Bilan

Les stations de ski du Valais investissent dans les remontées mécaniques

Avec plus de 100 millions de francs investis dans les remontées mécaniques de cinq stations majeures, le Valais veut être armé pour satisfaire les amateurs de ski cet hiver. De quoi rivaliser avec les sommes engagées sur les vastes domaines skiables des autres pays de l'axe alpin.
  • Cinq stations et domaines skiables du Valais ont investi des sommes considérables dans les remontées mécaniques qui vont ouvrir cet hiver.

    Crédits: Image: DR
  • Le montant investi cette année dans les remontées mécaniques est assez proche de ceux investis dans des régions comparables dans les Alpes françaises.

    Crédits: Image: François Perraudin
  • De nouveaux télésièges sont installés dans cinq stations et domaines du Valais.

    Crédits: Image: François Perraudin
  • Les sociétés de gestion des remontées mécaniques constituent des acteurs majeurs de l'économie des sports d'hiver en Valais.

    Crédits: Image: François Perraudin
  • Les nouvelles installations viennent souvent remplacer d'anciennes remontées mécaniques ou étendre les domaines skiables plus haut en altitude.

    Crédits: Image: François Perraudin

La neige est tombée en abondance en ce début du mois de novembre sur les Alpes suisses et sur le Jura. En Valais, les domaines de Saas-Fee et Zermatt ont déjà ouvert partiellement en continu, tandis que ceux de Crans-Montana, Verbier, Veysonnaz, Zinal, Champéry, Les Crosets, Thyon ouvrent les week-ends de novembre (certains depuis début du mois, d'autres d'ici fin du mois). Pour accueillir les skieurs et passionnés de snowboard, les stations et sociétés de remontées mécaniques valaisannes ont investi plus de 100 millions de francs cette année dans les infrastructures sur les pistes.

Lire aussi: Sports d’hiver: la guerre des stations

A Crans-Montana, une nouvelle télécabine va relier Montana et Arnouva, et un télésiège 6-places à bulles va permettre aux amateurs de glisse d'Arnouva de monter jusqu'à Cry d'Er. «Un chantier à 20 millions de francs», chiffrait Arthur Clivaz, directeur de la société gérant les remontées mécaniques dans la station, à nos confrères du Nouvelliste voici quelques semaines. A Verbier, plus de huit millions de francs ont été engagés pour remplacer le télésiège Chaux II 4-places par un équipement de même nature mais débrayable et à six places. A Veysonnaz, des cabines 10-places assises viennent remplacer les cabines 4-places datant de 1981, pour un investissement de 14 millions de francs.

A Crans-Montana, une nouvelle liaison par deux télésièges reliera Montana à Cry d'Err via Arnouva

Des investissements importants à Zermatt et Saas-Fee

Les stations alémaniques du canton ne sont pas en reste. A Zermatt, couronnée meilleure station des Alpes voici quelques jours, ce sont 8,2 millions de francs qui ont été investis pour un télésiège 6-places moderne, alors même qu'un budget global de 52 millions de francs est défini pour ramener à quatre minutes d'ici novembre 2018 le trajet entre le village el les pistes du Petit Cervin. Enfin, dans la vallée voisine de Saas-Fee, la nouvelle télécabine 10-places Spielboden raccourcira le trajet de moitié (8mn contre 15mn avant) tout en augmentant la capacité à 2000 personnes à l'heure, le tout pour 20 millions de francs.

«Avec plus de CHF 100 millions investis en 2016, les destinations valaisannes démontrent leur volonté à maintenir des infrastructures de pointe et à rester ainsi compétitives dans un contexte économique tendu pour la branche touristique », explique Arthur Clivaz, Président des Remontées mécaniques valaisannes (RMV). Même son de cloche du côté du directeur de Valais/Wallis Promotion (VWP), Damian Constantin: «ces investissements constituent un signal des plus positifs pour notre région. Le Valais offre en effet des conditions optimales pour la pratique des sports d’hiver. L’altitude élevée de ses domaines skiables alliée aux nouvelles infrastructures garantissent à nos clients une expérience unique et hautement qualitative, notamment en termes d’enneigement».

Lire aussi: Airbnb à la conquête des stations de ski

Mais ces sommes constituent-elles des investissements suffisants pour faire face à l'érosion constatée année après année par les stations suisses face à la concurrence des autres pays de l'arc alpin, comme le mesure l'International Report on Snow and Moutain Tourism 2016? Avec 2400km de pistes, le Valais est plus ou moins comparable à la Haute Savoie en terme d'étendue du domaine skiable (2200km de pistes dans les stations du département français). A l'instar du département le plus septentrionnal des Alpes françaises, le Valais comporte quelques stations familiales de basse et moyenne altitude, des stations de moyenne altitude avec de vastes domaines, et des stations de haute altitude ouvertes sur de vastes secteurs freeride et des glaciers. En 2015, les investissements dans les stations de sports d'hiver de Haute Savoie ont atteint 77 millions d'euros, avec deux projets majeurs (à Chamonix/Les Houches avec 17,2 millions d'euros, et à Avoriaz avec 9,7 millions d'euros).

Valais et Haute-Savoie: la comparaison

Depuis 2002, Zermatt a par exemple investi 196 millions de francs dans les installations de transport de skieurs, tandis que 191 millions de francs ont été injectés dans d'autres volets (108 millions pour les pistes et l'enneigement, 32 millions pour les véhicules de pistes, 51 millions pour d'autres installations). Soit un total de 387 millions de francs en quinze ans. Côté français, une autre «capitale de l'alpinisme» a voulu mettre à niveau ses équipements: à Chamonix, la Compagnie du Mont-Blanc qui a racheté en 2015 la Société des remontées mécaniques des Houches pour 14 millions d'euros, est désormais à la tête de l'ensemble des installations des domaines français du massif du Mont-Blanc. Cette entreprise privée et cotée en bourse a promis d'investir 81,4 millions d'euros aux Houches dans les années à venir, comme l'explique la maire des Houches dans cette vidéo.

La Compagnie du Mont-Blanc investit à Megève

Comme le révèle l'enquête Investissements 2015 du magazine professionnel français Montagne Leaders, sur la période 2010-2014, les domaines skiables haut-savoyards de Chamonix/Les Houches et Avoriaz (hors domaine étendu aux Portes du Soleil) figurent dans le top 10 des stations françaises qui investissent la part la plus importante de leur chiffre d'affaires, avec respectivement 21,01% (69,86 millions d'euros investis sur 332,44 millions d'euros de chiffre d'affaires) pour Chamonix, et 29,2% (52,23 millions d'euros investis sur 178,86 millions d'euros de chiffre d'affaires) pour Avoriaz.

Lire aussi: Les remontées mécaniques souffrent d'un hiver doux

En comparaison, Téléverbier SA, qui gère les remontées mécaniques de Verbier, a enregistré un chiffre d'affaires de 46,4 millions d'euros (50,6 millions de francs) pour l'exercice 2014/2015, selon le rapport annuel. Sur ce même exercice, l'investissement s'est élevé à 9,6 millions de francs par la société (cotée à la bourse de Paris). Soit un ratio de près de 20%, qui placerait la station valaisanne dans le top 10 français, proche en volume de l'investissement à Avoriaz, et en ratio comparable à Chamonix.

Voisines des stations valaisannes, les stations des Alpes vaudoises ont elles aussi engagé d'importants travaux ces dernières années. Télé Villars Gryon SA a investi 10 millions de francs en 2007 dans un nouveau télésiège 6-places au Roc, puis 3 millions de francs en 2011 pour un télésiège 4-places sur le secteur Petit Chamossaire. Pour cet hiver 2016-2017, l'ambition est au rendez-vous également avec 17 millions de francs investis dans deux télésièges destinés à remplacer un télésiège et un téléski dans le secteur Laouissalet-Meilleret. «Avec ces installations, notre domaine skiable devient plus grand, grâce à une liaison entre les deux stations bien plus attrayante», soulignait en août dernier Pierre Besson, directeur de TVGD, à nos confrères de 24Heures.

L'autre acteur majeur du Chablais vaudois est Télé Leysin-Col des Mosses-La Lécherette SA. Pas de nouvel équipement de transport des skieurs pour cet hiver, mais des projets pour la saison 2017-2018, avec le télésiège Le Fer-Tête d'Aï dans les cartons. Mais dans le cadre du vaste programme cantonal Alpes 2020, d'autres investissements sont prévus dans les remontées mécaniques, dont de meilleures connexions entre les différents domaines et stations.

Des projets ambitieux mais à la mesure des défis qui attendent ces stations. Car en Chablais vaudois, à l'exception des Diablerets, l'altitude et l'exposition des pistes de Leysin, Villars, Gryon risque de poser problème en termes d'enneigement le jour où le réchauffement climatique affectera sérieusement les précipitations neigeuses et la pérennité saisonnière du manteau neigeux. Dans cette optique, relier les sites disposant de capacités d'hébergement (Villars, Gryon) aux secteurs où l'enneigement sera préservé (Glacier 3000 via les Diablerets) semble une solution judicieuse, a fortiori dans la mesure où elle accompagne une politique de diversification, visant à promouvoir d'autres formes de tourisme que le ski.

Et en Valais? En dépit d'un hiver 2015-2016 difficile avec des chutes de neige très tardives et une saison raccourcie, le Valais semble mieux armé pour résister durablement au changement climatique. Cependant, la course vers l'altitude est également engagée. A Crans-Montana, où le téléski installé dès les années 1970 sur le Glacier de la Plaine Morte a été démonté voici quelques mois du fait de la fonte de la glace (comme relaté par nos confrères de 20minutes), de nouveaux équipements devraient voir le jour. Comme le rappellent nos confrères du Nouvelliste, ce secteur situé sur le ban de la commune bernoise de Lenk constitue la prochaine étape de développement du domaine: un télésiège doit y être installé et deux téléskis complèteront l'offre vers Tothore... à condition que les autorités communales donnent leur aval. Et c'est dans quelques jours que leur choix sera connu. En cas de oui, plusieurs millions de francs d'investissements devraient permettre de développer ce secteur à l'avenir.

Lire aussi: Rude hiver pour les remontées mécaniques suisses

 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."