Bilan

Mauro Poggia: «Nous sommes trop laxistes pour les médecins»

La situation est toujours aussi tendue. D’un côté, une économie en souffrance avec ses acteurs menacés de définitivement mettre la clé sous la porte. De l’autre, un système de santé qui atteint la limite de ses capacités. Les autorités doivent trancher pour le plus grand déplaisir de certains.

Crédits: DR

Les critiques fusent d'un peu partout. La décision de reconfiner, prise par Genève, fait débat. Le PLR a déposé jeudi une motion auprès du Grand Conseil. Il demande la réouverture des commerces du canton, et dénonce une lente mise à mort des entreprises et indépendants. Le président du PLR Genève, Bertrand Reich, admet la réalité. Le nombre de cas testés positifs au Covid-19 augmente, tout comme le nombre d’hospitalisations. «Rien n’indique que les cas ont lieu dans des commerces ou dans des restaurants» affirme-t-il.

Le discours est différent au sein du Conseil d’Etat et des Hôpitaux Universitaires Genevois (HUG). Une porte-parole des HUG rappelle que les mesures de confinement prises après la première vague ont porté leur fruits. Elle ajoute que «aujourd’hui, nous sommes à la limite de la saturation». Les chiffres le montrent et sont publics. Alors que début octobre, les HUG comptaient une quarantaine de patients covid, ils sont aujourd’hui 550.

Nombre de patients hospitalisés. Source: HUG.
Comparaison entre la première et la deuxième vague. Source: HUG.

Genève fait cavalier seul

Un communiqué accompagne la motion «halte à la distorsion de la concurrence» du PLR: «Le PLR n’est pas opposé à ce que des mesures soient prises et soutient pleinement l’action des autorités dans le cadre de la lutte contre la pandémie. Cependant, cela ne peut se faire au détriment de tous les acteurs économiques qui ont déjà grandement souffert de la première vague. Le PLR s’interroge sur la nécessité de fermer certains commerces alors que ces derniers ont pris toutes les mesures adéquates permettant la consommation en toute sécurité.»

Bertrand Reich dénonce les conséquences des mesures, à savoir que les personnes vont aller dans un grand supermarché plutôt que dans des petites épiceries. Pour lui, c’est une décision prise sous le coup de la peur. «Le Conseil d’Etat n’a pas eu le recul suffisant» estime-t-il.

Autre souci: les cantons font chacun leur cuisine. Genève a prononcé le reconfinement, Vaud l’a évité dans un premier temps. Son Conseil d’Etat a tenu une conférence de presse pour expliquer la situation vaudoise. Une question a été lancée, pour savoir si Genève avait mis la pression. Nuria Gorrite, explique s’être alignée «sur Jura, Neuchâtel et Fribourg, pour une question de compréhension aussi.» Genève est pour elle un canton-ville, dans une autre configuration. Depuis, Vaud a également fermé ses bars et restaurants jusqu'au 30 novembre au moins, Neuchâtel a pris une décision similaire.

Les lésés?

En résulte un sentiment d’injustice pour ceux qui doivent fermer leurs portes. «Ce sont les limites du fédéralisme», admet Mauro Poggia, conseiller d’Etat en charge de la santé. Il reconnaît que «les décisions prises après coup ont affaibli les nôtres», mais il insiste sur la nécessité de freiner la pandémie. Il conteste d’ailleurs l’argument des petites épiceries qui meurent. «Ce sont elles qui ont tiré leur épingle du jeu», rappelle-t-il, tout en appelant les personnes à consommer dans leur quartier et non au centre-ville.

Le Conseil d’Etat dans son ensemble savait que la décision serait compliquée et qu’elle ferait débat. Pourtant, il fait déjà des concessions. «Certains pensent que nous faisons ce que les médecins dictent, alors que nous sommes trop laxistes pour eux», lâche Mauro Poggia. Autrement dit: il faudrait tout fermer pour empêcher la propagation du virus. Seulement, le Conseil d’Etat a voulu laisser une certaine marge de manœuvre. «Ce qui est dommage est que ceux qui subissent ces mesures ont l’impression que ce sont des sanctions» ajoute l’avocat genevois.

Certains partis tentent aussi de se faire entendre, mais pas pour déconfiner à nouveau. Le Parti Socialiste a également réagi sur les décisions genevoises. S’il va à nouveau communiquer lors de la semaine du 9 novembre, il demande au canton de multiplier les aides économiques.

Le PS :

  • Appelle le Conseil fédéral à prendre des mesures pour suspendre à nouveau, à tout le moins pour le canton de Genève, les délais de mise en demeure.
  • Appelle également le Conseil d’Etat à reprendre, dans le cadre de ses mesures d’urgence, la solution prévue dans le projet de loi 12798 élaboré conjointement avec l’ASLOCA Genève.

Les doutes

Des questionnements planent au sein de tous les partis politique. «Lors de la première vague, il y avait un soutien unilatéral. Aujourd’hui les députés posent des questions», constate Frédérique Bouchet, secrétaire générale au sein du parti socialiste genevois. «En principe, fermer implique qu’il n’y avait pas d’autres solutions», affirme Bertrand Reich. Pour Mauro Poggia, la situation le réclamait. Le nombre de cas supplémentaires augmentait chaque jour, et avec lui, le nombre d’hospitalisations. «Ne pas confiner aurait été irresponsable», tranche-t-il.

Les insultes, les accusations de sacrifier les jeunes au profit de «vieux qui seraient de toute manière morts dans quelques mois» il les connaît, et il y répond: «Non, c’est vous qui tuez ces jeunes en continuant de propager la maladie.» A terme, le personnel hospitalier devra prendre des décisions. «Personne ne veut avoir quelqu’un à qui on doit refuser un lit dans sa famille», assène la porte-parole des HUG. Au premier plan pour voir la flambée des cas, elle ajoute que «personne ne prend ces mesures par gaieté de cœur.»

Dans tous les cas, il faut attendre une quinzaine de jours pour voir l’effet des mesures prises par les autorités. «Si l’effet sanitaire est nul car les Genevois vont dans le canton de Vaud, il faudra réfléchir», annonce Mauro Poggia.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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