Bilan

Les groupes suisses misent sur la Turquie

Les ambitions turques de rejoindre le top 10 de l’économie mondiale sont jugées prometteuses pour le développement des affaires: 600 entreprises suisses sont actives dans ce pays.
  • Le quartier d’affaires de Levent, à Istanbul.

    Crédits: Berk Ozkan/Anadolu Agency/AFP

Malgré les violations répétées des droits de l’homme, l’offensive contre les Kurdes irakiens, ainsi que les activités d’espionnage présumées et la tentative de rapt d’un opposant au régime de Recep Tayyip Erdogan sur le sol helvétique, la Suisse n’a pris aucune sanction contre la Turquie. Elle ne veut pas courir le risque d’entraver les relations avec un pays qui constitue l’une des principales priorités stratégiques de sa politique économique extérieure et de nuire aux intérêts des entreprises helvétiques.

Priorité stratégique

L’avenir de la Turquie est jugé prometteur: Ankara vise en effet à intégrer le top 10 des puissances économiques mondiales (aujourd’hui, le pays figure au 17e rang) d’ici à 2023 qui marquera le 100e anniversaire de la République. Les sociétés helvétiques espèrent que cet objectif ambitieux leur permettra de profiter de la hausse de la croissance prévue au cours des prochaines années. En 2017, leurs exportations se sont élevées à 1,7 milliard de francs. Et environ 600 entreprises suisses sont actives dans ce pays.

«Elles estiment que la Turquie dispose d’un gros potentiel en tant que plateforme économique pour toute la région et comme tête de pont entre l’Europe et l’Asie et misent sur une évolution politique plus paisible à long terme», constate François Baur, délégué de l’organisation faîtière EconomieSuisse à Bruxelles.

Pour l’heure, c’est la volatilité de la devise turque qui inquiète les entreprises helvétiques. De même, les questions liées aux obstacles non tarifaires au commerce, la protection de la propriété intellectuelle et à la participation à des appels d’offres publiques figurent au cœur de leurs préoccupations. Une délégation suisse a pu faire part de leurs griefs lors de la 8e réunion de la Commission économique bilatérale Suisse-Turquie qui a eu lieu à Ankara le 4 avril dernier. 

Elargir le traité de libre-échange

Pour développer leurs affaires, les sociétés helvétiques comptent aussi sur la révision du traité de libre-échange négociée sous l’égide de l’AELE (Association européenne de libre-échange). En novembre dernier, un accord de principe a été trouvé entre les deux parties. Celui-ci est actuellement examiné par le Seco (Secrétariat d’Etat à l’économie). «La modernisation et l’élargissement de ce traité visent à renforcer la sécurité juridique et la stabilité des relations commerciales préférentielles entre les deux pays. Il est donc dans l’intérêt de la Suisse de le ratifier», insiste Antje Baertschi, porte-parole du Seco. Le Parlement se prononcera vraisemblablement l’an prochain.

Mais des voix s’élèvent déjà pour contester la révision de cet accord. Le Parti socialiste, les Verts et treize ONG en appellent au Conseil fédéral pour qu’il ne donne son feu vert que lorsque «le gouvernement turc aura relâché l’ensemble des prisonniers politiques, que les médias et les ONG pourront de nouveau exercer librement leurs activités et que les attaques commises en Syrie et contraires au droit international auront cessé».

Le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis devrait se rendre prochainement en Turquie.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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