Bilan

Loi sur le renseignement: réticences chez les jeunes

Chez les 18-30 ans, le débat fait rage autour du projet de loi accordant davantage de prérogatives au Service de renseignement de la Confédération (SRC), soumis à la volonté populaire dimanche. Qu’en pense la jeune génération?

Le groupe Solidarités Jeunes de Genève ne veut pas d'un Big Brother étatique.

Les quelque cinquante pages du texte soumis au peuple ce dimanche accorderaient de nouveaux moyens d’enquête au Service de renseignement de la Confédération (SRC). Autant d’adaptations destinées à "déceler les menaces et garantir la sécurité", selon le texte de loi.

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Il vise également à réglementer l’usage d’outils modernes en phase avec la réalité technologique actuelle. Surgissent alors les questions de stockage des données informatiques ainsi que leur utilisation. Bien que la nouvelle Loi sur le Renseignement (LRens) se limiterait à des cas exceptionnels - pour lesquels des autorisations devront être accordées au préalable, certains politiciens dénoncent un basculement vers une surveillance de masse abusive.

Le Parti socialiste (PS) et les Verts s’opposent à ce projet, alors que les partis de droite y sont favorables. Mais à l’intérieur de chaque formation, difficile de s’accorder sur un seul et même mot d’ordre entre les diverses sections. Chez les Jeunes, les réticences sont très marquées, face à un Etat perçu comme devenant trop fouineur. Des suspicions qui conduisent le PS et l’UDC, habituellement adversaires, à se rejoindre dans la campagne.

Eclatement des positions partisanes

Le fragile équilibre entre liberté et sécurité divise. Alors que l’UDC et les Jeunes UDC se positionnent majoritairement en faveur de la LRens au niveau national, la section vaudoise des Jeunes UDC se bat malgré tout contre la nouvelle loi. «Notre confiance dans les institutions a diminué car elles nous ont récemment déçu. Nous avons l’impression que les citoyens se sentent plus éloignés du pouvoir, que l’élite n’a plus une totale maîtrise des choses. Dans cette situation, nous ne souhaitons donc pas donner davantage d’outils et de compétences aux autorités pour la sécurité. Il ne faut pas autoriser la surveillance de certains groupes qui seraient jugés dangereux pour des raisons politiques », argumente Yohan Ziehli, président des Jeunes UDC Vaud.

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La Jeunesse socialiste suisse (JSS) abonde dans ce sens. « Les jeunes sont plus conscients que les générations précédentes quant à l’utilisation faite de leurs données. Du moment que l’on a les moyens de les enregistrer, il s’agit déjà de surveillance. Nos données représentent aussi désormais une des principales sources économiques de valeur », prévient la présidente de la JSS, Tamara Funiciello.  Et Yohan Ziehli d’ajouter : « Notre génération a vécu plus de dérapages liés à internet que nos parents. Nous estimons donc mieux les risques. »

Sans parler pour autant d’une totale collaboration avec ses habituels rivaux pour cette campagne, la jeune politicienne cite toutefois quelques opérations menées conjointement avec des sections du PLR, notamment dans des villes de Suisse romande. Cet avis partagé à propos de la nouvelle LRens ne déplaît pas au leader junior du parti agrarien : « Il n’est pas dérangeant de défendre les mêmes idées que les Jeunes socialistes. C’est parfois plaisant de changer les alliances », prétend Yohan Ziehli.

Face à eux, les Jeunes PLR en revanche s’engagent pour le oui. Ils portent un regard opposé sur le service de renseignement helvétique, en qui ils ont confiance. « Les jeunes ont peur, ils ont pris conscience que l’on vit dans un monde différent désormais », argumente Matthias Müller, vice-président des Jeunes PLR Suisse, pour qui la Suisse romande est plus méfiante que le reste du pays.

Et les géants d’internet dans tout ça ?

Alors que les partisans du non refusent une intrusion de l’Etat dans leur sphère privée, comment réagissent-ils face aux géants du web ? « Il faudrait également des lois qui nous protègent de ces acteurs », martèle Tamara Funiciello, qui ne mentionne pour l’instant que des positions claires, mais aucun projet concret dans ce sens. Pour Yohan Ziehli, « le contexte est effectivement problématique. Mais les utilisateurs sont responsables de ce qu’ils communiquent et ils n’ont d’autre choix que d’accepter cela lorsqu’ils utilisent un smartphone, par exemple. »

A quelques jours du délai, les divergences demeurent. Elles surprennent particulièrement l’institut de sondage gfs.bern, comme celui-ci l’exprime dans son deuxième rapport avant la votation : « La bataille électorale a dérouté une partie des personnes favorables au projet en début de campagne. Une telle évolution est plutôt inhabituelle pour un projet de loi émanant des autorités. »

Valentine Zenker

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