Bilan

Les taxes chinoises pénalisent l’horlogerie suisse

Non incluses dans le traité de libre-échange entre la Suisse et la Chine, des taxes internes plus fortes frappent les montres de luxe achetées en ligne sur des plateformes chinoises ou achetées en Suisse par des touristes chinois.

Les barrières tarifaires chinoises pour les montres suisses freinent les ventes de l'horlogerie.

Crédits: Image: Keystone

Pour la Suisse qui accueille en visite officielle le président chinois Xi Jinping, la Chine demeure un partenaire de poids dans le secteur de l’horlogerie. Malgré une baisse de 6% à 1,15 milliard de francs au cours des onze premiers mois de 2016, le marché horloger suisse à destination de la Chine demeure le troisième en importance après ceux de Hong Kong et des Etats-Unis. L’accord de libre-échange entre les deux pays, en vigueur depuis 2014, qui prévoit notamment un recul progressif des droits de douane dans le secteur horloger devrait favoriser l’horlogerie helvétique. Mais la réalité est plus complexe, si l’on tient compte des taxes frappant les achats réalisés en Suisse par les touristes chinois, non comptabilisés dans les chiffres des exportations publiés par la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH).

Lire aussi: Le président chinois veut approfondir les relations avec la Suisse

Depuis avril 2016, les taxes concernant d’une part les achats effectués en ligne sur des plateformes étrangères, d’autre part les produits rapportés directement par les touristes ou importés à titre individuel ont été modifiées. Pour les montres de luxe, elles ont parfois sensiblement augmenté, comme le précise Maurice Altermatt, chef économique à la FH, à Bienne.

Quelles sont les taxes qui augmentent et celles qui diminuent?

Maurice Altermatt: En ce qui concerne les achats en ligne transitant par des plateformes chinoises, la taxe forfaitaire précédente de 20% (taux standard) et de 30% pour les produits d’une valeur supérieure à 10.000 renminbi (1460 francs) a été remplacée par une nouvelle taxe basée sur la TVA et, le cas échéant, les droits de douane ainsi que la taxe à la consommation. En résumé, les montres d’une valeur jusqu’à 2000 renminbi (environ 300 francs) sont aujourd’hui moins taxées. En revanche, au-dessus de ce seuil, la taxation est globalement plus forte. Ainsi la taxe d’une montre d’une valeur de 30.000 renminbi (4300 francs environ) est passée de 9000 à un peu plus de 10.000 renminbi.

Et pour les produits rapportés par les touristes chinois et ceux importés à titre individuel?

M.A.: Les taux de la taxe forfaitaire sont passés respectivement de 20 à 30% et de 30 à 60% pour les montres d’une valeur supérieure à 10.000 renminbi (1460 francs). Précisons que la valeur des biens pouvant être importés en franchise de douane s’élève aujourd’hui à 5000 renminbi (730 francs)

Lire aussi: La baisse des exportations horlogères "perd de la vigueur"

Avez-vous constaté des effets négatifs sur les achats de montres en Suisse par les touristes chinois ?

M.A.: Nous savons que certains organisateurs de voyages ont clairement averti leurs clients chinois sur ces nouvelles mesures. On ne peut donc pas exclure que certains d’entre eux auront renoncé à tout ou partie de leurs achats en Suisse, ou ailleurs dans le monde. La proportion est toutefois difficile à quantifier. Certains grands aéroports chinois ont par ailleurs constaté par moment une hausse importante des colis abandonnés (tous produits confondus) juste avant les zones de passage en douane, certains touristes chinois préférant se défaire de leurs biens plutôt que de payer des taxes. Ce phénomène a notamment été observé l’été 2016 à l’aéroport international de Shanghai-Pudong. Cependant, les baisses de fréquentation et d’achats sur le marché touristique suisse sont à mettre en relation avec les très fortes progressions enregistrées en 2010-2014. Le tourisme en Suisse pâtit d’abord du franc fort et du climat d’insécurité en Europe.

Des négociations sont-elles en cours avec les autorités chinoises sur le montant de ces différentes taxes?

M.A.: Ces taxes internes ne peuvent, par définition, faire l’objet de négociations. Mais nous veillons à les intégrer à chacune de nos discussions avec les autorités chinoises dès lors qu’il s’agit d’appréhender la thématique de l’accès au marché dans son ensemble.

Etes-vous satisfait des travaux réalisés par le groupe de travail mis sur pied au printemps 2013 qui réunit le SECO, la FH, la China Horloge Association et le ministère chinois de l’industrie et des technologies de l’information?

M.A.: Ce groupe de travail, qui est issu de la signature de l’accord de libre-échange, s’est réuni trois fois jusqu’ici. De nombreux sujets y sont abordés: lutte contre la contrefaçon (marchés « physiques » et Internet, collaboration pour la formation des autorités), accès au marché, réglementations techniques, formation des horlogers, etc. Ce groupe permet d’abord et surtout une meilleure compréhension des attentes de chacune des parties. Les rencontres «face to face» sont bien plus efficaces que l’échange de mémorandums. Les discussions ont lieu dans un réel esprit de collaboration et les dossiers avancent, même si le rythme pourrait paraître trop lent à certains.

Des résultats tangibles?

M.A.: On peut citer l’ouverture par nos soins, via notre bureau à Hong Kong, d’une hotline à disposition des autorités chinoises afin de les aider dans l’authentification des produits.

Les autorités chinoises entreprennent-elles vraiment une lutte sérieuse contre la contrefaçon horlogère? 

M.A.: Face à l’ampleur du phénomène, nous souhaiterions évidemment en faire beaucoup plus en termes de saisies, de fermetures de magasins ou d’ateliers, etc. Par ailleurs, les opérations menées régulièrement sur le terrain montrent aussi que la collaboration avec les autorités fonctionne et que des résultats sont possibles. Au-delà de nos actions conduites via notre centre de Hong Kong, nos discussions et les pistes de collaboration évoquées dans le cadre du groupe de travail visent précisément à améliorer ces résultats.

Lire aussi: Jean-Claude Biver voit des signes encourageants pour l'horlogerie

Philippe Le

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."