Bilan

Les services secrets suisses, combien de divisions?

Comment et avec qui travaillent les agents du renseignement suisse? En plein scandale des écoutes de la NSA, explications d'un expert du renseignement et chiffres clés pour comprendre la part d’ombre de la Confédération
  • Le bâtiment du Service de renseignement de la Confédération, à Berne, se distingue du ciel par sa forme de croix... suisse!
  • Les grandes oreilles de Loèche captent et relaient des communications au profit de plusieurs Etats, dont la Suisse. Crédits: Keystone
  • Ueli Maurer, président de la Confédération, a déclaré mercredi 30 octobre 2013, que la Suisse ne collabore pas avec la NSA, ni ne transmet des données concernant des politiciens Crédits: Keystone
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Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a reconnu jeudi 31 octobre pour la première fois que les États-Unis étaient parfois allés «trop loin» en matière d'espionnage. Il faut dire que les États-Unis disposent de moyens colossaux.

Pour veiller à la sécurité civile du pays, ils ont la NSA, la CIA, le FBI… Les amateurs de polars et série TV ne le savent que trop. Et la Suisse ? Nous avons le SRC. Soit le Service de renseignement de la Confédération (SRC), né de la fusion en 2010 du Service d’analyse et de prévention (SAP) et du Service de renseignement stratégique (SRS). Cet organe dépend du Département fédéral de la Défense (DDPS). Décryptage avec un spécialiste, anonyme évidemment, comme dans toutes les bonnes histoires d’espion !

Le rôle du SRC ? «Le SRC est un organisme qui recherche des informations à l’aide de moyens du renseignement, les analyse, les évalue et les diffuse dans le but de fournir une appréciation globale et pertinente de la situation aux décideurs à tous les échelons.» C’est ainsi que se définit le SRC. En clair, le SRC traque les menaces qu’elles soient terroristes, extrémistes ou militaires, entre autres. Et elle informe les autorités politiques, militaires et judiciaires. Cette tâche peut être partagée en partie avec la police fédérale (FedPol), notamment pour tout ce qui concerne les zones de contact entre le grand banditisme et le terrorisme.

Les moyens du SRC ? En hommes, le SRC serait quelques centaines de personnes. Rien de comparable donc aux grands services de renseignements américains (la NSA annonce 60000 collaborateurs dont passablement de spécialistes du cryptage) ou d’autres grands pays (la DGSE française emploie environ 5000 hommes). La taille du SRC est comparable à celle de pays similaires comme la Belgique. Son budget : 69 millions de francs suisses selon le dernier budget de la Confération. La DGSE annonce 650 millions d’Euros de budget et la NSA 15 milliards de dollars.

Les moyens du SRC sont-ils suffisants? Tout dépend des ambitions et des objectifs du pays, il n’y a pas de réponse absolue à cette question, estime notre espion des espions. Si l’ambition d’un pays est de faire la guerre aux quatre coins du globe comme les Etats-Unis, il faut se préparer à des représailles, et donc mettre en place les moyens de les prévenir. Si l’objectif est, comme c’est le cas pour la Suisse, de rester neutre et à l’écart des grandes tensions mondiales, votre appareil de renseignement peut être beaucoup plus léger. Vous n’êtes pas un danger, vous n’êtes pas une cible, caricature sciemment notre expert.

Le SRC collabore-t-il entre services? «C’est certain!», spécifie notre spécialiste du renseignement. Car tous les services de renseignements européens collaborent entre eux. Et notamment sur la question sensible du terrorisme. C’est même officiel : ils se retrouvent une à deux fois par année dans une grande ville européenne lors d’une réunion appelée « club de Berne » qui réunit les « espions de l’UE » ainsi que les barbouzes norvégiens et suisses. De plus, tous ces pays collaborent bilatéralement avec les différents services américains comme le démontre les documents révélés par l’affaire Snowden.

Le SRC laisse-t-il d'autres espions travailler sur son territoire ? Dans ce domaine, le troc d’informations et de données collectées par d’autres services semble une pratique tacite. Car la loi suisse très restrictive - après l’affaire des fiches dans les années 1990 - voit la curiosité de nos espions se briser contre le mur des libertés individuelles. Les agents suisses ne peuvent pas écouter des conversations téléphoniques ni intercepter des mails de terroristes présumés. Les agents étrangers amis le feraient ainsi parfois pour les Suisses. Un échange de bons précédés en attendant la nouvelle loi sur le renseignement !

Que pourra faire le SRC dans le futur ? La révision de la loi sur les services de renseignement (LSRe) dont le Conseil fédéral doit présenter le message avant la fin de l’année pour adoption par le parlement veut donner aux agents suisses des possibilités d’enquête similaires à celles des barbouzes des autres pays. Soit pratiquer des écoutes téléphoniques, copier les données d’un ordinateur, infiltrer des agents sous couverture, procéder à des fouilles de locaux ! Mais rassurez-vous, l’Etat fouineur ne sera pas réanimé, assure le chef du département de la Défense Ueli Maurer. Pour travailler de la sorte, le SRC devra obtenir le feu vert du Tribunal administratif fédéral (TFA) et du chef du Département fédéral de la défense (DDPS), après consultation de la délégation pour la sécurité.
Xavier Alonso

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