Bilan

Lucerne, la place Vendôme de Suisse

Sur dix montres vendues en Suisse, quatre le sont à Lucerne. A des acquéreurs le plus souvent chinois.
Les touristes chinois dépensent 2000 francs en moyenne en produits horlogers. Crédits: KEYSTONE CHRISTOF SCHUERPF

Il ne s’est jamais vendu autant de montres en Suisse. Et ce sont les Chinois qui les achètent. En 2012, quelque 575000 d’entre eux ont visité le pays. D’après les estimations, chacun dépense dans les 2000 francs en produits horlogers, moins taxés ici qu’en Chine.

Ces tendances se reflètent dans les résultats du Swatch Group dont les ventes domestiques ont bondi de 20% lors du dernier exercice pour représenter presque 14% des 8,1 milliards de francs de ventes totales de la compagnie.

Réunissant les magasins Bucherer, Gübelin et Embassy, la Place du Cygne à Lucerne arrive troisième au palmarès des lieux où se vendent le plus de montres au monde. La Place Vendôme à Paris et la Plazza 66 à Shanghai la précèdent. Il est connu que les guides chinois touchent de la part des boutiques où ils déposent les groupes une commission de 10% sur les ventes.

Les marques du Swatch Group favorites

La clientèle chinoise apprécie en particulier les marques Omega, Longines, Tissot, toutes trois du Swatch Group, ainsi que Rolex et Tudor. Sur dix montres vendues en Suisse, quatre le sont à Lucerne. Suivent Interlaken, Zurich et Genève.

Directeur de Jeager-LeCoultre (Richemont), Jérôme Lambert confiait à la NZZ am Sonntag que le succès de la boutique de Lucerne dépassait les espérances. « Les deux tiers de la clientèle de notre boutique de Lucerne sont des Asiatiques. Après Genève et Lucerne, nous ouvrons un troisième magasin propre ce printemps à Zurich. Nous y escomptons quelque 60% de touristes et 40% de clients locaux. »

L’afflux de touristes chinois à Zurich est à la base de la multiplication des commerces horlogers sur la fameuse Bahnhofstrasse. Jeager-LeCoultre est ainsi la 29ème boutique horlogère de la rue.

Grogne chez les hôtels cinq étoiles

Mais à Lucerne, le succès qui profite à l’horlogerie provoque la grogne chez les hôteliers du haut de gamme. « Nous lançons un appel à l’aide », dit Umberto Erculiani, propriétaire du Grand Hotel National à l’hebdomadaire Sonntag. L’hôtelier figure parmi les fondateurs d’une communauté d’intérêts baptisée « Lake Lucerne Luxury Hideaways » qui regroupe cinq établissements cinq étoiles de la région.

Selon eux, les groupes de touristes chinois qui envahissent bruyamment le centre historique de Lucerne font perdre à la ville son attractivité en tant que destination de luxe. Les cars engorgent les rues. Si ces visiteurs dépensent 2000 francs en montres, ils logent dans des chambres bradées à 40 francs la nuit et ne font guère d’autres dépenses intéressantes pour l’économie locale.

A Lucerne, les termes du proverbe se sont inversés : « Le bonheur des uns fait les malheur des autres. »

 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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