Bilan

L’holacratie expérimentée par des élèves

A l’approche des vacances, un groupe de 18 élèves du Gymnase intercantonal de la Broye, à Payerne, ont pu monter un projet de fin d’année en découvrant l’holacratie. Ou comment une organisation sans hiérarchie peut aussi convenir à des adolescents et très jeunes adultes.

Les élèves de différentes filières ont collaboré sur ce projet.

Crédits: DR

Et si les anciens réflexes pédagogiques selon lesquels un enfant ou un(e) adolescent(e) a forcément besoin d’un encadrement et d’une hiérarchie pour apprendre étaient révolus? C’est l’expérience qu’a voulu tenter une enseignante du Gymnase de la Broye avec un groupe d’élèves pour leur projet de fin d’année. Pendant plusieurs semaines, les jeunes ont travaillé dans un système holacratique sur un escape game, abordant toutes les facettes du projet, du marketing à la production en passant par la comptabilité.

Au sein de l’établissement scolaire de Payerne sont organisés une fois par an trois journées de bloc hors cours: les élèves reçoivent en janvier un catalogue d’activités et choisissent lesquelles ils souhaitent réaliser. Entre les élèves de maturités gymnasiales, d’école de commerce et de culture générale, les cursus sont variés et les compétences assez vastes. Sarah Metrailler enseigne l’économie: «J’ai eu l’idée, dans le cadre de ce programme, de proposer la création d’une escape room qui correspond à un projet économique, avec toutes les activités de la logistique au marketing en passant par la comptabilité… Je voulais qu’il mettent en pratique ces savoirs».

Un concept à découvrir

Première étape donc: la familiarisation avec le concept. Et rien de tel que de vivre l’expérience client en allant soi-même tester une escape room. Ce que les élèves ont fait. Puis, les 18 jeunes participants réunis autour de l’enseignante, ont jeté les bases de leur projet: futurs spécialistes du commerce, élèves en filière santé-sociale ou en pédagogie-psychologie, adolescents préparant la maturité gymnasiale, ils se sont répartis dans les départements dévolus aux besoins du projet.

Pas question cependant de cloisonner les activités et de distinguer trop clairement les missions. Certains groupes ont ainsi achevé les tâches qui leur étaient dévolues plus vite que les autres et l’enseignante les a incités à aller aider les autres groupes: «Ce n’était pas naturel que le marketing aille aider la compta par exemple… Plusieurs m’ont dit qu’ils avaient apprécié d’être tous au même niveau et d’avoir tous des responsabilités; certains étaient surpris qu’ils aient moins à faire mais c’était pensé justement pour les inciter à aller vers les autres. Il reste un obstacle mental pour dépasser ses fonctions et aller vers les autres».

«C’était étonnant, au début, de se dire que personne ne serait là à nous dire ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire et je craignais que le travail se disperse et n’aboutisse pas à cause de cela. Finalement, ça s’est vraiment très bien passé et c’était même plus motivant car chacun se sentait libre d’apporter ses idées et pouvait travailler sans aucune pression d’un supérieur», constate Lauriane, 17 ans, élève en maturité gymnasiale. «Nous trouvons que cette manière de travailler a été la plus adaptée car, tout le monde pouvait s'entraider et donner son avis à n'importe quel moment», renchérissent Oceana et Patricia, 18 ans toutes deux.

«Dans l’absolu, pour qu’une organisation en holacratie soit vraiment performante, il faut du temps et du long terme, afin d’effacer les habitudes de hiérarchie. Mais au sein des élèves, il n’y a pas cette hiérarchie et ces présupposés: ça permettait de ne pas créer de sensation d’injustice ou de manque de légitimité. Ici pas d’expérience ou de diplôme qui justifie que certains décident et d’autres exécutent. Grâce à cela, il n’y a pas eu de sensation d’infériorité. Cela a permis d’autonomiser tous les participants», se réjouit la professeure.

L'escape room ouverte au public une journée

Une découverte pour tous les élèves, même si l’un ou l’autre avait déjà entendu parler d’holacratie: «J’ai des cours d'économie et droit en option spécifique, et nous avons discuté de ce concept mais nous n'en avions parlé que très brièvement», reconnaît Patricia. Une découverte que Mme Metrailler souhaite resituer dans un contexte: «Nous n’avons pas monté ce projet comme une revendication ou une critique d’un autre système. C’était véritablement pour faire découvrir ce type d’organisation aux élèves. C’était un modèle d’organisation bien adapté dans cette situation mais je ne pense pas que ce soit un modèle foncièrement supérieur à d’autres».

Et à la fin du mois de juin, le projet a pu être concrétisé. Le temps d’une journée, le Gymnase de la Broye a transformé une de ses salles en escape room, sous l’impulsion des 18 élèves ayant mené le projet. Parents, amis, compagnons de classe, enseignants et même le grand public a pu venir expérimenter le résultat et résoudre les énigmes. Pour les élèves, les deux plus grandes énigmes sont désormais résolues: ils savent à quoi correspond le principe de l’holacratie… et ils ont pu constater les bénéfices de ce mode de fonctionnement.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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