Bilan

Les transferts records déséquilibrent l’industrie du football

Supérieur à 5 milliards à l’issu du mercato, le montant cumulé des transferts de joueurs traduit une concentration sans précédent des moyens sur les grands clubs, anglais en particulier. Une situation qui inquiète le monde du ballon rond.
  • Neymar et Kylian Mbappé, transférés au PSG pour plus de 400 millions cumulés à l'occasion du mercato 2017.

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  • Avec plus de 2,4 milliards de droits télévisés distribués en 2017 aux clubs anglais, la Premier League accroit sa domination financière sur les autres championnats européens.

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  • Raffaele Poli, responsable de l'Observatoire du football CIES, plaide pour une refonte du système des transferts.

    Crédits: Bilan

Ce sont deux organisations reconnues dans le milieu du football qui ont tiré la sonnette d’alarme, à l’issu d’un mercato estival de tous les superlatifs. Le syndicat de joueurs FIFPro a estimé «qu’un marché distendu, où règne une inflation folle, avec l’escalade des prix des transferts au cœur du système, a aidé à détruire l’équilibre global du monde du football». Et de rappeler qu’un des objectifs essentiels du système des transferts est de maintenir un «bilan compétitif» entre les clubs engagés dans les compétitions européennes et nationales. Un constat partagé par l’UNFP, autre syndicat de joueur, et largement détaillé par l’Observatoire du football CIES dans un rapport détaillé rendu public le premier septembre.

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L’organisation, sise à Neuchâtel, relève ainsi une accélération de l’inflation par rapport aux années précédentes: avec un montant cumulé de 5,1 milliards d’euros sur l’été, les transferts affichent une hausse en valeur de 31% par rapport à 2016, contre 12% en moyenne ces dernières années. Pour Raffaele Poli, responsable de l’Observatoire du football CIES, l’inflation se justifie en partie par le développement du football sur de nouveaux marchés. «Les prix montent dans une large mesure parce que le football suscite un intérêt croissant hors d’Europe, en particulier aux Etats-Unis avec l’immigration, mais aussi en Asie du sud-est et en Chine. Pour preuve, l’arrivée d’investisseurs chinois au Milan AC, ou d’Américains (Liverpool, Marseille, Nice…).»

 

L'inflation des transferts de joueurs a dépassé les 30% entre 2016 et 2017

Concentration accrue des moyens financiers

En revanche, l’extrême concentration des moyens financiers inquiète. Derrière les transferts ultra-médiatisés du Brésilien Neymar (222 millions d’euros) et du Français Mbappé (180 millions) au PSG, ainsi que du jeune joueur Ousmane Dembélé au FC Barcelone (150 millions), ce sont les clubs anglais qui assurent la part la plus importante des recrutements avec près 30% (1,7 milliards) du montant cumulé des transferts sur 2017. En cause, une hausse de 70% sur 2016-2019 par rapport à 2013-2016 des droits TV reversés par les chaines aux clubs de la Premier League, qui accroit leur avantage en termes de moyens financiers sur leurs rivaux européens. Ces droits atteignent désormais 2,4 milliards par an, contre 1 milliard à la série A italienne, deuxième championnat le plus lucratif. Avec près de 42 millions de de revenus audiovisuels, le champion de France Monaco encaisse ainsi pour la saison 2016-2017 moins de la moitié de Sunderland (plus de 93 millions), pourtant…dernier du championnat anglais.

 Près d'un tiers des indemnités de transferts engagées en 2017 l'ont été par des clubs de Premier League anglaise

L’échec de la redistribution menace l’industrie

Le creusement de l’écart entre l’Angleterre et le reste du monde n’est pas sans conséquence, comme le relève Raffaele Poli de l’Observatoire du football: «Même si des clubs comme le PSG ou Milan affichent cette année des déficits de plusieurs centaines de millions sur les transferts, la tendance devrait aller vers l’équilibre.» Les rentrées liées aux droits télévisuels seront alors déterminantes pour recruter au risque de voir à terme des écuries comme le Barça et le Real reléguées au 5è ou 6è rang européen en termes de budget, derrière les clubs anglais qui accapareraient les meilleurs joueurs. «Le problème serait alors celui de l’intérêt des compétitions européennes, comme nationales. Heureusement, l’argent ne fait pas tout dans le sport, et les clubs anglais n’ont pas encore tué les coupes d’Europe, mais pour combien de temps? L’industrie du football est une industrie-spectacle, et elle ne peut survivre qu’à la condition d’un certain équilibre entre les formations qui s’affrontent.»

L’Observatoire du football CIES et les syndicats appellent à une refonte du système des transferts, dont la philosophie initiale était d’assurer une redistribution, en faveur notamment des clubs formateurs. Le fonds de solidarité prévoit ainsi l’attribution de 5% des montants des transferts aux clubs ayant formé le joueur entre 12 et 23 ans. Un mécanisme aujourd’hui insuffisant et largement contourné, selon Raffaele Poli. «On pourrait penser passer ce montant à 10%. Mais le problème est qu’aujourd’hui, des clubs parmi les mieux dotés comme Manchester City ou Chelsea ont des franchises partout dans le monde, ce qui leur permet de récupérer et former les joueurs très jeunes, et tirer profit du système. Il faut revoir la redistribution en profondeur.»

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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