Bilan

Macron et Merkel misent gros sur la défense

Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel veulent développer un nouvel avion de combat européen destiné à être exporté.

Mme. Merkel a mis en exergue d'autres projets de coopération industrielle militaire comme les Eurodrones, la coopération numérique et la cybersécurité.

Crédits: Keystone

Emmanuel Macron et Angela Merkel ont de nouveau multiplié jeudi les signes de relance du couple franco-allemand, avec une mesure phare: le développement sous la "direction" de leurs deux pays d'un nouvel avion de combat européen.

"C'est une révolution profonde, mais nous n'avons pas peur des révolutions quand elles sont menées de manière pacifique, construite et dans la durée", a déclaré le président français à l'issue du 19e Conseil des ministres franco-allemand, réuni dans la matinée à l'Elysée.

Cette nouvelle génération d'avions de combat qui doit faire l'objet d'une feuille de route conjointe d'ici à mi-2018, succèderait au Rafale français ainsi qu'au Tornado et à l'Eurofighter allemand.

Elle aura vocation à "être exportée", a souligné Emmanuel Macron dans une allusion aux difficultés rencontrées pendant de longues années par Dassault Aviation pour exporter le Rafale.

"Aujourd'hui, on se retrouve avec des projets lourds, trop de standards et de qualification au niveau européen et parfois une concurrence intra-européenne pour les porter à l'international", a-t-il également fait valoir, alors que la France défendait depuis des décennies le cavalier seul de Dassault au nom de son autonomie stratégique.

"Je salue ce projet", a enchaîné la chancelière allemande qui a toutefois mis en exergue d'autres projets de coopération industrielle militaire comme les Eurodrones, les satellites, la coopération numérique et la cybersécurité.

De sources gouvernementales proches du dossier, on précise toutefois que ce nouvel avion de combat ne verrait le jour qu'à "l'horizon 2035, 2040".

En amont de ce Conseil des ministres commun, Emmanuel Macron avait par ailleurs mis la pression sur Berlin dans une interview à Ouest France et à un groupe de presse régional allemand, appelant l'Allemagne à "bouger" pour corriger les "dysfonctionnements" de la zone euro dont sa compétitivité économique a selon lui profité.

Concrètement, il se prononçait pour "des mécanismes de solidarité plus puissants" passant par un "budget" de la zone euro, "un gouvernement qui décide de l'allocation de ce budget et un contrôle démocratique qui n'existe pas aujourd'hui".

La chancelière allemande Angela Merkel a laissé la porte ouverte à de telles évolutions à l'issue du Conseil des ministres mais souligné qu'elles devront attendre en tout état de cause les élections générales du 24 septembre en Allemagne, qui la verront briguer un quatrième mandat.

"Je n'ai rien contre un budget de la zone euro", a-t-elle déclaré, se disant favorable à "un calendrier très ambitieux pour la zone euro". Quant au "ministre européen des Finances, on peut en parler", a-t-elle enchaîné.

'Quelque chose de nouveau'

"Nous n'allons pas traîner", a encore promis Angela Merkel, même si, a-t-elle spécifié, "pour de telles évolutions de fond", l'Allemagne a "besoin" de consulter son Parlement.

Autre dossier sur lequel la coopération promet de se concrétiser : l'"Alliance pour le Sahel", une initiative lancée par la France pour développer cette région d'Afrique en proie à des groupes armés jihadistes.

"Du point de vue allemand, cet engagement en Afrique est quelque chose de nouveau", a relevé la chancelière qui a souligné la nécessité d'assurer le développement économique du continent pour maîtriser la vague migratoire qui s'annonce.

Mais au-delà, les deux dirigeants ont mis en exergue leurs nombreuses convergences sur le libre-échange, l'Europe sociale, la fiscalité, la culture, la lutte contre le terrorisme ou le réchauffement climatique.

Le président et la chancelière avaient entamé cette matinée de travail par un acte symbolique, assistant dans le nord de Paris à un atelier linguistique organisé par l'Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) pour favoriser l'insertion professionnelle croisée d'une trentaine de jeunes Français et Berlinois.

Une manière pour Emmanuel Macron de rappeler la dimension culturelle et éducative qu'il entend donner à la relance du couple franco-allemand avec la réouverture de 1.200 classes bi-langues menacées par la réforme des collèges de l'ancienne majorité socialiste.

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