Bilan

Les négociations Suisse-UE questionnées après le Brexit

Au lendemain du Brexit, pour Berne il sera certainement plus ardu de dégager une solution à Bruxelles sur la mise en oeuvre de l'initiative sur l'immigration.

Après le Brexit, la Suisse éprouvera peut-être plus de difficultés à trouver une solution avec l'UE mais doit persévérer, a signifié Didier Burkhalter samedi.

Crédits: Keystone

Au lendemain du Brexit, la classe politique se tourne vers l'Union européenne et questionne les chances de la Suisse dans les négociations avec l'UE, en sus de propos admiratifs et de critiques sur l'attitude du Royaume-Uni. Pour Berne, il sera certainement plus ardu, mais pas impossible, de dégager une solution à Bruxelles.

Après les événements de jeudi, la Suisse éprouvera peut-être plus de difficultés à trouver une solution avec l'UE pour mettre en oeuvre l'initiative sur l'immigration, mais doit persévérer, a signifié le chef de la diplomatie helvétique Didier Burkhalter samedi lors de l'assemblée des délégués du PLR à Brugg (AG). Le Conseil fédéral s'engage à reprendre les discussions au plus vite, a-t-il assuré.

Pour le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann, les entretiens avec l'UE convenus au printemps devraient bien avoir lieu. Et lui aussi continue de croire en une solution autre qu'une limitation chiffrée de la libre circulation, qui n'a aucune chance à Bruxelles, a-t-il souligné dans un entretien avec Le Matin Dimanche et la SonntagsZeitung.

Un modèle favori

Le ministre de l'économie plaide pour une proposition qualitative afin de sauver les bilatérales tout en appliquant l'initiative sur l'immigration de masse. Il défend le modèle proposé par l'ancien secrétaire d'Etat Michael Ambühl, qui prévoit "que des mesures puissent être prises lorsque des difficultés surviennent dans une branche particulière et une région précise".

Cette solution "pourrait constituer une base de discussion acceptable pour Bruxelles", a estimé M. Schneider-Ammann samedi dans l'émission Rundschau à la radio SRF. L'UE n'a pas encore pris entièrement connaissance de ce modèle de clause de sauvegarde.

Samedi, les délégués du PLR ont d'ailleurs voté à l'unanimité une résolution qui réaffirme la position du parti pour la voie bilatérale et rejette tout retour au système des contingents. Le texte propose également de mettre en oeuvre une liste de mesures visant à préserver l'économie contre le franc fort. L'industrie exportatrice doit conquérir de nouveaux marchés et la capacité d'innovation doit être stimulée à grands renforts de crédits.

"Si j'étais l'UE"

Peu avant l'adoption du texte, pour son premier discours d'ouverture en tant que présidente du PLR, Petra Gössi a qualifié le scrutin britannique de "tremblement de terre sur l'Europe". Mais ce n'est pas un "Black Friday", a-t-elle assuré, se disant en même temps impressionnée par le courage des Britanniques. Elle est cependant convaincue que la tâche sera moins aisée pour la Suisse face à l'UE.

Sur son propre canal Teleblocher, l'ancien conseiller fédéral Christoph Blocher s'est réjoui du Brexit et a rappelé le grand respect qu'il a du peuple britannique. "Si j'étais l'UE, je me dépêcherais de m'entendre avec la Suisse afin d'éviter une nouvelle claque", a-t-il également déclaré dans la Schweiz am Sonntag.

L'après-Brexit amène de belles opportunités, si Berne sait en profiter, et une grande liberté stratégique, a en outre souligné le tribun zurichois. La Suisse doit enfin suivre sa propre voie et laisser tomber une solution institutionnelle, soit un accord-cadre avec l'UE, selon M. Blocher.

Un "avertissement"

Christian Levrat s'est montré moins admiratif lors de l'assemblée des délégués du PS à Coire. Il a accusé la droite britannique d'être à l'origine de la politique d'austérité qui a mené au Brexit. La droite européenne a aussi refusé de réformer les structures de l'UE. Elle est en outre responsable de l'échec de la politique migratoire, à l'exception de la chancelière allemande Angela Merkel.

Le Brexit, véritable désaveu de la classe ouvrière britannique, "doit nous faire réfléchir", a encore dit le président du PS. Le scrutin britannique exprime un profond désarroi dans l'île, mais en Suisse aussi nombre de citoyens ressentent un manque de justice sociale, a abondé le conseiller fédéral socialiste Alain Berset.

Batterie d'accords

Sur les relations entre la Suisse et le Royaume-Uni, les propos se veulent rassurants. "La Suisse est vraiment importante pour notre pays et nous voulons maintenir nos bons rapports", a déclaré dans la NZZ am Sonntag David Moran, l'ambassadeur britannique à Berne. Tandis que Didier Burkhalter a assuré à ses collègues de l'île que Berne souhaitait maintenir une relation forte.

En plus d'un accord migratoire qui tiendrait compte du nouvel article constitutionnel contre l'immigration de masse, M. Burkhalter a mentionné, pour remplacer les accords bilatéraux avec l'UE après le retrait britannique, un traité de libre-échange avec Londres. Il a aussi évoqué des accords dans la recherche, l'asile, la coopération policière et la coopération en matière fiscale.

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