Bilan

Les palaces sont-ils vraiment rentables?

Est-il possible aujourd’hui de détenir un établissement de luxe sans y injecter régulièrement des liquidités? Ou s’agit-il surtout d’une question d’ego? Eléments de réponse.

Alain Kropf, directeur général: «Le Royal Savoy peut être rentable même la première année.»

Crédits: Florian Cella

Les cinq-étoiles brillent dans le ciel des riches. Le sultan de Brunei, dont la fortune est estimée à 15 milliards de francs, détient le prestigieux Plaza Athénée, via Dorchester Collection et un fonds souverain. C’est le deuxième chef d’Etat le plus riche du monde derrière le roi de Thaïlande (23 milliards). Bhumibol, qui a vécu dix-huit ans à Lausanne avant de monter sur le trône, est le principal actionnaire de Kempinski (75%) avec le roi de Bahreïn (25%), lequel se cache aussi derrière le Grand Hôtel du Lac à Vevey.

Le George V à Paris appartient au prince saoudien Al-Walid. Il a racheté en 2006 la chaîne Swissôtel, pour la rattacher à Fairmont et à Raffles. Récemment, il a annoncé son intention de revendre ses parts. Le groupe français Accor serait sur les rangs. Petit, le businessman y séjournait avec son royal grand-père. Devenu grand, il se l’est offert en 1997 et a pris comme opérateur le groupe canadien Four Seasons… qu’il possède, avec Bill Gates! 

Les Qataris ne sont pas en reste. Ils ont acquis le Royal Monceau pour 275 millions, avant de le placer, rénové, dans le giron de la branche hôtellerie de la Qatar Investment Authority. En Suisse, les Qataris ont fait leurs emplettes: le Royal Savoy à Lausanne, les Bürgenstock Resort et Schweizerhof à Berne pour un milliard. Avec trois mois de retard, le Royal Savoy a ouvert ses portes cet automne après de lourds travaux de rénovation. L’opération est-elle rentable ou est-ce un coup d’épate des émirs?

«Nous visons clairement la rentabilité, rétorque le directeur général Alain Kropf. Cela ne m’intéresserait pas de travailler dans un hôtel où, le premier jour du mois, je saurais que j’ai perdu de l’argent. J’ai travaillé à Abu Dhabi, j’y ai vu des établissements dont l’immensité des lieux était telle que l’on savait déjà, le soir même, que l’on avait perdu de l’argent. J’aime le côté challenge. Les propriétaires du Qatar à qui j’ai présenté le budget 2016 demandent la profitabilité. Ce n’est en aucun cas une affaire d’ego. Nous pouvons être rentables même la première année.»

Pour François Dussart, directeur opérationnel des hôtels de la famille Landolt, le langage est clair: «De la part de la fondation de famille, je peux vous garantir que c’est tout sauf de l’ego, nos comptes sont publics et nous sommes rentables.»

S’offrir un jouet

Président des hôteliers romands, Philippe Thuner complète: «Si tous les palaces ne sont pas rentables, beaucoup, qui sont entre les mêmes mains depuis longtemps, le sont. En tout cas, leur exploitation ne coûte pas d’argent à leur propriétaire, lequel peut espérer réaliser une forte plus-value immobilière lors d’une vente future.» 

Mais il fait une distinction: «Le cas de palaces achetés récemment, parfois au prix fort, est plus délicat. Il arrive que quelqu’un s’offre un palace comme on s’offre un jouet ou une danseuse, mais au bout de quelques années cet investisseur cherchera tout de même la rentabilité et revendra peut-être son bien à perte pour stopper l’injection de liquidités. L’hôtellerie de luxe a encore un bel avenir, particulièrement sur l’arc lémanique. A Lausanne, l’arrivée d’un cinq-étoiles de 190 chambres va mettre une forte pression sur les prix, non seulement des deux palaces classés en catégorie 5 étoiles supérieure, mais aussi sur ceux des hôtels classés en 4 étoiles sup, voire 4 étoiles. A moyen terme, par contre, cela devrait permettre l’acquisition d’une nouvelle clientèle pour l’agglomération lausannoise.»  

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

Du même auteur:

Il transforme le vieux papier en «or gris»
«Formellement, Sepp Blatter n’a pas démissionné»

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."