Bilan

Les salles de cinéma souffrent en 2018

L’absence d’un blockbuster depuis le début de l’année a contribué à faire chuter de près de 20% la fréquentation des salles obscures en Suisse. A de rares exceptions près. Explications.

Didier Zuchuat, actionnaire de proCitel, qui exploite le Ciné 17 et le Cinérama Empire à Genève.

Crédits: Serge Macia

Les chiffres sont éloquents: à l’issue de la 39e semaine, soit début octobre 2018, les entrées dans les salles de cinéma du pays avaient reculé de 16,04%! A moins qu’un blockbuster sorte prochainement en salle, il sera impossible de rattraper le retard accumulé. Alad’2, la suite des nouvelles aventures d’Aladin, ne devrait pas faire mieux que le premier sorti en 2015 qui avait fait 64 000 entrées.

Seuls deux films pourraient permettre de limiter la casse: le second volet de la série Les animaux fantastiques qui sortira le 14 novembre en Suisse romande et Le retour de Mary Poppins où Emily Blunt succède à Julie Andrews, mais qui ne sera sur les écrans qu’à partir du 19 décembre et profitera davantage aux statistiques couvrant 2019. Une chose est certaine: 2020 sera une très bonne année puisque le 25e James Bond devrait sortir le 12 février 2020. Le 24e, Spectre, en 2015, avait fait plus d’un million d’entrées en Suisse, le 9e meilleur score sur la période 1995-2017.

Outre l’absence d’un blockbuster comme les James Bond ou les Harry Potter, d’autres explications doivent être mentionnées: durant leur temps libre, les adolescents sont absorbés par les réseaux sociaux et les vlogs (les vidéos des blogueurs). Dès lors, la lecture et le cinéma souffrent de ce manque d’intérêt d’une clientèle qui faisait auparavant les beaux jours des salles obscures. Ils privilégient le streaming qui permet de visionner des films depuis n’importe quel support digital ou encore le home cinéma depuis la démocratisation du prix.  

De petites salles résistent à Genève

La fermeture des petites salles indépendantes est-elle une fatalité? Avec, pour corollaire, le développement des multiplexes? La réalité est un peu plus complexe. Alors que les 7 salles Rialto exploitées par Pathé à Genève ont fermé en janvier 2016, certaines petites salles font mieux que résister.

C’est le cas par exemple de la PME proCitel qui exploite deux salles à Genève: le Ciné 17 à la Corraterie (80 fauteuils) et le Cinérama Empire (ex-Art-Ciné, ex-Empire), qui, avec 327 places, est devenu la plus grande salle du centre-ville. Ces deux salles n’ont bénéficié d’aucune aide, ni pour la numérisation ni de subvention pour la diffusion de certains films. Le Ciné 17 a vu ses entrées grimper de 33% en 2018, le Cinérama a fait encore mieux avec +38%. 

ProCitel réunit un groupe de passionnés de cinéma. L’un des deux principaux actionnaires, Didier Zuchuat, dévoile sa «recette». «En fait, c’est avant tout une question de positionnement. Le Ciné 17 bénéficie d’un réel engouement de la communauté des expatriés qui apprécie notre choix de mise en avant de films en VO uniquement. Ils y organisent également de nombreux anniversaires. J’ai aussi décidé de multiplier les diffusions en commençant généralement dès 12 h 15 pour finir avec une séance à 23 h 15 (les vendredis et samedis). Autre élément crucial: permettre aux usagers d’acheter le ticket et de réserver leur siège par internet. Cela représente 40% de mes ventes actuellement.»

De son côté, le Cinérama Empire et son responsable de la programmation Jean-Pierre Grey font régulièrement le grand écart, se permettant de diffuser des films «art et essai», tout en ayant accès à toutes les «majors» américaines, telles que Fox/Warner, Disney et Universal pour les productions à gros budget. 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

Du même auteur:

Le capital-investissement connaît un renouveau en Suisse
Le Geneva Business Center de Procter & Gamble récompensé pour ses RH

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."