dénonce la mainmise des caisses-maladie

Le Conseiller d’Etat genevois Mauro Poggia s’en est pris récemment avec vigueur aux liens incestueux entre des élus fédéraux et les caisses-maladie.

Mauro Poggia s'attaque au lobby des assurances maladie. 

Crédits: Dr

«Je dénonce la corruption de vos esprits. Une corruption malheureusement encore bien légale, certes, mais insoutenable aux yeux de l’élémentaire décence. Avez-vous été élus pour porter le profit d’une minorité au-dessus de l’intérêt public? Pourtant,(…), certains parlementaires ne sont que les mercenaires d’intérêts privés. (…) La culture du compromis a sombré dans la compromission. » Dans son blog hébergé par la Tribune de Genève, le Conseiller d’Etat Mauro Poggia (du Mouvement citoyen genevois) s’en est pris récemment avec vigueur aux liens incestueux entre des élus fédéraux et les caisses-maladie.

Dans un dossier consacré en août 2014 à la votation sur la caisse unique, Bilan a publié les noms des parlementaires qui défendent les intérêts de cette branche sous la Coupole fédérale. Sur les 25 membres de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national, dix entretiennent des liens avec des entreprises ou des associations qui soutiennent un système de santé libéral et six ont remis un badge d’accès au Parlement à des personnes proches de la branche.

Et sur les treize membres qui siègent au sein de la même Commission du Conseil des Etats, cinq défendent les intérêts des assurances et deux ont transmis une carte d’entrée au Palais fédéral à leurs représentants. Le résultat des élections du 18 octobre dernier pourrait encore renforcer l’activisme des caisses-maladie au sein des commissions législatives en raison du succès de l’Union démocratique du centre et du Parti libéral-radical.

Rôle clé des assureurs 

L’actualité récente a démontré une nouvelle fois que les assureurs peuvent jouer un rôle-clé dans les dossiers qui les concernent. D’abord, la Commission de la santé publique de la chambre basse a rejeté toute séparation juridique, administrative et opérationnelle entre l’assurance de soins obligatoire et l’assurance complémentaire exigée par le Conseiller fédéral Alain Berset.

Ensuite, une minorité importante de ses membres a repoussé le renforcement de la surveillance des caisses-maladie prévu par l’ordonnance d’application de la loi au motif qu’il limite la liberté d’action des assureurs et génère un alourdissement des charges administratives. La Commission du Conseil des Etats a également repoussé deux initiatives parlementaires (l’une du canton de Genève, l’autre du Jura) qui visent à attribuer aux cantons la compétence d’instaurer une caisse-maladie unique sur leur territoire.

Ce n’est pas tout. Dans le courant du premier trimestre 2016, cette même commission se prononcera sur la motion déposée par Jürg Stahl, un cadre du Groupe Mutuel, qui exige l’introduction de la liberté de contracter (autrement dit, la fin du libre choix du médecin) à partir d’une certaine densité médicale.

Pour Mauro Poggia, «la vergogne est un sentiment désormais d’un temps révolu, et on se permet au Parlement fédéral ce que l’on s’interdirait au sein du plus modeste conseil d’administration».

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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