Bilan

Les sciences sociales dans le viseur européen

Alors que la participation suisse au programme Horizon 2020 pour les années 2014 à 2020 paraît aléatoire, même les recherches sur le point de commencer à l'enseigne du 7e programme cadre de l'UE ne sont pas totalement à l'abri.

Le 8e programme de recherche européen «Horizon 2020»

La Suisse était en passe de se tailler une position forte à l'échelle européenne dans la recherche en sciences sociales, notamment sur le thème du multilinguisme où son expérience est appréciable. A preuve de ce leadership naissant, le projet de l'Union européenne qui confie à l'Université de Genève la direction d'un programme de recherche, à l'enseigne de Mobility and inclusion in multicultural Europe, réunissant pas moins de 22 universités réparties sur tout le continent.

Le directeur du projet, François Grin, professeur d’économie à l’Université de Genève peut en concevoir un certain soulagement : la recherche qu’il dirige a été approuvée il y a quelques semaines seulement par l’UE, si bien que le budget de 5 millions d’euros n’est en principe pas menacé. Un budget qui, pour les sciences sociales, est particulièrement élevé et fait la part belle à Genève. C’est ainsi que l’observatoire de la finance, dirigé par le professeur Dembinski, travaillera sur le thème de la « colonisation par l’anglais dans la finance ».

Précédemment, François Grin a été vice-coordinateur d’un projet porté par la Suisse dans le cadre du 6e programme cadre européen. « La Suisse est très présente dans toute une série de domaines, notamment le multilinguisme », commente le professeur Grin qui s’inquiète sérieusement pour l’avenir.

A priori, la place de Genève dans le cadre du projet sur le multilinguisme ne devrait pas être remise en cause. "Les projets déjà adoptés dans le cadre du 7e programme ne sont en principe pas menacés", nuance Astrid Epiney, directrice de l'Institut de droit européen de l'Université de Fribourg, avant d'ajouter que "s'il y a des représailles, tout peut être remis en cause".

Une participation suisse remise en question?

En admettant même que les projets sur le point de démarrer dans le cadre du 7e programme ne soient pas remis en cause, l'avenir se présente mal. L'avenir, c’est le programme européen Horizon 2020, qui fait suite au 7e programme, mais la participation de la Suisse paraît sérieusement mise en question par le oui du 9 février. Il a déjà été question du Human Brain Project qui devrait être piloté par l’EPFL, un projet devisé à 1,19 milliard d’euros, présenté comme un véritable « CERN du cerveau ».

En sciences sociales, les budgets sont beaucoup plus petits mais n’en font pas moins vivre de nombreux collaborateurs de la recherche et permettent de financer toute une série de thèses. Déjà François Grin est en train d'engager des collaborateurs pour le projet sur l'Europe multiculturelle qui débute officiellement le 1er mars.

Si les programmes européens sont perdus pour Genève, les programmes suisses représenteront toujours une poire pour la soif. En parallèle, le professeur Grin finalise en effet l’enquête auprès de la jeunesse dont les conclusions seront publiées dans le courant de l’automne. Les conclusions de l’étude, basées sur un questionnaire administré à 40'000 jeunes Suisses, jetteront peut-être une certaine lumière sur l’évolution des attitudes face à l’immigration, surtout en ce qui concerne la perception des minorités visibles. La démarche de François Grin qui consiste à appliquer l’économie à des questions de langue et aux politiques de gestion de la diversité, est plus que jamais d'actualité après le 9 février.

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