Bilan

Les plus grands employeurs de Suisse romande

Bilan a voulu savoir qui sont ceux qui font vivre notre région. Au final, on retrouve logiquement des noms connus: Nestlé, Rolex, Lonza, le groupe Migros et le groupe Richemont.

Alors qu’habituellement cette enquête obtient un taux de réponses maximal, cette année, quelques grandes entreprises ont choisi la solution du repli. Citons pêle-mêle: Firmenich, Lloyds TSB Bank, PubliGroupe, Julius Baer, Emil Frey ou encore PX Groupe. Faut-il y voir le signe d’un malaise plus général? La pression du franc suisse fort pousse à étudier toutes sortes de pistes: plans de restructuration, transformation de contrats à durée indéterminée en contrats à durée limitée, etc. Il n’empêche que la grande majorité des acteurs économiques du secteur privé a globalement joué le jeu, quand bien même ils ne sont pas tous en phase de croissance. Avant d’analyser la situation particulière à chaque canton, voici la liste précise des douze plus grands pourvoyeurs d’emplois de Suisse romande: Migros (9831, sans Micarna et Mifroma), Coop (9702), Nestlé (7142), Richemont (6278), Rolex (4135, sans le site de Bienne), UBS (3467), Manor (3393), Galenica (3292), Procter & Gamble (3132), McDonald’s (2993), ISS (2872) et Philip Morris (2721). Un absent de marque: le groupe Swatch, lequel ne communique pour l’heure que sur ses effectifs au niveau national (13 357). Si l’on déduit de ce total les salariés actifs à Bienne et dans les autres cantons alémaniques, on peut estimer à environ 7000 les effectifs du groupe Swatch dans les six cantons romands.

GE La domination de Rolex

Difficile de savoir si la hausse continue du prix de l’or affecte la croissance du géant horloger. Rolex a encore accru ses effectifs fixes (+110). Rien ne semble pouvoir arrêter le développement du groupe. Entre 2001 et 2011, ce sont très exactement un millier de postes de travail qui ont été créés rien que sur Genève! Juste derrière, on devrait assister dès l’an prochain à une surprise: si, d’une part, Migros poursuit sa diète en ne remplaçant pas tous ses départs naturels, et d’autre part si Procter & Gamble ne connaît pas une soudaine crise, alors la multinationale deviendra le second plus grand employeur du secteur privé de Genève. L’écart qui les sépare ne cesse de se réduire. Si l’on analyse le développement de l’implantation de P & G, on constate la création de 1800 emplois supplémentaires sur une décennie. Soit davantage que le géant à la couronne. Dans le même temps, le secteur bancaire semble avoir cessé son fort développement. La situation varie énormément d’un établissement à un autre. La plus grande banque privée de Suisse, Pictet & Cie, voit ses effectifs progresser naturellement. Elle se distancie de ses consœurs, même si UBS semble avoir rompu avec la baisse constante et régulière de ses équipes. A l’inverse, Credit Suisse Group paraît n’avoir jamais eu aussi peu de collaborateurs dans la capitale économique de la Suisse romande. Elle cède ainsi quatre rangs. HSBC s’est stabilisée, tout comme Lombard Odier et BNP Paribas (qui avait intégré l’an dernier la Banque Fortis Suisse). Quant à l’annonce audacieuse du nouveau CEO de JP Morgan (Suisse), lequel indiquait en début d’année la création de 350 places de travail sur Genève, qu’en est-il pour l’heure? Moins d’une année après, on constate qu’un tiers des postes ont déjà bel et bien été créés. L’Union Bancaire Privée (UBP) poursuit sa restructuration. Elle retrouve le même nombre d’employés qu’à fin 2005 (après l’intégration de la Discount Bank). A noter que l’effectif que nous publions ne comprend pas encore les équipes de feu ABN Amro (Suisse), soit 380 personnes en Suisse, dont quelque 80 en Suisse romande. Enfin, le groupe Banque Cantonale de Genève est passé sous la barre des 700 collaborateurs. En résumé, le nombre de ses salariés a baissé d’environ 20% en une décennie. Autre pilier genevois: l’horlogerie. Ce secteur a rebondi très nettement, à l’exception notable du groupe Franck Muller. Les créations d’emploi sont à nouveau d’actualité: +110 chez Rolex, +175 chez Richemont, +125 chez Patek Philippe ou encore +30 chez Chopard. Cela se traduit par l’arrivée de Richemont à la 6e place, qui passe ainsi devant UBS et Firmenich. Avec son siège social installé à Bellevue, la holding a quasiment vu doubler ses effectifs en l’espace de dix ans (1050 en 2001). La remarque vaut également pour l’entreprise familiale Patek Philippe (868 en 2001). Elle vient de passer devant Merck Serono et Lombard Odier. On parle beaucoup de l’importance du négoce, qu’en est-il? La première arrivée à Genève, dans les années 1950, semble se porter à merveille. Cargill est en passe d’entrer dans le «top 25». Elle a encore créé 90 emplois durant ces douze derniers mois. Loin derrière, on trouve bien entendu Louis Dreyfus Commodities (330), dont le siège social est à Genève, Addax Petroleum Services (238), Litasco-Lukoil (230), Bunge (224), Mercuria (200), Vitol (170), RWE (165) et bientôt Trafigura devrait faire son entrée dans ce classement. Enfin, il vaut la peine de revenir sur quelques évolutions significatives: Mediterranean Shipping Company tout d’abord. Le numéro deux mondial du fret maritime dispose à l’heure actuelle de 457 bâtiments desservant 360 ports sur six continents, sans compter les navires de croisière. En main de la famille Aponte, MSC devrait prochainement emménager dans son nouveau siège genevois. Ses effectifs ont crû de 15% à son siège. Japan Tobacco International, le numéro trois mondial du tabac (avec 17,4% de parts de marché, en excluant la Chine), ne cesse de recruter du monde. Le chantier de construction de son futur siège devrait s’ouvrir début 2012 et permettre d’accueillir des équipes supplémentaires.

VD Le  patriotisme de Nes tlé

Comme le rappelait en 2008 le porte-parole de Nestlé, «que de chemin parcouru par la petite usine au bord de la Veveyse devenue aujourd’hui une multinationale». Depuis sa création en 1867, Nestlé s’est transformée en une entreprise globale qui conserve et soigne toujours ses racines historiques. Elle se situe ainsi au 3e rang des plus importants employeurs romands. Les deux tiers de ses salariés sont actifs dans le canton de Vaud. La plus grande entreprise de l’industrie alimentaire du monde occupe la 3e position en Suisse en termes de parts de marché, derrière Migros Industrie et Emmi. L’Institut de macroéconomie appliquée, le CREA, vient d’indiquer que l’industrie alimentaire vaudoise pourrait connaître un «repli modéré» en 2012, soit entre -0,5 et -2%. Toujours est-il que le géant de Vevey a vu ses effectifs vaudois diminuer de près de 3%. A l’inverse, le groupe Coop crée la sensation en devançant pour la première fois Migros. Une évolution qui s’inscrit dans un processus de centralisation des sites logistiques et de production du groupe Coop dans ce canton. Précisons que cela comprend les effectifs des filiales Interdiscount, Fust, Import Parfumerie, Top Tip, Christ, Lumimart ou encore les bijouteries Christ. A la 4e place, la Banque Cantonale Vaudoise domine largement ses consœurs sur son territoire. UBS a même reculé de trois rangs avec la montée en puissance du groupe McDonald’s et de la multinationale du facility management ISS. Credit Suisse n’arrive qu’à la 25e position dans ce canton, alors qu’il est au 16e rang sur Genève. Le groupe Raiffeisen, de moins en moins rural, vient juste derrière (30e). Enfin, les banques françaises poursuivent leur progression (Crédit Agricole et Société Générale). Le canton de Vaud compte désormais 12 entreprises qui emploient plus d’un millier d’individus. Un chiffre à comparer à celui de Genève: 16. Une différence qui s’explique d’une part par la forte concentration de banques et par la présence de l’aéroport (avec Swissport et ses 1178 collaborateurs). Cette différence de taille d’entreprises s’estompe ensuite: 21 sociétés fortes de 1000 à 500 salariés sur Vaud, contre 23 pour Genève. On assiste à un tassement de la dynamique vaudoise. Avec quelques exceptions notables, telle la marque horlogère Hublot, sise à Nyon. Désormais à l’étroit, celle-ci souhaite vivement pouvoir s’agrandir sur le même site, mais se heurte à certaines lourdeurs administratives. La maison familiale Audemars Piguet a elle aussi profité du boom des ventes en Asie. Son entreprise de cadrans, sise à Meyrin (GE), Centror, va prochainement faire construire une nouvelle manufacture. Bonne santé également pour les cliniques privées. Que cela soit sur Genève ou sur Vaud, elles ont poursuivi leurs importants investissements et leurs engagements. La région lémanique est un cluster important dans ce domaine, tout comme dans celui des écoles privées. Entre les deux grands cantons romands, notons une différence majeure: le secteur secondaire est plus fortement implanté sur Vaud, alors que Genève s’est «spécialisée» dans l’accueil des sièges EMEA (Europe, Middle East and Africa). Même si, depuis quelque temps, le périmètre allant de Nyon à Rolle a multiplié les installations. En effet, l’exiguïté du territoire genevois limite considérablement ses capacités d’accueil. Reste à savoir si l’impact du franc fort sera plus élevé dans l’industrie que dans le tertiaire.

VS Le pôle chimique en pleine mue

Les efforts du Conseil d’Etat valaisan pour parvenir à diversifier son tissu économique commencent à payer. Mais cette évolution est plus longue que prévue. Le pôle industriel, et en particulier chimique, reste le principal employeur après les pouvoirs publics. Il y a bien sûr Lonza, mais aussi Syngenta, BASF ou encore Huntsman. A chaque fois, il s’agit de sites de production et non de sièges de multinationales. Dans ces conditions, la dépendance au taux de change, entre autres, rend plus fragiles ces implantations. A l’inverse, le secteur de la distribution alimentaire semble plutôt robuste. Migros vient d’inaugurer un nouveau centre commercial à Sierre. Les projets de nouveaux complexes y sont nombreux. Toutes les enseignes en profitent pour l’heure. Une exception cependant: le groupe Distribution Suisse Holding. La société qui chapeaute les magasins PAM a entamé une vaste restructuration. Le secteur alimentaire connaît aussi un certain dynamisme. L’entreprise de boulangerie Zenhäusern Frères a repris l’entreprise Volken Bäckerei cette année. Il s’agit de dix points de vente répartis entre le Valais central et le Haut-Valais. N’ayant pas encore atteint une taille suffisante pour entrer dans notre classement, la famille Michellod, également active dans le secteur de la boulangerie, s’est bâti un empire de la boulangerie-pâtisserie dans la vallée de Bagnes. Elle vient d’investir 8 millions de francs pour la construction d’un centre de production ultramoderne et dispose de neuf points de vente. Par contre, on sera étonné par l’absence du secteur viticole de notre classement. Provins, par exemple, ne compte «que» 82 collaborateurs avec un contrat à durée indéterminée. Ce secteur étant très saisonnier, les pics sont gérés par le recours à du personnel temporaire. Autre surprise relative: la quasi-absence d’acteurs du tourisme, à l’exception de la compagnie ferroviaire Matterhorn-Gotthard. La multiplicité des entités et la saisonnalité de cette activité expliquent cette «discrétion». Le développement de nombreux complexes hôteliers et de loisirs devrait progressivement modifier cet état de fait.

NE Le médical et l’horloger se partagent les talents

Il va de soi que l’horlogerie est le secteur le mieux représenté dans ce canton. Le groupe Richemont y occupe même la première place! Citons Nivarox-FAR ou EM Microelectronic du groupe Swatch. Et encore devons-nous faire sans les chiffres de ce groupe, sans quoi nous pourrions sans doute y faire apparaître Léon Hatot à Auvernier ou Montres Jaquet Droz à La Chaux-de-Fonds. Bulgari et ses quelque 300 collaborateurs n’ont pas souhaité nous répondre non plus. TAG Heuer, le groupe Parmigiani, Girard-Perregaux ou Gucci sont tous en progression. L’autre pôle fortement implanté dans cette région centrale: le médical. On peut citer le géant américain Johnson & Johnson, Baxter, Celgene ou encore Medtronic (135 employés au 1er septembre 2011). Ce canton compte relativement peu de grandes entreprises (quatre, sans doute cinq avec le groupe Swatch), mais cela s’explique aussi par la taille de son bassin de population (moins de 200 000 habitants). On constatera la quasi-absence du secteur bancaire: Credit Suisse (80) n’y apparaît pas, pas plus que la Banque Bonhôte (80), le groupe Raiffeisen (91) ou UBS (114). Seule émerge la Banque Cantonale de Neuchâtel (12e). Une précision, derrière l’intitulé «groupe SNP» se trouvent la Société Neuchâteloise de Presse (129) et les Messageries Romandes (167). Quant à ETEL, il s’agit d’une discrète société devenue un fournisseur majeur de composants de haute performance pour le contrôle du mouvement. Situé à Môtiers, le centre d’ingénierie et de fabrication d’ETEL bénéficie des compétences locales dans la mécanique de précision.

FR L’industrie agroalimentaire du groupe Migros domine

Cela ne surprendra pas forcément les automobilistes qui admirent les paysages fribourgeois: ce canton reste très agricole. Dès lors, il n’est pas étonnant que le pôle industriel du géant Migros y soit fortement implanté, d’autant que ce canton occupe une place stratégique pour le pays. Si l’on cumule le nombre d’employés de Micarna, Migros et du groupe Elsa Mifroma, on arrive à un total impressionnant de plus de 3200 collaborateurs! Rappelons que Micarna fournit les produits carnés du groupe Migros pour l’ensemble de la Suisse. Elle gère notamment l’abattoir dédié aux porcs réputé le plus moderne d’Europe. Le site de Courtepin (FR) est spécialisé dans la production d’articles saumurés, fumés à froid ou séchés. Rappelons que Micarna avait absorbé Optigal (volaille) en 2006 déjà. C’est également la première entreprise de produits carnés à avoir reçu le label «Friendly Work Space», en mai 2009, octroyé par la fondation Promotion Santé Suisse. A la troisième place se trouve son concurrent Coop, lequel ne dispose pas de sites industriels significatifs dans ce canton (Bell est sur Vaud, de même que Pasta Gala, par exemple). Impossible d’oublier Nestlé et sa fabrique Cailler à Broc, laquelle cartonne au point d’être devenue l’un des sites les plus visités de Suisse. A côté de l’industrie agroalimentaire, le paysage économique fribourgeois est constitué de nombreux acteurs du secteur secondaire. Le plus important d’entre eux reste le groupe Liebherr, fort de plus de 32 000 employés dans le monde. Son unique site de production en Suisse se situe justement à Bulle. Très fortement implanté en Allemagne et en Autriche, il est présent sur l’ensemble des continents. Citons aussi Meggitt (ex-Vibrometer), Wago Contact, Boschung ou Saia Burgess. Le secteur de la construction est également très bien implanté, notamment les entreprises spécialisées dans les façades métalliques, la serrurerie ou les vitrages. Il y a Jean Pasquier & Fils (JPF Construction), Grisoni-Zaugg, Sottas, Progin Métal ou encore Morand, parmi tant d’autres. L’horlogerie est aussi présente, grâce au groupe Richemont, en particulier avec la maison Cartier sise à Villars-sur-Glâne (ainsi qu’à La Chaux-de-Fonds, Villeret et Meyrin). Cela étant, c’est à peu près la seule. Le projet du groupe Franck Muller semble avoir définitivement capoté.

JU En dehors de l’horlogerie, point de salut!

Le plus petit canton romand, avec ses 70 000 habitants, ne peut rêver de grandes entreprises. Son implantation géographique l’a jusqu’à maintenant desservi. Mais les récentes améliorations routières, entre autres, devraient permettre d’augmenter son attractivité. La plus grande entreprise jurassienne est totalement inconnue du grand public: Lang Louis. Il s’agit d’une société familiale dirigée par Vincent Lang et présidée par Jean-Louis Lang. Elle fabrique des boîtes de montres et des bracelets. Elle réalise aussi de la sous-traitance avec l’étampage, l’assemblage ou le polissage. Malgré son importance, aucune photo n’existe de cette entreprise qui cartonne! Elle se permet même de damer le pion au géant Richemont qui est également implanté dans le canton. On y trouve des maisons comme Paul Picot et Montres Louis Erard au Noirmont, Aerowatch à Saignelégier ou encore Louis Chevrolet à Porrentruy. Dans l’habillage horloger haut de gamme, l’entreprise Simon et Membrez travaille pour toutes les marques. Citons encore la Manufacture Ruedin, appartenant au groupe Swatch depuis 1989, ou Orolux, un des leaders suisses pour la fabrication de boîtiers. Ce secteur est en forte croissance, à l’image des entreprises présentes dans les autres cantons romands. Par contre, le vent semble tourner du côté du fabricant des cigarettes Parisienne: la maison FJ Burrus à Boncourt, rebaptisée British American Tobacco. En 1996, l’usine avait été vendue par feu Charles Burrus (décédé en mai dernier) à Rothmans International, lequel fusionnera avec BAT en 1999. Ses effectifs ont baissé de près de 10% durant la dernière année. L’usine fabrique 5 milliards de cigarettes. A titre de comparaison, Marlboro (le leader mondial) vend 297 milliards de cigarettes par année. Enfin, signalons la présence d’un fleuron suisse: Wenger, qui se partage le marché mondial du couteau suisse avec l’entreprise Victorinox, sise dans le canton de Schwytz.

Crédits photos: Thierry Parel/Rolex, Dr

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."