Bilan

L’immobilier souffre des héritages record

Cette année, quelque 95 milliards de francs vont revenir aux héritiers des baby-boomers. La concurrence entre investisseurs doit encore faire monter les prix des meilleurs objets.

Fanatic Studio/Gary Waters/SCIENCE PHOTO LIBRARY/getty images

Crédits: Fanatic Studio/Gary Waters/SCIENCE PHOTO LIBRARY/getty images

En 2020, «les héritiers vont toucher une somme totale record», affirme Marius Brülhart. Selon une étude du professeur d’économie à HEC Lausanne, les Suisses vont hériter de 95 milliards de francs au total, soit deux fois plus qu’il y a quinze ans. Il explique: «Durant cette période, les riches se sont encore enrichis en raison de la hausse des marchés boursier et immobilier, de même que grâce à une forte épargne. Cette richesse a davantage augmenté que les revenus. En outre, les personnes âgées ont bénéficié de bonnes conditions de retraite au vu de l’amélioration des performances des 2e et 3e piliers pour cette génération. Ces prochaines décennies, la croissance de la somme totale héritée va probablement encore s’accélérer, en raison du départ des baby-boomers.»

La répartition des fonds s’avère très inégale avec plus de 30% des fonds hérités qui vont à 1% des bénéficiaires. Les héritiers les plus favorisés sont pour la plupart des personnes riches, et souvent déjà elles-mêmes en âge de la retraite. Ces sommes restent peu oblitérées par l’Etat. «Au cours des trente dernières années, les cantons ont réduit les impôts sur les successions et les donations. Les taxes ont même été largement abolies pour les descendants directs. Ce principe, entériné par des votations cantonales, est parti de Schaffhouse, au nord-est de la Suisse, en 1992, pour atteindre Genève en 2004», précise Marius Brülhart.

Vive compétition

Ce boom de l’héritage contribue à l’envolée des prix sur le marché immobilier, puisque ces 95 milliards vont être placés dans un but d’optimiser les rendements, soulignait la NZZ am Sonntag en décembre dernier. Or, les investissements rémunérateurs restent rares. En effet, la période actuelle est marquée par les taux négatifs de la BNS et un marché des actions très cher, tandis que la valeur des propriétés augmente avec le temps et que les crédits hypothécaires sont au plancher.

«Face à la masse de capitaux à investir, la compétition entre investisseurs est très vive. Situés dans des agglomérations dynamiques, les meilleurs biens immobiliers atteignent ainsi des prix record. Cependant, dans les localisations secondaires où il a beaucoup été construit ces dernières années, les prix commencent à baisser», détaille Laurent Aillard. Et cette situation devrait durer, selon l’expert de KPMG: «Si les banques centrales maintiennent leur politique de taux bas à long terme, le prix des objets de placement va continuer à croître dans les pôles importants comme Genève et Zurich. Dans les centres de ces villes, l’offre est sans rapport avec la demande.»

Pour Laurent Aillard, l’acquisition d’une résidence principale agréable reste cependant une acquisition stratégique, même s’il ne s’agit pas forcément du meilleur des placements. Le spécialiste souligne: «Le vieillissement de la population, la concentration urbaine et la digitalisation de l’économie caractérisent ce début du XXIe siècle. En conséquence, les possibilités d’investir dans l’immobilier résidentiel destiné au senior, l’immobilier de santé et les nouveaux concepts comme le coliving méritent d’être étudiées. Avec, bien sûr, la localisation comme premier critère.» Bien que déjà très cher, l’immobilier coté constitue quant à lui une bonne alternative à la détention directe, puisque cette classe d’actifs allie diversification et dividende.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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