Bilan

Les nouveaux jobs en Silicon Valley des collaborateurs d'Obama

Alors que le deuxième mandat de Barack Obama touche à sa fin, ses collaborateurs cherchent des emplois pour la suite. Certains ont déjà trouvé. Et la Silicon Valley semble une destination privilégiée pour les exfiltrés de l'administration du président sortant.
  • Barack Obama voit de nombreux conseillers et collaborateurs s'engager avec des start-up et des géants de la Silicon Valley.

    Crédits: Image: White House / Pete Souza
  • Dès 2001, Sheryl Sandberg (ici à droite) créait la surprise chez les observateurs: cette jeune femme prometteuse quittait un poste clef au département du Trésor dans l'administration de Bill Clinton pour une start-up encore fragile, Google.

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  • David Plouffe a dirigé la campagne d'Obama en 2008; depuis 2014 il est l'un des dirigeants d'Uber.

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  • Dan Pfeiffer a quitté un poste de proche conseiller de Barack Obama pour rejoindre la direction d'une plateforme de crowdfunding en Californie.

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  • Lisa Perez Jackson a occupé la tête de l'Agence américaine de protection de l'environnement, nommée là par Barack Obama, avant de rejoindre Apple en 2013.

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  • Jay Carney a géré la communication du vice-président Joe Biden avant de s'occuper des relations de la Maison Blanche avec la presse de 2011 à mai 2014: cet ancien journaliste du Miami Herald et de Time est désormais vice-président chargé des affaires internationales chez Amazon.

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Depuis août 2014, David Plouffe baigne au milieu de la Silicon Valley, de ses start-up, prend son lunch avec des collègues ingénieurs et développeurs et profite du soleil californien. Un virage à 90° pour celui qui avait jusqu'alors ses habitudes dans les restaurants des bords du Potomac, organisait des rendez-vous avec des banquiers et des experts de la finance, voire des meetings rassemblant des dizaines de milliers d'électeurs. Entré dans l'univers politique en 1990 en accompagnant le sénateur démocrate de l'Iowa Tom Harkin, puis diverses figures éminentes du parti dans les années 1990 et 2000, il avait accédé aux premiers rôles en dirigeant la campagne présidentielle 2008 de Barack Obama. Après l'élection de ce dernier, David Plouffe l'avait rejoint à la Maison Blanche en tant que conseiller (extérieur de 2009 à 2011, puis officiel de 2011 à 2013). Une fois Obama réélu, le conseiller avait choisi de tirer sa révérence. Après un passage comme chroniqueur au sein de grands networks américains (Bloomberg TV et ABC News), il avait rejoint Uber en août 2014 et officie désormais comme vice-président chargé de la politique et de la stratégie chez le géant des transports de personnes.

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Et le cas de David Plouffe n'est pas isolé. Son successeur à la Maison Blanche, Daniel Pfeiffer, a quitté l'équipe rapprochée du président en mars 2015: il est désormais l'un des dirigeants de GoFundMe, une plateforme de crowdfunding basée en Silicon Valley. Lisa Perez Jackson a été nommée début 2009 par Barack Obama à la tête de l'Agence américaine de protection de l'environnement, poste qu'elle a quitté à l'été 2013 pour rejoindre Apple, où elle dirige le secteur environnement. Jay Carney a géré la communication du vice-président Joe Biden avant de s'occuper des relations de la Maison Blanche avec la presse de 2011 à mai 2014: cet ancien journaliste du Miami Herald et de Time est désormais vice-président chargé des affaires internationales chez Amazon. Un phénomène nouveau qui touche uniquement les têtes pensantes de l'administration Obama? Pas vraiment. Chris Lehane et Matt McKenna ont tous les deux travaillé à la Maison Blanche du temps de Bill Clinton. Le premier travaille désormais pour Uber, le second pour Airbnb. Et comment oublier Sheryl Sandberg qui avait surpris les observateurs dès 2001 en quittant son poste de chef de service au département du Trésor pour ce qui était alors encore une fragile start-up... Google!

Déjà sous Clinton, accélération avec Obama

Comment expliquer cet attrait qu'exerce la Silicon Valley sur les dirigeants et collaborateurs de la présidence américaine? Le Washington Post a recensé pas moins de sept proches collaborateurs de Barack Obama ayant rejoint la Californie et le secteur tech récemment, omettant même certaines des figures citées plus haut. Et le renouvellement des équipes en janvier prochain devrait amplifier cette fuite des talents de la côte Est vers la côte Ouest...

Les collaborateurs de Barack Obama transfuges dans la Silicon Valley

Si le phénomène n'est pas nouveau, les deux mandats de Barack Obama ont facilité ces transferts, avec un rapprochement entre les deux univers, politique et technologique. Dès le premier jour de son premier mandat, Barack Obama avait créé un poste dévolu à cet univers avec le United States chief technology officer, avant de multiplier par la suite les initiatives favorables à l'innovation et aux start-up: friand de nouvelles technologies, testant volontiers les casques de réalité virtuelle, les voitures autonomes, les dispositifs d'intelligence artificielle ou encore les chatbots, Barack Obama a beau ne pas être le premier président digital native (il est né en 1961 et le world wide web a vu le jour en 1989), il est sans nul doute le premier locataire de la Maison Blanche à avoir été aussi proactif dans le domaine de l'innovation.

Une proximité intellectuelle avec la scène tech

Le rôle joué par les réseaux sociaux dans les campagnes électorales du président, mais aussi l'important soutien (notamment financier) qu'il a reçu de la part de la Silicon Valley lors de ses campagnes électorales a sans doute joué un rôle non négligeable. Une fois élu, il a pris de nombreuses mesures favorisant l'émergence et la croissance de nouveaux géants dans ce domaine, notamment en facilitant l'immigration pour les cerveaux dont avaient besoin Microsoft, Yahoo, Apple, puis Google, Facebook et Amazon. Quitte à s'attirer par là les foudres des syndicats, soutiens traditionnels des démocrates aux Etats-Unis. Début 2012, à quelques mois d'une difficile campagne pour sa réélection, il a même pris le risque de se mettre à dos Hollywood, autre soutien traditionnel des démocrates, en bloquant une loi sur les droits d'auteurs et les copyrights en ligne, faisant pencher la balance en faveur de la tech.

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«Il ne fait aucun doute que la présidence Obama est étroitement alignée sur la Silicon Valley, comme celle de George W. Bush était davantage alignée sur les secteurs manufacturier et du pétrole», analyse Jeffrey Eisenach, de l'American Enterprise Institute, pour le Washington Post. Pour Marvin Ammori, avocat ayant défendu les intérêts de plusieurs sociétés tech comme Google et Dropbox, «c'est la première administration qui a tenté d'instaurer une législation claire pour la tech, et elle reste très populaire dans cette communauté». Une meilleure relation également permise par quelques transferts dans l'autre sens: l'actuelle United States chief technology officer n'est autre que Megan Smith, ancienne dirigeante de Google, tandis que le programme fédéral Healthcare.gov a été piloté par Kurt DelBene, un ancien de Microsoft (qu'il a rejoint désormais à nouveau).

Cependant, l'une des raisons majeures de ces transferts de Washington vers San Francisco pourrait résider dans un changement majeur intervenu sur la côte Pacifique des Etats-Unis. Tant que l'écosystème de la Silicon Valley se limitait à des start-up et quelques géants spécialisés dans la fabrication de micro-ordinateurs et d'accessoires (HP, Sun Microsystems, Microsoft), la Silicon Valley ne se distinguait pas par son appétit pour les acteurs de la scène politique. Mais avec l'émergence de business disruptifs (réseaux sociaux, big data, intelligence artificielle,...) a émergé le besoin de mieux faire connaître et défendre les intérêts de Facebook, Google, Snapchat, Uber, Airbnb ou Amazon auprès des régulateurs. Or, qui connaît mieux ces derniers que ceux qui ont baigné au milieu des cercles de pouvoir pendant plusieurs années?

Barack Obama dans le venture capital?

Autre facteur déterminant: le succès des produits et services digitaux, aussi bien dans l'univers des smartphones et des dérivés (apps, géolocalisation, wearable technologies,...) que dans les domaines des solutions pour connecter et monitorer les gens (réseaux sociaux, gestion des ressources humaines, stockage des données). Engrangeant des milliards de dollars de chiffre d'affaires, loin des débuts dans les garages au milieu des années 1980 et 1990, les acteurs de la tech ont désormais les moyens de s'attacher les services de spécialistes de la politique disposant de réseaux influents à Washington. Là où les équipes des présidents du XXe siècle rejoignaient, à l'issue de leurs missions, Ford, General Motors, ExxonMobil, DuPont ou Bank of America, leurs successeurs du XXIe siècle rallient les nouveaux moteurs de l'économie américaine, issus de la 4e Révolution industrielle.

Cependant, pour révélateurs que sont ces transferts, la reconversion la plus spectaculaire pourrait intervenir dans quelques mois. Barack Obama lui-même pourrait traverser les Etats-Unis d'Est en Ouest pour s'établir en Silicon Valley: le président qui laissera sa charge début janvier 2017 n'exclue pas, dans une interview à Bloomberg, une carrière en tant qu'investisseur dans le domaine du capital risque: «Les échanges que j'ai avec la Silicon Valley et les venture capitalists combinent mes intérêts pour les sciences et les organisations, d'une manière que je trouve réellement satisfaisante», répond-il aux journalistes qui lui posent la question de son avenir et de sa carrière au terme de son mandat (à écouter ci-dessous, passage à 48:04).

A l'avenir, de tels transferts pourraient bien devenir la norme pour plusieurs années. Certes, difficile d'imaginer Hillary Clinton ou Donald Trump actifs auprès des start-up en Silicon Valley, notamment en raison de leur âge (respectivement 69 et 70 ans), leurs équipes regorgent de talents qui s'appuient sur des technologies récentes pour chercher les électeurs. Une fois arrivés au pouvoir, ces derniers vont se constituer des réseaux et acquérir des compétences qui vont séduire les sociétés avides de renforcer leur lobbying à Washington DC. Et actuellement, ces compagnies sont de plus en plus souvent situées autour de Palo Alto, Mountain View ou Cupertino.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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