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Macron: quel Premier ministre pour quelle politique économique?

A peine élu, le nouveau président de la République va devoir choisir son Premier ministre. Pour Emmanuel Macron, le nom du chef du gouvernement va déterminer des options de politique économique. Revue des candidats et des options.
  • Le choix du Premier ministre sera le premier révélateur des orientations économiques que prendra Emmanuel Macron au terme d'une campagne au cours de laquelle il a maintenu le flou sur de nombreux points.

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  • Jean-Louis Borloo.

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  • François Bayrou.

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  • Sylvie Goulard.

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  • Laurence Parisot.

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  • Richard Ferrand.

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  • Jean-Yves Le Drian.

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  • Xavier Bertrand.

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  • Bruno Le Maire.

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  • Edouard Philippe.

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  • Anne-Marie Idrac.

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Marine Le Pen avait annoncé huit jours avant le 2e tour que Nicolas Dupont-Aignan serait nommé Premier ministre si elle était élue présidente de la République. Dans les jours qui ont suivi, elle et ses lieutenants ont sommé Emmanuel Macron de donner le nom de celui qui serait nommé à Matignon en cas d'élection. Mais le candidat En Marche a refusé: pour lui, l'élection présidentielle conçue par Michel Debré pour la Ve République est la rencontre du peuple avec un homme et non un ticket, comme aux Etats-Unis. Interrogé sur ce point, le candidat a cependant assuré que son choix était fait: le choix était fait «in petto» et «dans (sa) tête», sans que ce dernier (cette dernière?) soit avertie.


Emmanuel Macron a choisi un Premier ministre..... par Europe1fr

Cependant, si le mystère est entretenu par le président élu, une douzaine de profils émergent du mouvement qui a accompagné Macron. Chacun d'entre eux présente un positionnement différent sur le plan politique, et la nomination de l'un(e) ou l'autre donnerait de précieuses indications sur les orientations économiques du début du quinquennat. Emmanuel Macron a en effet mis l'accent sur les volets économiques de son programme pendant la campagne, mais en laissant bon nombre de zones sans contours précis.

Christine Lagarde

Christine Lagarde: la mondialiste tempérée

La directrice générale du FMI a quitté le monde politique français depuis 2011. Si elle traîne l'affaire Tapie comme une casserole, son profil est l'un des plus emblématiques parmi les «papables». Avocate d'affaires, avec une solide carrière au sein du secteur privé (Baker & MacKenzie), titulaire de trois ministères (commerce extérieur, agriculture et pêche, puis économie, finance et industrie), celle qui a succédé à Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI à l'été 2011 est issue de la droite libérale. Cependant, ces derniers mois, le FMI s'est montré moins rigoriste dans son application des politiques de redressement des finances et des économies des pays aidés. Sur le cas de la Grèce, Alexis Tspiras a même loué l'intervention du FMI pour adoucir les conditions d'aides accordées avec Bruxelles. Adversaire résolue du protectionnisme («Poser des limites au commerce constitue une faute économique flagrante», déclare-t-elle en septembre 2016), elle souhaite toutefois que les fruits de la croissance soient mieux redistribués («Nous continuons d'être confrontés à une croissance trop faible depuis trop longtemps et qui profite à trop peu de personnes», assure la directrice du FMI, qui ajoute qu'«il n'y a pas de remède miracle (...) mais si nousvoulons maintenir la mondialisation en vie pour la prochaine génération, il n'y a pas d'autre choix que de s'assurer qu'elle bénéficie à tous»). Autre atout: sa capacité à dépasser les clivages partisans. Si elle a été ministre dans des gouvernements de droite, elle n'est pas une «politique pur jus» grâce à sa carrière dans le secteur privé. D'ailleurs, Michel Sapin, ministre des finances socialiste, disait d'elle qu'elle «force le respect»

---> Libérale assumée mais avec une forte conscience des enjeux sociaux, elle milite pour des politiques économiques coordonnées et pourrait s'inscrire dans la volonté d'Emmanuel Macron de collaborer avec les autres puissances européennes.

Jean-Louis Borloo

Jean-Louis Borloo: le retour du centre social

Retiré de la vie politique depuis avril 2014, l'ancien maire de Valenciennes s'est consacré à des projets humanitaires en Afrique. Dès avant le 1er tour, celui qui a présidé l'Union des démocrates et indépendants (UDI, centre-droit) de 2012 à 2014 avait rencontré Emmanuel Macron, sans toutefois appeler publiquement à le soutenir, puis en s'exprimant en sa faveur durant l'entre-deux-tours. Mari de la journaliste Béatrice Schönberg, il a été député de 1993 à 2002 puis ministre de 2002 à 2010 (successivement à la Ville, à l'Emploi, à l'Economie, et à l'Ecologie). Attentif aux défis environnementaux, il avait soutenu la création du parti Génération Ecologie (avec Brice Lalonde, Haroun Tazieff et Noël Mamère) en 1990. Soutien de François Bayrou en 2002, il partage avec ce dernier les préoccupations sociales et humanistes. A Valenciennes, il a acquis une certaine expérience dans les négociations avec les grands groupes internationaux, obtenant les implantations de sites industriels Toyota, Mercedes, Bombardier et sauvant l'usine d'Alstom Marly. Cette expérience pourrait être cruciale dans la perspective d'attirer des investisseurs internationaux vers la France sous le quinquennat Macron. Partisan d'un dialogue intense entre secteur privé et collectivités, il souhaite s'appuyer sur les grands groupes pour faire émerger un tissu de PME spécialisées.

---> Favorable à une politique destinée à attirer les investisseurs et les entreprises internationales en France, il veut s'en servir pour favoriser l'entrepreneuriat local: un message en phase avec celui d'Emmanuel Macron pendant sa campagne, même s'il est de la génération d'avant.

François Bayrou

François Bayrou: l'humaniste des régions

C'est le soutien le plus fort reçu par Emmanuel Macron pendant la campagne électorale. Et le président du MoDem (Mouvement démocrate) est le seul à avoir obtenu du futur président un accord d'alliance qui vise à garantir aux futurs députés de son parti un groupe parlementaire à l'assemble nationale. Si celui qui a été ministre de l'Education nationale dès 1993 ne représente pas le renouvellement attendu de la vie démocratique. Le maire de Pau (Sud-Ouest) milite de longue date pour un meilleur équilibre des territoires en soutenant l'implantation d'entreprises dans les villes moyennes des régions éloignées de Paris. Au niveau programmatique, François Bayrou portait depuis plusieurs années un projet de réforme des retraites assez proche de celui soutenu par Emmanuel Macron ces derniers mois (retraites par point). Europhile convaincu, il milite pour une relance de la construction européenne avec des actes politiques forts et s'est prononcé à plusieurs reprises pour une gouvernance de la zone euro.

---> Ce partisan d'un renforcement de la construction européenne avec des contraintes pour les banques et institutions financières d'injecter une large part de la création monétaire dans l'économie réelle apporterait une caution humaniste et morale au premier gouvernement Macron, mais pourrait sembler un peu daté.

Sylvie Goulard

Sylvie Goulard: l'europhile exigeante

Quasiment inconnue du grand public, Sylvie Goulard est une disciple de François Bayrou, députée européenne élue sur une liste MoDem et siégeant au sein du groupe Alliance des démocrates et libéraux pour l'Europe (ADLE, centre). Diplômée de l'Institut d'études politiques (IEP de Paris. Sciences politiques) et de l'ENA, elle n'a jamais travaillé au sein du secteur privé (à l'exception d'une période comme chargée de cours pour le Collège d'Europe à Bruxelles entre 2005 et 2009) mais a fait carrière au sein des ministères et institutions publiques françaises, avant de se focaliser sur l'Europe dès 2001, en tant que conseillère de Romano Prodi, alors président de la Commission européenne. Cette partisane de l'Europe fédérale, germanophone, se veut exigeante sur les politiques publiques: elle a été rapporteuse d'un texte sur la gouvernance économique, dans laquelle elle prône à la fois un respect strict des contraintes budgétaires (notamment en termes de déficit public), mais aussi les euro-obligations afin de lutter contre le poids de la dette. En 2016, elle a également été rapporteuse d'un texte sur le rôle de l'UE dans le cadre et le rôle des institutions européennes dans le domaine financier, monétaire et réglementaire: elle y défendait une plus grande coopération entre états. Suite au scandale #LuxLeaks, Sylvie Goulard prônait une convergence fiscale européenne afin de lutter contre le dumping dans le domaine de l'impôt sur les sociétés.

---> En dépit de son manque de notoriété, Sylvie Goulard correspond assez bien au programme politique défini par Emmanuel Macron. Son inexpérience dans le secteur privé pourrait lui faire défaut, mais elle pourrait incarner une autre Europe aux yeux des Français, plus exigeante vis-à-vis des banques tout en étant plus rigoureuse sur le plan budgétaire.

Laurence Parisot

Laurence Parisot: la patronne pragmatique

Annoncée candidate déclarée à Matignon suite au 1er tour, elle a démenti très vite et Emmanuel Macron a balayé cette éventualité lors du débat du 3 mai. Cependant, l'ancienne présidente du Medef (principale association patronale de France) présente de nombreux atouts. Certes, elle n'a jamais eu de mandat politique. Toutefois, comparée aux autres dirigeants du Medef (Ernest-Antoine Seillère, Pierre Gattaz), elle fait figure de modérée, loin du jusqu'au-boutisme de ses prédécesseur et successeur. Même au sein des syndicats, nombreux sont ceux qui reconnaissent que le dialogue social était plus facile sous son mandat. Elle et le nouveau président se connaissent d'ailleurs bien: peu après sa première élection à la tête de l'organisation patronale, elle avait sollicité le jeune énarque pour lui proposer le poste de directeur général du Medef. Contrairement à Pierre Gattaz qui a sévèrement critiqué le bilan Hollande (donc certaines mesures inspirées par Emmanuel Macron), Laurence Parisot y voit des «mesures qui vont dans le bon sens». En dépit de ces déclarations, sa nomination constituerait un repoussoir pour de nombreux élus issus de la gauche.

---> Dénuée d'expérience politique et vue avec méfiance à gauche, Laurence Parisot n'a que peu de chances d'accéder à Matignon. Mais son expérience du dialogue social et sa réussite dans le secteur privé feraient d'elle une carte majeure pour encourager l'investissement des entreprises en France.

Richard Ferrand

Richard Ferrand: le fidèle parmi les fidèles

C'est le premier député à avoir rallié Emmanuel Macron. Présent à ses côtés dès le lancement du mouvement En Marche au printemps 2016, il en est devenu secrétaire général à l'automne. Député du Finistère depuis 2012, il est dénué d'expérience ministérielle, mais a mené de main de maître la transformation de la «start-up» En Marche en une machine de guerre ayant permis l'élection d'Emmanuel Macron. Avant de se lancer en politique, Richard Ferrand a successivement été journaliste, directeur d'une agence de graphisme puis a fondé un cabinet de conseil en communication. Entrepreneur à la fibre sociale, il ne souhaite pas bouleverser le modèle français mais l'adapter au XXIe siècle et le moderniser, notamment en libéralisant les professions réglementées: «réformer n'est pas casser, c'est optimiser les atouts d'un modèle qui a fait ses preuves et en corriger sans craintes les défauts évidents», assure-t-il. Si les frondeurs du PS l'ont honni pour avoir soutenu et porté la Loi Macron, ce germanophone représente une option sociale-démocrate qui n'effrayerait pas les syndicats mais peinerait sans doute à obtenir le ralliement de figures de la droite, ou à générer l'enthousiasme des grands groupes industriels.

---> Cet adversaire de l'écotaxe prévue par les gouvernements Fillon et Ayrault serait sans doute apprécié des PME. Mais il aurait sans doute davantage sa place dans un ministère qu'à Matignon dans un premier temps, afin de se construire une notoriété et de gagner de l'expérience avec les partenaires sociaux et économiques.

Jean-Yves Le Drian

Jean-Yves Le Drian: le poids-lourd social-démocrate

L'actuel ministre de la Défense de Bernard Cazeneuve n'est pas clivant: son bilan à la tête des armées est salué à gauche comme à droite (Nicolas Sarkozy avait tenté de le faire entrer à ce poste dans le gouvernement Fillon en 2007). Le Breton, soutien de longue date de François Hollande, a multiplié les signaux en direction d'Emmanuel Macron avant même le 1er tour (après avoir soutenu Manuel Valls lors de la primaire PS). Cependant, s'il n'est réellement connu du grand public que depuis le début du mandat Hollande, il aura du mal à incarner le renouvellement politique, ayant été député depuis le printemps 1978 (Emmanuel Macron était à peine né). Son expérience ministérielle joue en sa faveur, même s'il est davantage connaisseur des thématiques de la défense, de la pêche et de l'environnement que de l'industrie ou de l'innovation (sujets chers à Emmanuel Macron). De plus, il semblerait réticent à s'inscrire sous la bannière En Marche (devenu République En Marche) en lieu et place de l'affiliation socialiste. Sur le plan économique, Jean-Yves Le Drian est un social-démocrate pragmatique qui n'hésite pas, quand c'est nécessaire, à actionner le levier des commandes publiques pour soutenir les entreprises françaises, mais plaide pour un sérieux budgétaire.

---> Sa nomination rallierait nombre de socialistes, mais pourrait symboliser une continuité Hollande-Macron que ce dernier ne souhaite pas. De plus, ce spécialiste des questions de défense est relativement peu connu dans les milieux économiques et financiers (hors du secteur de l'armement). Avantage: il se focaliserait sur les questions de sécurité et de défense et laisserait le leadership sur les sujets économiques à Emmanuel Macron.

Xavier Bertrand

Xavier Bertrand: le ralliement rêvé

Emmanuel Macron a envie d'obtenir le soutien de figures majeures de la droite et Xavier Bertrand en fait partie (au même titre que Christian Estrosi, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Bruno Le Maire). «De Jean-Yves Le Drian à Xavier Bertrand, il y a une vraie cohérence», affirmait-il en avril au quotidien Sud-Ouest. Comme le nouveau président, Xavier Bertrand a été élu à la tête du conseil régional des Hauts-de-France face à Marine Le Pen grâce à un large soutien de la droite et de la gauche. Les deux hommes entretiennent d'ailleurs des relations cordiales. Pour le moment, celui qui fut élu député dès 2002 ne semble pas prêt à franchir le Rubicon en quittant Les Républicains pour rallier le nouveau président. Mais si Emmanuel Macron parvenait à obtenir son ralliement, cela constituerait une prise de choix: ancien ministre de la Santé mais aussi du Travail, il véhicule une image de «gaulliste social», ce qui l'avait notamment poussé à 27 ans, dans le sillage de Philippe Séguin, à militer contre le Traité de Maastricht en 1992.En 2005 par contre, il avait milité pour le «oui» au Traité constitutionnel européen.

---> Avec cet ancien sarkozyste, Emmanuel Macron marquerait des points dans l'électorat de droite. Du côté des entreprises et des patrons, la figure de Xavier Bertrand rassure, sans cependant rebuter les syndicats. Ses positions «Macron-compatibles» dans le domaine économique et sa capacité à rassembler des élus de droite sont cependant légèrement tempérées par l'implication indirecte de plusieurs de ses anciens collaborateurs dans le scandale du Mediator avec les laboratoires Servier.

Bruno Le Maire

Bruno Le Maire: la passerelle vers la droite

C'est un autre poids lourd de la droite et lui a ouvert la porte à Emmanuel Macron: «Oui, je pourrais travailler dans une majorité de gouvernement», a-t-il déclaré sur RTL sitôt le nouveau président élu. Du côté de ce dernier, la main tendue a été vue: «Je pense que Bruno Le Maire fait partie de ces hommes politiques talentueux et généreux», a réagi l'eurodéputé Jean Arthuis, soutien d'Emmanuel Macron, ajoutant qu'il attendait «que M. Le Maire se déclare candidat "En Marche" (pour) avoir toute sa place dans la nouvelle majorité». A la différence de Xavier Bertrand, Bruno Le Maire est vu comme plus libéral sur le plan économique: pendant la campagne des primaires, il portait le projet le plus «débridé» des candidats à l'investiture, souhaitant notamment abroger l'impôts sur la fortune, réduire les indemnités chômage, la réduction du poids des syndicats. Sur d'autres positions, celui qui a appelé François Fillon en mars à renoncer à sa candidature est bien plus proche des thèses d'Emmanuel Macron: simplification du code du travail, réforme de la fiscalité favorable au risque et à l'investissement, exigence accrue vis-à-vis des demandeurs d'emploi, attention portée au secteur du numérique,... S'il remplit parfaitement les critères d'expérience politique (secrétaire d'état aux affaires européennes puis ministre de l'agriculture, de la pêche et de l'aménagement du territoire), il traîne cependant quelques scories comme l'emploi (non fictif) de sa femme comme attachée parlementaire entre 2007 et 2013, ou son regret exprimé publiquement que la classe politique soit «mal payée».

---> Ce «néo-gaulliste» (comme le qualifie le politologue Pascal Perrineau) est le plus proche actuellement de rallier le gouvernement. Mais les 2,4% réalisés à la primaire de la droite lui permettront-ils d'infléchir la politique économique du quinquennat Macron vers davantage de libéralisme encore que les axes annoncés?

Edouard Philippe

Edouard Philippe: le juppéiste compatible

Comme Emmanuel Macron, Edouard Philippe a été un disciple de Michel Rocard dans sa jeunesse. Mais l'actuel maire du Havre a ensuite rallié la droite (RPR, puis UMP puis LR), devenant l'un des lieutenants d'Alain Juppé. Certes, il n'a jamais été ministre encore et n'est député que depuis 2012: un peu tendre dans le paysage politique nationale pour s'installer à Matignon au vu des critères énoncés par le président élu. Cet énarque de 46 ans a été avocat et a travaillé comme directeur des affaires publiques du groupe Areva, actif dans le secteur du nucléaire. Après la défaite d'Alain Juppé à la primaire de la droite, Edouard Philippe s'est engagé dans l'équipe de François Fillon, mais a démissionné de ses fonctions le 2 mars, lorsque le candidat LR est revenu sur sa parole de renoncer en cas de mise en examen. Les deux hommes entretiennent une relation empreinte d'estime réciproque: «Quand on demande un rendez-vous à Ségolène Royal... on le demande longtemps. Emmanuel Macron, lui, m'avait répondu dans les deux jours», expliquait-il sur France Bleu à l'été 2016 au sujet de la reprise du projet de construction d'éoliennes d'Areva par Siemens. S'inscrivant dans un courant réformiste et humaniste, le maire du Havre a été analysé par la journaliste Gaël Tchakaloff, qui a suivi Alain Juppé pendant 18 mois pour son livre Lapins et merveilles, 18 mois ferme avec Alain Juppé: elle le décrit comme une «petite mascotte juppéiste et grand chef de l’organisation de la primaire», mais aussi une «bête de communication», et une «girouette attachante» qui se révèle être «un audacieux dont les ambitions étranglent la témérité». Sur le plan des options économiques, leur collaboration sur divers dossiers alors qu'Emmanuel Macron était ministre et Edouard Philippe maire du Havre laisse augurer d'une compatibilité certaine.

---> L'estime réciproque entre les deux hommes et une convergence des idées sur une flexibilité accrue du marché du travail ainsi qu'une relance de la construction européenne pourrait favoriser cette collaboration entre deux figures atypiques de leurs camps d'origine respectifs. Reste à voir si l'ambition des deux ne risque pas de créer des tensions entre Matignon et l'Elysée. Sans oublier que le maire du Havre serait une «prise de guerre» moins prestigieuse qu'un Estrosi ou un Bertrand pour Emmanuel Macron.

Anne-Marie Idrac

Anne-Marie Idrac: l'outsider oubliée

Elle aussi a eu Alain Juppé comme mentor. Elle aussi a su se faire apprécier des dirigeants de droite comme de gauche. Mais elle a rejoint Emmanuel Macron assez tôt dans la campagne électorale. Âgée de 65 ans, Anne-Marie Idrac a commencé très tôt avec un poste de secrétaire d'Etat aux transports de 1995 à 1997, qui lui avait valu le surnom de «Juppette» (attribué aux femmes novices du gouvernement Juppé en 1995). Soutenant François Bayrou en 2002, elle lui apporte également son soutien en 2012. Entretemps, elle dirige la RATP (transports publics de la région parisienne), puis la SNCF. A la tête des chemins de fer français, elle réussit l'exploit de mener la régie nationale à d'excellents résultats qui permettent de verser un dividende à l'Etat (fait unique dans l'histoire) tout en multipliant les actions relevant de la responsabilité sociale de l'entreprise. Depuis 2015, elle préside le conseil de surveillance de l'aéroport de Toulouse-Blagnac, tout en siégeant dans divers conseils d'administration et de surveillance (Dexia, Suez, Bouygues, Saint-Gobain, Mediobianca). Et tout au long de ces années, elle multiplie les missions pour le compte de gouvernements de droite comme de gauche. Parmi ses chevaux de bataille figurent la réciprocité dans les relations commerciales, la lutte contre les dumpings (salariaux, fiscaux), mais aussi la relance de la construction européenne sur des projets concrets et la croissance par l'export, en soutenant la naissance et la croissance de nouveaux champions français. Des points que le nouveau président a parfaitement intégré dans son programme.

---> Son profil de technicienne experte des dossiers correspond parfaitement au portrait-type dessiné par Emmanuel Macron ces derniers jours. Seul hic pour elle: elle a peu d'expérience de conduite d'un groupe d'élus et pourrait se retrouver désarmée face aux luttes intestines au sein d'une majorité éventuelle.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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