Bilan

Les statistiques du chômage divisent le Tessin

Alors que le gouvernement tessinois table sur un développement positif des statistiques du chômage, une partie de la Lega craint une "lombardisation" rampante du canton.

En considérant le taux de chômage selon les statistiques du SECO, le Tessin a enregistré un taux de 3,9% au mois de décembre.

Crédits: Keystone

Au Tessin, la publication des statistiques du chômage suscite régulièrement d'âpres combats politiques. Alors que le gouvernement table sur un développement positif, une partie de la Lega craint une "lombardisation" rampante du canton. Les deux parties se basent sur des méthodes de calcul différentes.

Pour l'ensemble de la Suisse, les statistiques du chômage sont établies selon deux méthodes, celle du Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) et celle de l'Office fédéral de la statistique (OFS). Cette dernière est établie selon les normes du Bureau international du travail (BIT), dans le cadre de l'enquête sur la population active (ESPA).

En se basant sur les normes du BIT, le taux de chômage au Tessin s'est établi à 6,9% au troisième trimestre 2016. Dans la région italienne voisine de Lombardie, traditionnellement forte économiquement, mais récemment impactée par la crise, le taux de chômage ne s'élève qu'à 6,7%, selon les mêmes critères.

A titre de comparaison, cette valeur s'établit à 4,8% pour l'ensemble de la Suisse. Le Tessin, où se rendent chaque jour plus de 60'000 travailleurs frontaliers italiens, est-il ainsi plus faible économiquement que son grand voisin?

La LEGA s'inquiète

Du côté de la Lega, on tire en tout cas la sonnette d'alarme. Lors d'une session parlementaire en janvier, le chef de groupe Daniele Caverzasio a même parlé d'une "lombardisation" du canton. Le nombre de chômeurs augmente et le "filet social" se disloque. Les salaires sont également sous pression, a expliqué le responsable politique.

En considérant le taux de chômage, selon les statistiques du SECO, le tableau est toutefois bien différent. Le Tessin a ainsi enregistré un taux de 3,9% au mois de décembre, contre 4,1% l'année précédente.

Durant les mois d'été, le taux de chômage tessinois s'est même retrouvé au même niveau que la moyenne nationale, et même légèrement en dessous au mois de juillet. Un fait inédit depuis une décennie.

A l'occasion d'une table ronde en début d'année, le Département tessinois de l'économie a même fait part de son optimisme. Le canton est bien placé pour la "quatrième révolution industrielle" et le tunnel de base du Gothard va apporter une nouvelle dynamique. Sur l'ensemble de la Suisse, le Tessin se trouve à la 9e place d'un classement UBS portant sur le potentiel d'innovation.

Critères différents

Les deux méthodes statistiques apportent donc un éclairage différent sur l'économie du Tessin. Pour les statistiques de l'OFS, selon la définition du BIT, "le filet est jeté plus loin", image l'économiste George Sheldon, professeur en économie du travail et en économie industrielle à l'Université de Bâle.

Dans ses calculs, le BIT considère comme chômeurs toutes les personnes habitant dans le pays, âgées entre 15 et 74 ans, sans emploi, recherchant du travail et disponibles à court terme. Cette méthode prend également en compte les demandeurs d'emploi qui ne se sont pas annoncés auprès d'un Office régional de placement (ORP).

Les personnes, qui ne se sont pas annoncées auprès des autorités après deux mois se retrouvent en effet en fin de droits et disparaissent des statistiques réalisées par le SECO.

Pas de "juste" OU "faux"

Fondamentalement, il n'existe pas de "juste" ou de "fausse" méthode de calcul, souligne le professeur d'économie. La statistique du SECO représente davantage une photographie à une date donnée, tandis que la méthode du BIT fournit le recensement sur une certaine période, pour une semaine de référence.

M. Sheldon exprime toutefois certaines réserves par rapport à la méthode du BIT. A cause de ses caractéristiques régionales et linguistiques, il est plus difficile de déterminer le taux de chômage de la Suisse que par exemple aux Etats-Unis.

Il se montre également sceptique par rapport aux statistiques du BIT, qui ont récemment fait état d'un taux de chômage inférieur en Allemagne qu'en Suisse. En raison de la réunification et du changement structurel en cours dans les anciens centres industriels allemands, le nombre de sans-emploi devrait y être supérieur que dans une économie suisse prospère ces dix dernières années.

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