Bilan

Les jeunes Italiens affluent en Suisse

Le nombre de nouveaux arrivants en provenance d’Italie a triplé en cinq ans. Hautement qualifiés, ils forment aujourd’hui la première communauté du pays, devant les Allemands.
  • Venus d’Italie, Paolo Zanoni et son épouse, Laura Neri, vivent aujourd’hui à Dietikon (ZH).

    Crédits: Dominic Büttner
  • Gianni D’Amato, professeur à Neuchâtel: «La Suisse est une destination privilégiée, comme la Grande-Bretagne et l’Allemagne.»

    Crédits: Dr

«En Italie, il y a de moins en moins de postes dans la recherche académique à cause de la crise. Pour ma part, je travaille depuis 2013 dans la biotechnologie à l’Hôpital universitaire de Zurich. Je suis très content à ce poste.» Après des études à Modène, Paolo Zanoni, 32 ans, a complété son cursus à l’Université de Pennsylvanie, tandis que son épouse, également docteure en médecine, est quant à elle restée en Italie.

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«Au terme de mon programme de recherche aux Etats-Unis, nous avons cherché un endroit où il y aurait des possibilités intéressantes pour chacun d’entre nous.» La Suisse s’est rapidement imposée comme le meilleur choix. Les deux trentenaires bénéficient de salaires bien supérieurs aux quelque 1000 euros mensuels qu’ils toucheraient en Italie. «C’est la ville la plus agréable où j’ai vécu. La qualité de vie en fait un endroit idéal pour fonder une famille.»

A l’instar de Paolo Zanoni, les Italiens sont toujours plus nombreux à franchir les Alpes pour s’établir en Suisse, comme le démontrent les statistiques de l’Office fédéral des migrations. En 2015, la population italienne a augmenté de quelque 11 000 individus en Suisse (la différence entre le nombre des arrivées et des départs).

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Ce bond a propulsé les Italiens au statut de premier groupe étranger en Suisse, avec 315  157 ressortissants. Entre 2009 et 2015, le nombre de nouveaux arrivants a ainsi triplé, passant de 8000 à 24  000 individus par an. Une évolution qui reflète la situation catastrophique de l’emploi dans ce pays voisin: le chômage des moins de 24 ans s’élève à 40%.

«C’est clairement la crise qui pousse les Italiens à s’exiler, faute de perspective de carrière dans leur pays. La Suisse est l’une des destinations privilégiées, avec la Grande-Bretagne et l’Allemagne», explique Gianni D’Amato, professeur à l’Université de Neuchâtel.

Le nombre d’Allemands diminue en revanche depuis 2009. L’année dernière, quelque 15  000 d’entre eux ont tourné le dos à la Suisse. La bonne santé actuelle de l’économie d’outre-Rhin explique le rétrécissement de ce groupe qui essuie en outre un accueil peu chaleureux – un doux euphémisme – de la part des Alémaniques. 

Surtout au Tessin

Les Italiens qui arrivent aujourd’hui ont pour la plupart moins de 40 ans et une formation universitaire. Ils sont banquiers, spécialistes en marketing ou conseillers en entreprise: des professions saturées dans leur pays d’origine. «Un quart des nouveaux arrivants s’établissent au Tessin. Suivent Zurich et Genève», poursuit Gianni D’Amato.

Le Tessin se révèle le canton où l’intégration est la plus difficile, en dépit d’une langue commune. La population locale perçoit ces nouveaux venus comme une concurrence dangereuse pour l’emploi, autant de par leurs qualifications qu’en raison d’exigences moins élevées au niveau des salaires. 

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Cette vague d’immigration fait écho à celle des ouvriers italiens venus dans les années 1950 et 1960 construire nos routes et nos infrastructures. Le contexte a radicalement changé. «Dès la fin des années 1990, lorsque la libre circulation des personnes commençait à se dessiner, les autorités helvétiques se sont engagées dans une politique délibérée en faveur des profils hautement qualifiés. Avec le déclin de l’industrie et de l’agriculture, les besoins en main-d’œuvre n’étaient plus les mêmes. Mais la haute conjoncture suisse du début des années 2000 a attiré davantage de ressortissants européens que prévu. L’effet de saturation ressenti par la population a joué un grand rôle dans le oui à l’initiative sur les contingents du 9 février 2014», analyse Etienne Piguet, vice-président de la Commission fédérale des migrations. 

Or, depuis, le renforcement du franc a ralenti l’économie helvétique, tandis que l’attractivité de l’Allemagne se renforçait en raison d’une industrie qui tourne à haut régime. Conséquence: en mars dernier, la population étrangère en Suisse était en recul d’un tiers par rapport à mars 2015.  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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