Bilan

Les leçons de leadership de Sergio Marchionne

Fin 2006, Bilan avait eu le privilège d’une interview de trois heures dans le bureau de Sergio Marchionne chez FIAT à Turin. Les leçons de leadership exprimés alors par ce patron-philosophe prématurément disparu n’ont pas pris une ride.

Sergio Marchionne vêtu de son fidèle pullover noir, durant une conférence de presse du groupe Chrysler.

Crédits: Chrysler Group

Quand on demandait à Sergio Marchionne quel élément il considère déterminant dans le redressement spectaculaire qu’il a opéré chez Fiat, il répond le leadership. Ce qu’il constate en prenant les rênes du groupe en 2004 c’est que le géant italien souffre « de trop de management et de pas assez de leadership.»

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De Tracy Chapman à Keynes

Qu’entend-il par là ? D’abord que «le leader a une vision d’hélicoptère et ne se perd pas dans les détails.» Certes, et il sait la communiquer. Préférant un sobre pull à la cravate, Sergio Marchionne multiplie les références dans ses speechs, passant de la chanteuse Tracy Chapman à John Maynard Keynes pour qui «la difficulté n’est pas d’avoir de nouvelles idées mais d’échapper aux anciennes.

Ce leadership du changement est certainement une de ses obsessions. «Organizing genius», le livre qu’il a fait rééditer pour l’offrir aux cadres de Fiat, montre comment le leadership procède de la compétition. «Face à la concurrence globale, certaines entreprises choisissent de changer d’environnement ou de territoire. D’autres se concentrent sur ce qu’elles font le mieux. Nous avons opté pour une troisième voie: nous changer nous-mêmes», explique-t-il.

Ce changement intrinsèque repose sur le leadership des hommes avec pour commencer la mise en place d’une méritocratie. «L’exercice du leadership est un privilège » aime-t-il à souligner. «Il est fonction d’une performance ». Chez Fiat, cela l’a conduit à multiplier les benchmarks à tous les niveaux, essentiellement pour se comparer à ce qu’il considéra comme «une machine sans faille», Toyota. «Le choix d’individus capable à la fois de mener les hommes et de piloter le changement est déterminant dans un marché où les avantages compétitifs ne sont plus durables», poursuit-il. Il a transformé la culture des managers de Fiat pour qu’ils embrassent cette compétition au lieu de la craindre.

Les hommes suivent le courage

A cet égard, une des autres citations préférées de Sergio Marchionne est révélatrice. Elle vient du film Braveheart : «Les hommes ne suivent pas les hommes, ils suivent le courage. » A cause de cela, il considère que le leader doit parfois agir seul. «C’est ce que j’ai fait dans la négociation avec General Motors (qui avait une option pour racheter le groupe, ndlr.) » Débarrassé de cette inconnue, ses «leaders » comme il qualifie son équipe, ont redéveloppé de la confiance et retrouvé des ambitions.

En arrivant chez Fiat, Sergio Marchionne n’a pas commencé par fermer des usines contredisant toutes les règles de chasse aux coûts mais il a profondément remanié le management propulsant de jeunes leaders comme Luca de Meo. Cette diffusion du leadership a donné la possibilité à Fiat de reprendre l’initiative dans la compétition globale de l’automobile.

Sergio Marchionne est décédé mercredi 25 juillet à 66 ans après 14 ans à la tête de FIAT. En Suisse, pays qu’il aimait profondément (il disait y avoir « grandi en tant que CEO ») il avait piloté le redressement de la SGS à Genève puis la transformation de Lonza dans les biotechnologies et jouer le rôle de roc au conseil d’administration d’UBS lors de la crise traversée par la banque après 2008.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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