Bilan

Les Suisses rejettent No Billag et veulent des médias publics

L'initiative populaire No Billag est rejetée. Les électeurs suisses qui étaient appelés à se prononcer sur le principe d'un financement public pour l'audiovisuel ont choisi de conserver le système d'une redevance contribuant au budget d'une offre de médias radio, web et télé.

Darius Rochebin continuera de présenter le téléjournal de la RTS: le rejet de No Billag valide le financement public de l'audiovisuel suisse.

Crédits: keystone/Salvatore di Nolfi

La Suisse ne sera pas l'un des premiers pays au monde à renoncer à une offre audiovisuelle publique. L'initiative populaire No Billag, soutenue notamment par l'UDC, l'Union suisse des arts et métiers (USAM) et quelques autres organisations et formations, a été rejetée au terme d'une longue et éprouvante campagne.

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Les résultats tombés ce dimanche donnent une majorité autour de 71% pour les adversaires de la fin du système de redevance. Leurs adversaires, qui pointaient de nombreux points problématiques selon eux dans le système actuel (charge financière pour les ménages et bientôt les entreprises, partialité supposée des journalistes, offre pléthorique pour un pays de la taille de la Suisse, mauvais usages des fonds,...) ont vu la population leur opposer un refus clair et net.

Un score du non plus massif qu'attendu

Le score est même plus tranché en faveur du non que les dernières enquêtes d'opinion le laissaient supposer: après des sondages en fin d'année 2017 qui prédisaient la victoire du oui, un net retournement de tendance s'était opéré et les intentions de vote étaient évaluées ces dernières semaines autour de 60% pour les adversaires de No Billag. Au final, les partisans de l'initiative populaire auront tout juste récolté près de 29% des voix, selon les estimations actuellement disponibles, alors qu'ils se voyaient favoris jusqu'à fin décembre.

Un score qui ne donne cependant pas aux adversaires de l'initiative l'occasion de verser dans le triomphalisme: près d'un tiers des Suisses mettent en cause le système actuel. D'ailleurs, celui-ci évolue avec une redevance (qui ne sera plus confiée à la société Billag) atténuée pour les ménages et partiellement reportée sur les entreprises, avec une grille progressive en fonction de la taille de celles-ci. Pour les particuliers, la nouvelle redevance s'élèvera à 365 francs par an, soit une centaine de francs de moins qu'avec le système antérieur.

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Dans les cantons et régions linguistiques minoritaires, le soulagement des partisans est encore plus palpable. La clef de répartition actuelle des fonds collectés par la redevance donnait à ces minorités un avantage par rapport aux médias de langue allemande: francophones, italophones et romanches, via les stations de radio et chaînes de télévision publiques, mais aussi via l'ensemble des médias audiovisuels locaux, vont pouvoir souffler. Pour de nombreuses stations et chaînes locales, la redevance constituait une part importante du budget. Sans cet apport, de nombreuses chaînes de télévision et stations de radio du Jura, du Valais, du Tessin ou des Grisons auraient pu être contraintes de déposer le bilan.

D'ailleurs, les électeurs de ces régions semblent avoir été sensibles à cet argument des adversaires de No Billag: les scores du Non à No Billag ont été plus élevés dans ces régions avec notamment 78% à Neuchâtel, 75% à Genève et Vaud,... Le Tessin rejette aussi l'initiative; et l'ensemble des cantons alémaniques semblent aller dans le même sens.

Large mobilisation contre No Billag

Au fur et à mesure de l'avancée de la campagne, le débat avait progressivement glissé d'une question budgétaire vers une question sociétale: la Suisse pouvait-elle, avec sa diversité culturelle et linguistique, devenir l'un des seuls pays au monde sans offre audiovisuelle publique? De nombreux élus opposés à cette issue avaient pointé du doigt un risque majeur de voir des médias étrangers devenir quasi-monopolistiques sur le marché suisse, avec un moindre intérêt pour les questions d'actualité du pays, des cantons, des régions.

Du côté de la société civile et des artistes, de nombreuses voix s'étaient élevées pour mettre en garde contre le financement de contenus et d'oeuvres suisses, contre la retransmission d'événements culturels, de compétitions sportives, de rendez-vous régionaux,...

Un argument qui semble avoir fait mouche auprès des plus anciens, tandis que les plus jeunes, davantage informés via le web et d'autres canaux, ont globalement témoigné d'un moindre engagement dans la campagne. Ces dernières semaines, les opposants à No Billag avaient donc tenté de les mobiliser en organisant une vaste riposte destinée à sensibiliser ces jeunes auditeurs et téléspectateurs, notamment via des soirées et événements, comme à Lausanne et Genève samedi soir. Le détail des votes par génération validera ou non cette stratégie. Et risque de reposer la question d'un système de financement de médias traditionnels sur le long terme.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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