Bilan

Lourdes menaces sur les statistiques horlogères

La branche de l'horlogerie planche sur le contenu des données diffusées hors du sérail. Elle pourrait supprimer la publication des ventes à l’exportation par gammes de prix.

Depuis vingt ans, l'horlogerie suisse mise sur la haut de gamme.

«De toute évidence, l'objectif est de cacher la réalité», s’insurge Pierre-Yves Donzé. Historien et auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’horlogerie helvétique, il craint un changement majeur du contenu des statistiques publiées par la branche. En effet, le 26 novembre prochain, le Conseil de la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH), dont le rôle est de définir sa politique, se penchera entre autres sur une révision de la publication mensuelle consacrée aux exportations du secteur.

Au coeur des débats: la suppression éventuelle des données relatives aux ventes de montres par gammes de prix. «Swatch Group a pris l’initiative de mettre ce thème sur la table. Une commission de la FH examine un rafraîchissement et une modernisation de la manière de présenter les statistiques de l’horlogerie», affirme Bastien Buss, porte-parole du leader mondial de l’horlogerie.

«Un indicateur incontournable»

La discussion en cours ne porte pas sur les statistiques telles qu’elles sont remises de manière exclusive aux membres de la FH, mais sur son contenu diffusé hors du sérail. Chaque mois, la FH indique dans un communiqué les ventes à l’étranger par pays, par régions, par types de produits (montres mécaniques, montres électroniques, mouvements), par gammes de prix, ainsi que leur évolution depuis le début de l’année.

Ces données qu’on peut aussi lire sous forme de tableaux sont publiées en volume et en valeur, à l’exception des ventes par pays qui ne sont calculées qu’en valeur. «Les statistiques traitées, diffusées et analysées par la FH sont un indicateur incontournable. Établies par l’Administration fédérale des douanes sur la base des déclarations effectuées par les entreprises, elles constituent la principale source officielle, régulière et fiable pour suivre l’évolution des exportations horlogères», indique l'association faîtière dans son dernier rapport annuel.

«Transparence indispensable»

«Cette transparence est indispensable. Elle permet d’observer et d’interpréter les tendances récentes et historiques qui marquent l'horlogerie helvétique. Les chiffres d’exportation sont une des rares sources d’information dans une industrie par ailleurs caractérisée par une opacité quasi totale», souligne Olivier Müller, fondateur de LuxeConsult.

Parmi les données publiées, les exportations par gammes de prix, dont les données sont menacées de disparition, constituent un indicateur capital. Celui-ci montre une hausse de 242% entre 2000 et 2019 des volumes de ventes des montres de plus de 3000 francs et une baisse de 49% pendant la même période pour celles de moins de 200 francs. En valeur, la part des montres haut de gamme s’élève désormais à 69% du total des exportations contre 34% en 2000.

Interrogée par Bilan, la FH ne souhaite pas s’exprimer sur cette question avant la décision qui sera prise par son Conseil.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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