Bilan

Les prix du pétrole, grande inconnue au coeur des réflexions de la BCE

La chute des prix du pétrole, frein majeur au redécollage de l'inflation, met à rude épreuve la crédibilité de la BCE, qui s'apprête à muscler son action jeudi.

Une part "significative" du recul du prix du pétrole "provient de l'environnement mondial ralenti" et donc d'une baisse de la demande internationale, a prévenu la semaine dernière Peter Praet, économiste en chef de la BCE.

Crédits: AFP

Coup de pouce à l'économie ou signe d'un ralentissement de la conjoncture? La chute des prix du pétrole, frein majeur au redécollage de l'inflation, met à rude épreuve la crédibilité de la BCE, qui s'apprête à muscler son action jeudi.

L'évolution du cours de l'or noir "est actuellement le facteur le plus important dans l'analyse de la BCE. Les faibles prix du pétrole tirent l'inflation vers le bas et alimentent au sein de son conseil des gouverneurs les craintes de déflation", spirale négative de baisse des prix et des salaires, analyse pour l'AFP Carsten Brzeski, économiste en chef chez ING.

Jusqu'à présent, l'érosion du prix du pétrole - 60% depuis mi-2014 - était considérée par beaucoup de banquiers centraux et économistes comme le résultat d'une offre surabondante, et comme un soutien bienvenu à l'économie via une réduction de la facture énergétique des ménages et entreprises.

Mais désormais, une part "significative" du recul du prix du pétrole "provient de l'environnement mondial ralenti" et donc d'une baisse de la demande internationale, a prévenu la semaine dernière Peter Praet, économiste en chef de la BCE, lors d'une interview à Bloomberg News.

Fin octobre, le président de la banque centrale Mario Draghi avait lui aussi estimé que la baisse des prix de l'énergie était de plus en plus le reflet d'une décélération de l'économie mondiale, et notamment des grands pays émergents. Une évolution de nature à fragiliser la reprise - déjà très modeste - en zone euro.

Baisse des attentes

De la part de la BCE, "tactiquement c'est habile de focaliser le débat sur le choc de demande", estime Gilles Moëc, économiste chez Bank of America, "mais le vrai problème de la banque centrale, c'est de savoir si elle est toujours crédible".

"Les attentes d'inflation sur les marchés ont fortement reculé", - peut-être à tort, l'avenir le dira - et la BCE redoute que le pessimisme des acteurs de marché ne révèle un manque de confiance dans sa capacité à compenser dans le futur les chocs pétroliers, explique cet analyste.

M. Praet l'a d'ailleurs reconnu lui-même. "Nous avons vu que les attentes d'inflation de long-terme réagissaient à des mouvements temporaires sur les prix du pétrole. C'est inacceptable pour une banque centrale", dans la mesure où cela implique une érosion de la confiance dans sa capacité à réagir, a-t-il estimé.

Baisse des taux directeurs, prêts géants quasi-gratuits aux banques, l'institution monétaire a pourtant multiplié les initiatives pour tenter de faire repartir les prix en zone euro. En mars elle a lancé un vaste programme de rachat de dettes, au rythme de 60 milliards d'euros par mois jusque septembre 2016, sans succès jusqu'à présent.

Lestée par l'énergie, l'inflation en zone euro est au point mort depuis plusieurs mois et n'a affiché qu'une faible progression de 0,1% en octobre, très loin de l'objectif d'un peu moins de 2% visé par la BCE. Le chiffre de novembre sera publié mercredi, il est attendu à 0,2%.

Désarmée

Face à cette situation, le conseil des gouverneurs de la banque centrale devrait sauf surprise annoncer jeudi un renforcement de son programme de rachat de dette, possiblement conjugué à une nouvelle baisse de ses taux directeurs.

"Cela fait désormais un long moment que la BCE rate son objectif d'inflation et même les projections économiques les plus optimistes suggèrent qu'il va encore falloir quelque temps avant que la hausse des prix atteigne sa cible", pointe Ben May, économiste chez Oxford Economics.

Selon cet analyste, "il n'y a pas grand chose que la banque centrale puisse faire pour contrôler les prix du pétrole. D'une certaine manière, la BCE est désarmée".

Mais "ce qui est essentiel c'est que l'incertitude ne donne pas lieu à l'indécision", a fait valoir la semaine dernière M. Praet. En d'autres termes, pour préserver sa crédibilité et donner l'impression qu'elle garde le contrôle, l'institution ne doit pas hésiter à agir.

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