Bilan

Lidl Suisse: un univers impitoyable?

L’émission «Cash Investigation» sur France 2 a filmé les coulisses de la chaîne de distribution: cadences infernales, licenciements pour raison de santé, etc. En terres helvétiques, Lidl fait mieux que ses concurrents.

A la caisse de la succursale de Lidl à Romanel (VD), l’employée est équipée d’un écouteur à l’oreille, mais ce n’est pas pour accélérer la cadence. Juste un moyen de communication, assure-t-elle: «J’ai entendu parler de l’émission sur France 2, mais cela n’a rien à voir avec ici…» A côté, de jeunes hommes en tenue décontractée déplacent des packs de boissons énergisantes dans les rayons. Entre Lidl France et Lidl Suisse, y aurait-il un fossé?

Animée par la journaliste Elise Lucet, de France 2, «Cash Investigation» joue de la caméra cachée et veut traquer les abus du monde de l’économie. Le 26 septembre dernier, sous le titre «Travail, ton univers impitoyable», elle s’attaquait notamment à Lidl, l’un des géants de la grande distribution, avec 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires
et 30  000 salariés en France.

L’enseigne aurait bouleversé les méthodes de travail en imposant des cadences très strictes. Une révolution dans les magasins que certains paieraient cher sur leur lieu de travail, comme le démontre une conversation enregistrée entre un manager et un chef de magasin: «Si je viens et que le magasin est mal tenu, je te promets que toi et moi on se verra toutes les semaines. (...) Ça va être à feu et à sang. Je te mettrai six jours de mise à pied à longueur de temps, tu vas mourir.»

Attaquée, la direction de Lidl France a aussitôt répliqué: «Ce magazine télévisé, réputé pour ses méthodes polémiques, a déjà ciblé d’autres grandes entreprises à succès telles qu’Ikea, Nestlé, SNCF, etc. Nous avons fait le choix de la transparence, acceptant une interview de 2 h 30 et ouvrant les portes de nos magasins et entrepôts sans poser aucune condition, explique son service de communication.

Les extraits dévoilés dans l’émission sont inacceptables et nous les condamnons sans aucune ambiguïté. Ce sont des propos isolés, contraires à tout ce que notre entreprise représente. Il n’y a pas de prime de rendement, ni individuelle ni collective en termes de port de charges. La moitié des inaptitudes (au travail) est liée à des problèmes de santé personnels. Leur nombre moyen chez Lidl France est d’une personne par an par entrepôt et une personne tous les dix ans par magasin. Leur proportion a baissé de 25% depuis 2012.» 

«Rien à voir avec la Suisse» 

Lidl Suisse dispose de conditions d’embauche garanties par une convention collective qui offre le salaire minimum le plus élevé du commerce de détail, devançant même Migros, Coop ou Globus. Les jeunes qui arrivent sur le marché du travail sans diplôme bénéficient d’un salaire minimum de 4100 francs (x13).

La durée de travail hebdomadaire est de 41 heures et Lidl n’embauche pas de salariés à l’heure: «Des visites de magasin par des représentants du syndicat Syna et de la Société suisse des employés de commerce ont lieu chaque mois. Concernant les cadences imposées, Lidl Suisse dispose de ses propres directives, spécialement élaborées en tenant compte du droit suisse du travail. Les objectifs sont débattus dans le cadre d’entretiens avec les collaborateurs et des discussions régulières ont lieu avec les partenaires sociaux et les inspections cantonales du travail.» 

A la Société suisse des employés de commerce, Nicole de Cerjat confirme: «Les conditions de travail en Suisse sont très différentes de la France, notamment en raison de la loi française sur le travail. Quand Lidl a débarqué en Suisse, la méfiance était de mise, mais les craintes se sont montrées infondées. Grâce à une bonne CCT, elle applique de bonnes conditions, souvent meilleures que ses concurrentes.» Syna confirme, tout en soulignant quelques problèmes de changement de planning signalés à la direction. 

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

Du même auteur:

Il transforme le vieux papier en «or gris»
«Formellement, Sepp Blatter n’a pas démissionné»

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."