Bilan

L’étonnante diversité de l’Arc jurassien

Tout au long de l'été, Bilan vous emmène à la découverte du tourisme industriel et économique suisse. Usines, campus scientifiques, barrages, mais aussi fermes agricoles et domaines viticoles, musées techniques et technologiques: une autre manière de (re)découvrir notre pays. Voici l’étape de l’Arc jurassien, à cheval sur les cantons de Berne, Neuchâtel, Jura et Vaud.

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Il y a tout, dans l’Arc jurassien. Le «bordu», comme se plaisent à dire les Neuchâtelois, est souvent synonyme de détente. 

Au-delà, il y a aussi l’étonnante diversité industrielle d’une région. Le centre-ville de Neuchâtel a conservé de sa splendeur. Le bâtiment qui fait office de kiosque au milieu de la Place Pury abrite des vestiges de la «Belle Epoque». A Neuchâtel, le quartier de Serrières était à l’époque le lieu qu’a choisi Philippe Suchard pour installer sa chocolaterie.

Le quartier s’est adapté à cela, en témoigne l’architecture. Un quartier qui devrait être détruit au cours des prochaines années. La RTS a annoncé au mois de mars que toutes les oppositions avaient été levées pour la destruction du quartier. Les bâtiments qui abritaient autrefois les employés de Sugus ainsi que les diverses fabriques étaient jusque-là utilisés par des artistes et artisans.

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L’odeur du chocolat s’est effacée pour laisser place à celle du tabac avec l’arrivée de Philip Morris au bord de l'eau, dans les années 50. L’empreinte laissée par Suchard reste toutefois bien présente. La confiserie Woodey-Suchard tient toujours boutique au centre-ville de Neuchâtel. Une équipe a également lancé les Afterworks Suchard le premier jeudi du mois de juin. Le but est de faire revivre ces lieux chargés d’histoire.

Affiche Absinthe

7 octobre 1910. La Suisse interdit la fabrication ainsi que la consommation d’absinthe. La Fée Verte est pourtant loin de mourir, puisqu’une multitude de distillateurs continuent de produire le breuvage interdit. Le Val-de-Travers, berceau de l’absinthe, continue de vivre cette épopée. Le site absinthe.ch parle de 80’000 à 100’000 litres produits chaque année et vendus sous le manteau.

Il y a bien eu des dénonciations, des destructions d’alambics et des amendes mais les distillateurs ont poursuivi. L’interdiction est levée depuis 2005, et les touristes peuvent visiter certaines distilleries. Les producteurs d’absinthe regorgent d’anecdotes et parlent volontiers de l’histoire de leur produit.

Au cœur des mécanismes

Les montres sont largement associées au canton de Neuchâtel. Et pour cause. La Chaux-de-Fonds et Le Locle comptent bon nombre de marques prestigieuses comme Breguet, Tag Heuer, Ulysse Nardin mais aussi une vaste liste de sous-traitants sans qui les garde-temps ne verraient pas le jour.

L’Office du tourisme de Neuchâtel met notamment en avant la visite de la manufacture Zenith, une maison horlogère fondée par Georges-Favre Jacot. Les visiteurs découvrent l’histoire de la marque à travers des tableaux interactifs et des passages dans des lieux emblématiques comme le grenier d’époque. A noter qu’il faut réserver à l’avance sur le site explorewatch.swiss, qui propose également un atelier pour créer sa propre montre. De quoi avoir une belle initiation sur la difficulté de l’exercice. L’équipe de Bilan s’y était d’ailleurs essayée. Quelques ressorts se sont envolés.

Autre ville connue pour son horlogerie: Bienne compte également un gros passé industriel. La ville accueille encore aujourd'hui des maisons horlogère comme Omega ou Swatch, du Swatch Group. La Cité du Temps réunit le musée de ces deux marques, à un peu moins d'une trentaine de minute à pied de la gare. Elle permet aux visiteurs de connaître l'histoire de l'horlogerie de deux manières: celle de Swatch et celle d'Omega. Aussi présent dans la ville: le Nouveau musée biennois. Le bâtiment est symboliquement important pour l'industrie biennoise puisqu'il s'agissait de l'ancienne usine d'indiennes de la famille Neuhaus.

Une dose de fromage

Les amateurs de fromage auront de leur côté envie de se diriger vers les producteurs de Tête de Moine. Ce fromage à pâte mi-dure est aussi connu sous le nom de fromage de Bellelay. Pour l’histoire, il a d’abord été produit à l’abbaye du village, par les moines, il y a plus de huit siècles.

La Tête de Moine a obtenu le label AOC (appellation d’origine contrôlée) en 2001, puis le label AOP (appellation d’origine protégée) en 2011. La Maison de la Tête de Moine propose des visites tous les mercredis de juin à septembre. Ils fabriquent le fromage à l’ancienne, sous les yeux des visiteurs.

Chococafé

Perché à plus de 1000 mètres d’altitude, les touristes peuvent aller voir La Semeuse. Ce spécialiste du café torréfie lui-même les grains. Tout un processus est mis en place pour passer les différentes étapes de production, de la commande des grains jusqu’à la dégustation. La PME peut compter sur des experts du breuvage, et emploie notamment un caféologue venu d’Amérique latine.

L’expert chaux-de-fonnier du café propose des visites du lundi au jeudi, sur réservation. Dès l’entrée dans le bâtiment, l’odeur du café prime. La partie dégustation permet de saisir les nuances entre les différents produits, mais aussi entre les diverses méthodes pour extirper le goût des grains de café. La vidéo ci-dessous en montre quelques exemples.

Continuez à parcourir les montagnes neuchâteloises en direction du Jura, et vous passerez par Camille Bloch. Le chocolatier bien connu a son siège à Courtelary depuis des décennies. L’endroit servait autrefois à faire du papier, il est aujourd’hui le lieu de fabrication du Ragusa et du Torino, deux des chocolats emblématiques de la marque.

Les visiteurs peuvent suivre la création de ces barres chocolatées au travers d’une visite. «Nous avons environ 100’000 visiteurs par année», affirme Laetitia Berchier, responsable marketing et communication Centre visiteurs chez Camille Bloch. Ces visiteurs, ce sont surtout des Suisses qui recherchent une activité familiale ou d’entreprise. Les centres les plus proches sont Bienne, La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel.

Pour le mois d’août, le Centre visiteurs a prévu de lancer un Escape Game et bien des éléments de la visite sont interactifs. «Nous avons également un café, une place de jeux et un magasin dans lequel certains produits sont en exclusivité» explique encore Laetitia Berchier. Le but est de créer un véritable lieu de passage et de détente.

Si le centre des visiteurs est juste à côté de la fabrique, ce n’est pas un hasard. Camille Bloch était pendant des années à Berne, avant de déplacer sa production dans le Jura bernois. Le chocolatier aurait pu laisser une vitrine dans la capitale mais a décidé de réunir le centre où travaillent les employés et le centre des visiteurs. «C’est un challenge en plus» admet la responsable marketing et communication du centre, mais le jeu en vaut la chandelle. Les attentes de la première année - en 2017 - ont largement été dépassées. Quant à cette année spéciale qu’est 2020, Camille Bloch verra si les personnes restent effectivement en Suisse et en profitent pour découvrir les différentes régions du pays.

Du côté du Nord vaudois, Sainte-Croix propose également des visites pour découvrir son histoire industrielle. En une heure, les touristes en apprennent davantage sur les entreprises marquantes de la ville, comme les ateliers de boîte à musique, les ateliers Paillard, l'usine Reuge ou encore l'atelier de l'automatier Junod.


En chiffres

L'Arc jurassien enregistre plus d'un demi-million de nuitées en un an. Selon l'Office fédéral de la statistique (OFS), ce sont principalement des Suisses qui viennent passer leurs nuits dans la région.

Près d'un touriste sur deux qui passe la nuit dans l'Arc jurassien vient de Suisse. Chiffres: OFS.

Près des deux tiers des visites proviennent de Suisses. L'OFS ne précise pas quelle est la provenance exacte des touristes, et le motif de leur visite n'est pas précisé. Cela signifie que certaines des personnes qui ont été enregistrées sont peut-être simplement venues pour un voyage d'affaires -et n'ont donc pas profité des infrastructures touristiques locales.

Le canton de Neuchâtel pèse dans les nuitées, sur l'ensemble de l'Arc jurassien. Chiffres: OFS.
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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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